La question tibétaine, “un défi politique majeur pour la Chine”

Nicholas Bequelin, basé à Hongkong et spécialiste de l’Asie à Human Rights Watch (HRW), s’exprime à la suite de la publication, jeudi 22 juillet, d’un rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme basée à New York, sur les exactions policières chinoises au Tibet depuis 2008.

[…]


Qu’est-ce qui a guidé l’équipe de HRW dans la rédaction de ce rapport, présenté notamment comme indépendant des organisations liées au gouvernement tibétain en exil ?
Human Rights Watch a travaillé sans aucun a priori sur ce qui s’est passé au Tibet, mais avec le souci de répondre à un problème principal, à savoir, qu’est-ce que le gouvernement chinois cherchait à cacher en verrouillant complètement l’ensemble du plateau tibétain depuis les manifestations de mars 2008 jusqu’à aujourd’hui. On peut certes, depuis, s’y rendre, mais il y a des soldats partout, des policiers armés, etc.


Au moment des évènements au Tibet, quand il a fallu alerter la communauté diplomatique ou les Nations Unis, l’une de nos principales difficultés venait du fait que la majeure partie des informations fournies par le gouvernement tibétain en exil et les organisations pro-tibétaines étaient souvent de seconde main ou invérifiables. Il fallait donc faire une enquête qui s’affranchisse de ces sources et construise un rapport à neuf uniquement sur la base d’information de première main par des témoins oculaires directs.


Nous proposons un rapport difficilement réfutable, car complètement indépendant. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur le nombre de tués mais seulement sur la nécessité absolue de faire une enquête sur cette question, maintenant qu’il est établi que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants à plusieurs reprises.


Quels éléments nouveaux le rapport apporte-t-il ?
Je crois qu’on établit de façon claire que les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles, notamment à Lhassa, Ngaba, Tonghor et Gardze (province du Sichuan). Ce sont des informations qu’on a pu recouper : au total nous n’avons utilisé que 10 à 15 % des informations recueillies pour le rapport. La position du gouvernement chinois est que les troupes n’ont jamais tiré sur les manifestants, qu’il n’y a pas eu de morts par balle. Il n’a jamais admis que des manifestants sont morts à Lhassa le 14, ni le 15. Or, on a des témoignages. Officiellement, il y a bien eu à certains moments des communiqués sur des manifestants tués ou touchés par balles, mais ils ont été immédiatement retirés. On peut donc dire que les forces de l’ordre ont bien ouvert le feu, plusieurs fois, dans des régions différentes. Il faudrait maintenant répertorier tous les autres incidents sur lesquels nous n’avions pas assez de témoignages pouvant être recoupés.


Qu’est-ce qui est caractéristique dans la réaction chinoise au soulèvement tibétain de mars 2008, et la manière dont la  » normalisation  » de la région a été effectuée ?
Quand on voit tout l’appareil policier déployé, les abus, la férocité de la répression, les cas de ces moines ayant imprimé à la main une centaine de tracts et qui ont pris 6 ou 7 ans de prison, on constate que les forces de sécurité agissent comme s’il s’agissait d’une situation de conflit armé, de guérilla, ou de terrorisme, et non de manifestations populaires, pour la plupart spontanées, avec des manifestants non armés. Et qui n’ont pas causé de violences graves, avec l’exception de Lhassa, où il y a eu des morts il est la vrai, mais la plupart ont eu lieu au cours d’incendies de boutiques.


A l’époque Human Rights Watch a condamné sans ambiguité la violence par les manifestants. Les manifestations n’ont pas toujours été pacifiques, il y a eu des postes de police brulées, des jets de pierre, des representants des forces de l’ordre blessés et le rapport souligne que dans un certain nombre de cas il semble que les forces de sécurité aient exercé une retenue adequate… Mais dans de nombreux cas, on ne connaît jamais l’enchaînement qui a conduit à la confrontation. Le problème fondamental reste que le gouvernement chinois n’a jamais distingué entre les manifestants violents et non-violents, qui sont tous considérés comme des séparatistes.


Les procédures judiciaires ont été extrêmement sommaires, avec un appareil judiciaire très politisé. Les sources chinoises officielles ne s’en cachent même pas. Nous détaillons dans le rapport, sur la base de documents officiels chinois, de nombreux cas de Tibetains condamnés à de lourdes peines pour des actes de protestation absolument non-violents : par exemple a Kardze, deux moines d’un monastère sont sortis agiter un drapeau. Les gens prennent peur et ferment leurs boutiques. Les deux moines sont accusés d’incitation au séparatisme et ils écopent de longues années de prison.


Les informations données par la Chine sur le nombre de personnes arrêtées et condamnées sont-elles crédibles ?

La presse chinoise a par exemple titré sur le fait que  » 8 % seulement des émeutiers ont été condamnés », ce qui reviendrait à 76 personnes. Mais si on commence à regarder hors de Lhassa, donc au Sichuan, au Gansu, dans les zones tibétaines, on trouve des dizaines de condamnations. Et cela a continué dans les mois qui ont suivi. Le nombre total de gens arrêtés et condamnés est beaucoup plus élevé que ce qu’ils ont donné. Tous les accusés sont qualifiés d' »incendiaires, des pilleurs et des casseurs « , mais de nombreuses personnes ont fait des actions qui ne sont absolument pas violentes. Des actions qui selon les comptes rendus chinois eux mêmes, ne sont même pas de l’ordre à troubler l’ordre public.


Les Tibétains qui tentent de témoigner et de passer des informations à l’étranger sont condamnés très lourdement…
Au cours des deux dernières années, comme l’ont d’ailleurs bien montré les organisations liées au gouvernement tibétain en exil, les gens qui passent des informations sont condamnés pour espionnage. Des gens qui téléphonent à leur cousin à Dharamsala peuvent se retrouver avec des condamnations extrêmement lourdes. Or, le gouvernement chinois sait bien que le comportement des forces de sécurité au Tibet est en contradiction avec les normes internationales, mais aussi ses propres lois


Après le Tibet, c’est le Xinjiang qui s’est embrasé en juillet 2009, et a connu une répression également brutale. Il y a des parallèles entre les situations dans lesquelles se trouvent aujourd’hui ces deux zones de minorités ethniques…
C’est un défi politique majeur pour l’équipe de Hu Jintao : dans les quatre sixièmes du pays, des troupes armées ont dû être envoyées pour maintenir l’ordre et la liberté de circulation et de communication y sont restreints. Les évènements d’Urumqi ont été beaucoup plus contenus : ils ne se sont pas propagés ailleurs. Au Tibet, ça s’est davantage étendu. L’une des raisons, c’est qu’au Xinjiang, les Chinois Hans constituent près de 50 % de la population, bien plus qu’au Tibet. Le terrain est plus facile, ce sont des oasis. Il y a des routes, des aéroports, on peut facilement amener des troupes. Peu de temps après les évènements d’Urumqi, le gouvernement chinois a changé le premier secrétaire du parti de la Région autonome, et en a nommé un autre qui, en rupture avec la tradition, n’a pas fait sa carrière au Xinjiang même. Un plan massif de développement a été lancé, qui va complètement transformer le territoire. Les autorités ont aussi admis qu’à la base du problème, les Ouigours étaient exposés à des discriminations socio économiques. Et puis, il y a moins de sympathie international, il y a le problème du terrorisme islamique, le régime est donc dans une situation plus confortable.
Au Tibet, oui, on va construire des autoroutes, mais aucun mot sur les discriminations. La réalité est que la pouvoir est bien plus dans une impasse au Tibet : il y a une proportion de Chinois Hans plus faible, il n’y a pas d’agriculture qu’on peut étendre comme au Xinjiang en apportant l’irrigation. Il y a aussi une bureaucratie tibétaine qui a complètement accentué les rancoeurs, en captant les ressources et les richesses, comme l’a montré le rapport de l’ONG chinoise Gongmeng en 2008. Pékin peut difficilement faire face à deux régions de minorités ethniques en révolte : le Tibet tout seul, ça passe. Le Xinjiang, aussi. Mais les deux en même temps, non. Il fallait donc qu’ils règlent au moins un des problèmes : au Xinjiang, ils vont faire ce qu’ils savent faire, moderniser et transformer le terrain indigène en terrain chinois. Faire des villes qu’on puisse lire, administrativement et militairement. Renforcer les Bingtuan [Corps de production et de construction du Xinjiang]. Au Tibet, il n’y a pas de solution rapide, il n’y a pas de plan de 5 ans qui puisse faire progresser les choses.


Qu’est-ce que cela implique pour la question tibétaine ?

Sur le long terme, cela pose la question de la résolution politique. Le débat entre archaïsme et modernité, qui fait souvent surface quand on parle de la politique chinoise au Tibet, est relégué à l’arrière plan par un problème plus grave : quand les forces de sécurité agissent de cette façon, quand tout le monde est suspect, quand des gens sont emmenés, torturés et  » disparus « , ça aliène la population. Cela accentue le processus de polarisation dans la société. L’attitude des forces de l’ordre éloigne la possibilité d’une solution politique pour le Tibet. Les [autorités chinoises] auraient besoin de faire comme ce qu’elles ont fait dans le reste de la Chine, et de parvenir à un processus d’accommodation, de négociation avec la société.
Propos recueillis par Brice Pedroletti

source : Le Monde

Le rapport (en anglais) est disponible ici.


 

  Crime et châtiment au Tibet

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Les procès récents de puissants hommes d’affaires tibétains soulèvent de nombreuses questions sur la gouvernance de la région autonome et ses rapports avec le pouvoir chinois.

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La Chine a été largement critiquée pour la violence de son traitement de presque toute forme de dissidence politique au Tibet. En 2008, par exemple, un Tibétain appelé Wangdu, éducateur pour AIDS à Lhasa, a été condamné à mort pour avoir envoyé des nouvelles sur les manifestations tibétaines à des Tibétains à l’étranger. La logique était claire : préserver ce que les dirigeants Chinois appellent la « stabilité » et l’« harmonie » afin de maintenir le pouvoir de l’état.


Mais deux évènements récents au Tibet, autour des procès de deux dirigeants Tibétains qui n’ont ni attaqué ni critiqué l’état, ne suivent pas cette logique.


Dans le premier procès qui a eu lieu le 24 juin, Karma Samdrup, 42 ans, l’un des plus fortunés hommes d’affaires tibétains en Chine, a été condamné à 15 années d’emprisonnement par une cour de Xinjiang pour vol d’antiquités. Les associations des droits de l’homme ont suggéré que les charges retenues étaient inventées car la police avait, 12 ans auparavant, abandonné ces mêmes charges par manque de preuves lors d’une première enquête, et aucun témoin ni preuve nouvelle n’ont été produits devant la cour. Malgré une critique détaillée de l’accusation, la sentence, connue officieusement depuis déjà quelques jours des responsables locaux, a été confirmée.


Le 3 juillet, le frère ainé de Karma, Rinchen Samdrup, 46 ans, a été jugé pour « menace à la sécurité de l’état ». Son crime est d’avoir oublié d’avoir fait enregistrer une petite association environnementale dirigée par lui-même et son plus jeune frère dans leur village natal retiré de Gonjo, dans l’est du Tibet. Ayant été jugé coupable – le taux de condamnation en Chine est aux alentours de 98%, et il est même plus élevé au Tibet, le verdict n’a donc jamais été remis en question – il fut donc condamné à cinq ans de prison.


Le plus jeune frère, Chime Namgyal, 38 ans et handicapé, est hospitalisé depuis le 11 juin pour de sérieuses blessures infligées pendant sa détention. Il n’a pas bénéficié d’un procès mais a été condamné à 21 mois de prison par les responsables locaux pour le même délit que Rinchen – menace contre la sécurité de l’état pour avoir organisé de manière non officielle le ramassage des ordures, la plantation d’arbres et des patrouilles de nature pour empêcher la chasse d’espèces menacées d’extinction. Ces activités ne sont même pas considérées comme des menaces contre l’état en Chine.


Ces trois cas sont doublement inexplicables car aucun des trois frères n’a été accusé de critiquer ouvertement la Chine, de s’opposer au Parti Communiste ou même de parler politique. Bien au contraire, ils ont chacun été salués comme citoyen Tibétain idéal. Karma avait fondé et financé une organisation environnementale tibétaine en 2001, et a été nommé philanthrope chinois de l’année 2006 par la Télévision Centrale de Chine (pour « avoir créé une harmonie entre l’homme et la nature »). Et l’année dernière, la Fondation One, un fonds humanitaire dirigé par la star de cinéma Jet Li, lui a octroyé un million de renminbi pour son « projet modèle ».


Rinchen était tout aussi bien considéré. Son association a reçu un important prix environnemental de la société Ford Motor Company en 2006, et en 2008, le gouvernement chinois le considérait, ainsi que son association, comme « un apport extrêmement bénéfique au travail de protection de l’environnement du gouvernement chinois ». En février dernier, le plus important quotidien chinois, le Quotidien du Peuple, publiait une grande photographie de lui prise lors de la remise de ce prix, avec un texte élogieux sur son travail. (Le journal devait ignorer qu’à cette époque, il était en détention depuis cinq mois.)


Un livre paru l’année dernière en Chine faisant l’éloge des trois frères pour leur travail, Tianzhu (“Les perles célestes”), a eu un large succès auprès du public. En juin, sans aucune raison apparente, le livre a été interdit dans tout le pays malgré son manque total de contenu politique.


Alors pourquoi la Chine cible-t-elle des Tibétains qui n’ont aucun lien avec la politique et qui sont considérés comme des citoyens modèles ? Une partie de la réponse se trouve peut-être du côté des responsables locaux corrompus. Rinchen et Chime avaient critiqué un chef de la police locale pour avoir chassé des espèces en danger. On suspecte l’un de ses supérieurs au quartier général de la préfecture voisine de Chamdo d’avoir décidé de les punir, ainsi que deux de leurs cousins, Sonam Choephel et Rinchen Dorje, qui sont aussi sous les verrous au Tibet pour des délits vagues ou non précisés.


Mais les responsables locaux n’auraient pas pu faire juger Karma dans la lointaine province de Xinjiang, ni même persuader le gouvernement central de bannir le livre inoffensif des frères sur leur amour de la nature. Des responsables plus haut gradés ont peut-être récupéré l’affaire contre Karma – et ont peut-être persuadé leurs homologues au Xinjiang de déterrer la première affaire d’antiquités – parce qu’il avait contacté ses relations à Pékin pour se plaindre du mauvais traitement réservé à ses frères par les responsables au Tibet.


Cette théorie semble plausible car le dirigeant actuel du Parti Communiste dans la Région Autonome du Tibet était précédemment en poste dans la province de Xinjiang. Si cela s’avérait exact, le cas contre Karma suggèrerait que les responsables basés dans la région Tibétaine seraient en train de gagner en pouvoir, capables d’agir au-delà de leur juridiction pour poursuivre ce qui semble être un peu plus que de simples revendications personnelles.


Et ces cas ne sont pas uniques. Dorje Tashi, le riche propriétaire du Yak, un des grands hôtels touristiques de Lhassa, se languirait aussi en prison sur des accusations d’ordre politique. Au Tibet, où depuis 30 ans les principaux hommes d’affaires ont toujours été considérés comme des alliés naturels de l’état, ces évènements sont sans précédents.


Le gouvernement central de la Chine a le pouvoir de régner sur ses chefs locaux ; qu’il n’y parvienne pas au Tibet est étonnant. Si il continue de laisser faire, il risque de perdre toute crédibilité auprès des Tibétains qui, comme les trois environnementalistes, ont essayé de respecter la loi et d’éviter la politique.


D’autres Tibétains pourraient conclure que le gouvernement chinois a délégué la gouvernance de leur région à des satrapes locaux qui ont tout intérêt à poursuivre leurs petites affaires. Dans une région où l’état suscite suspicion et antagonisme, élargir les cibles des poursuites politiques des protestants Tibétains aux environnementalistes et des moines dissidents aux hommes d’affaires risque de saper les propres objectifs de la Chine dans l’une de ses régions les plus troublées.


Robert Barnett

Professeur à l’Université de Columbia, directeur de la section dédiée à l’étude du Tibet.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

Copyright: Project Syndicate, 2010

source : les cercles

 

  Xinjiang : nouveau visage, nouvelle politique ?

Zhang Chunxian, nouveau gouverneur du Xinjiang

Zhang Chunxian, nouveau gouverneur du Xinjiang

La Chine a-t-elle changé de politique vis-à-vis du Xinjiang, théâtre de heurts sanglants entre Hans et Ouïgours en juillet dernier ? Plusieurs signes le laissent penser dix mois après les émeutes gravissimes qui ont coûté la vie à 200 personnes, en majorité hans. Pékin avait alors accusé – sans donner de preuves tangibles – la diaspora ouïgoure d’avoir fomenté les événements, et décidé de couper toutes les télécommunications.

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En rétablissant Internet après dix mois d’interruption, le gouvernement veut aujourd’hui signaler un retour à la normale dans cette vaste « région autonome ouïgoure » où les Ouïgours ne sont plus majoritaires et où ils ne jouissent d’aucune autonomie réelle. Des émeutiers coupables de massacres ont été rapidement jugés et exécutés. Mais plus profondément, les autorités semblent avoir compris la nécessité de changer de méthode face à l’exaspération de cette population turcophone et musulmane.

 

Annoncé le 1er mai, un nouveau règlement exige que les candidats à la fonction publique soient bilingues (chinois-ouïgour). « C’est un virage à 180° dans une région soumise depuis des décennies à une politique de sinisation intense », estime un diplomate européen.

 

De même, le 5 mai, Pékin annonçait que les provinces les plus riches de la Chine côtière allaient injecter dix milliards de yuans (environ un milliard d’euros) dans les districts les plus pauvres du Xinjiang afin d’y améliorer les conditions de logement, d’emploi et d’éducation. Ce transfert financier massif devrait rééquilibrer les investissements jusqu’ici concentrés dans les mégapoles sinisées d’Urumqi et de Karamay. « L’espoir des autorités est de calmer la grogne persistante des Ouïgours en les faisant participer plus équitablement aux fruits du boom », explique le diplomate.

Le symbole le plus fort de ce grand virage a été le départ, fin avril, du tout-puissant satrape du Xinjiang, Wang Lequan. Surnommé « le roi du Xinjiang » – Wang signifie roi en chinois – le premier secrétaire du parti avait régné quinze ans durant, bien au-delà de la durée habituelle. C’est lui le théoricien de la « politique de la massue » appliquée jusque dans les régions tibétaines. Haï par les Ouïgours pour sa politique ultra-répressive et ses commentaires méprisants, très apprécié au contraire par Pékin et spécialement par le président Hu Jintao dont il était le protégé, il avait fini par s’attirer la détestation y compris des Hans d’Urumqi qui avaient, lors d’une rare manifestation de défiance, exigé son départ à la suite de sa gestion catastrophique des problèmes de la région. Wang Lequan est désormais sur une voie de garage. Son successeur est une sorte d’« anti-Wang ». Le visage amène, le verbe policé, Zhang Chunxian, ancien ministre des Transports puis patron du Hunan, est surnommé « Secrétaire Internet » à cause de son goût affiché pour les moyens modernes de communication. La manière forte remisée, une grande réunion nationale doit bientôt préciser la nouvelle politique. Reste à savoir si la solution « plus d’argent et plus de com » suffira pour gagner la confiance d’une minorité ethnique si longtemps et si férocement maltraitée.

Ursula Gauthier

source : Nouvel Obs

 

Defacto : Zhang Chunxian a déclaré le 10 mai : « Nous devons frapper fort contre toutes les activités séparatistes et destructrices portées par les trois forces que sont le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux ». Pour le moment, le discours reste assez musclé…

 

  Gyegu (Yushu) juste avant le séisme


Vue générale de Gyegu

Vue d’ensemble de Gyegu


Tibet-defacto était à Gyegu (ou Jyekundo) dans le district de Yushu au Nord-Ouest de la région tibétaine traditionnelle du Kham, 3 jours avant le séisme.

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La ville de Gyegu est située à 3 700 mètres d’altitude. Elle est la capitale de la Préfecture Autonome de Yushu dans la province chinoise du Qinghai. Nous sommes ici en fait dans la province traditionnelle du Kham dans la région de Jyekundo (ou encore Gyegu en chinois ou Gawa pour les Tibétains Khampa).


Le mercredi 14 avril 2010, un tremblement de terre de grande ampleur a frappé la ville et la région. Les dernières estimations portent le bilan à près de 2 000 morts et environ 15 000 blessés. Et ce bilan risque encore de s’alourdir car nombre de personnes sont encore portées disparues. De plus, la région comporte beaucoup de sites isolés difficilement accessibles. Il y a également des centaines de milliers de sans-abri.


Trois jours avant la catastrophe, Tibet-defacto était dans la région. Après avoir hésité, je me décide à publier quelques photos prises juste avant cet événement dramatique. Pour aider à faire connaître cette région un tout petit peu mieux au moment ou elle est si durement frappée (Gyegu est maintenant à 85 % détruite) et ou sa population a tant besoin d’aide.


À ce propos, je signale que la communauté tibétaine de France fait un appel aux dons.


xining-gyeguLe Kham : une mer de montagnes

 

gyeguArrivée à Gyegu

 

gyegu-2Vue générale et en arrière plan sur la colline au centre, le monastère Dondrubling

 

yushu-5Une statue géante du roi Gesar

 

yushu-2

yushu-3

yushu-4Scènes de rue près du marché


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ga-kye-gu-2Dondrubling, le monastère de Gyegu

 

mani-jyekundoLa plus grande concentration au Tibet de Mani (pierres sculptées) est à Gyegu

 

vallee-yangtseDans la vallée du Yangtzé

 

vallee-yangtse-2vallee-yangtse-31Maisons traditionnelles et ermitages dans la vallée

 

 

Ce Gyegu là n’existe plus et ces photos ne doivent surtout pas faire oublier la terrible réalité d’aujourd’hui. Elles ne sont dues qu’à un étrange tour de passe-passe du destin. Maintenant, il ne reste qu’à espérer que cette situation puisse contribuer à une amélioration de l’attitude du gouvernement chinois envers les populations tibétaines. On assiste aujourd’hui dans les opérations de secours à une collaboration entre moines et soldats tout à fait étonnante. Les autorités laissent les moines (qui ont été les premiers à prendre la situation en main) s’occuper de la crémation des milliers de victimes avec rituels et prières. Des photos du Dalaï-lama surgissent même ici et là sans incident pour le moment. Une sorte de trêve dans la tourmente. Si ensuite reconstruction pouvait rimer avec une certaine forme de réconciliation…


lampes-a-beurre

 

  Protocole entre l’UMP et le Parti Communiste Chinois

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L’une des caractéristiques curieuses de l’UMP, c’est de donner des sens différents à son sigle selon le contexte. Un jour ça signifie “Union pour la Majorité Présidentielle” puis un autre jour, ça devient “Union pour un Mouvement Populaire”. C’est très amusant ces adaptations. Parfois ça peut signifier aussi “Union des Margoulins Prioritaires” ou “Union de Mal en Pis”. Tout dépend du contexte je vous dis. Ce qui compte c’est de changer de temps à autre. La seule constance, vous l’aurez remarqué, c’est de garder le mot “Union”. C’est bon ça l’Union. Ca rassemble et tout. Fort de ce principe de base, Xavier Bertrand a eu une idée proprement lumineuse : pourquoi pas unir l’UMP avec le Parti Communiste Chinois ? UMP + PCC !

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Attendez voir… c’est carrément grandiose comme concept ! Et aveuglant de bons sens : la droite traditionnelle française censée être plus ou moins héritière du Gaullisme qui s’associe avec la plus sournoise des dictatures communistes, c’est tout bonnement l’exemple parfait pour illustrer ce qu’est une logique implacable. Non, là Xavier Bertrand tutoie le génie. Je me demande vraiment pourquoi personne n’y a pensé avant. Bon d’accord, c’est peut-être parce que la proposition de base venait en fait du PCC et qu’ils sont très forts au PCC. On a beaucoup à apprendre de gens comme ça. Et Xavier Bertrand apprend vite. Et évidemment, pour le changement de nom, c’est parfait. « Union Malencontreuse des Poltrons », ça sonne non ? Et puis ça a l’avantage non négligeable de renforcer la ligne déjà esquissée auparavant qui consiste à s’aplatir plus bas que terre dès que Pékin hausse le ton. Maintenant, il suffira d’un raclement de gorge. Génial je vous dis, et si pratique. Allez hop, on ne perd pas de temps et le protocole d’accord est déjà signé depuis le 22 octobre.

 

« C’est une bonne initiative, qui répond à une demande du Parti Communiste Chinois qui sait que notre mouvement ne transige jamais sur le respect des droits humains » a commenté M. Estrosi, le conseiller politique de l’UMP. Alors ça, c’est bien, ne jamais transiger sur les droits humains. Et attendez, ce n’est pas tout ! Il y a une dimension festive à cette union. Le site de l’UMP le précise bien : à travers ce protocole, UMP et PCC ont décidé que chaque année « un événement donnerait un relief particulier à ce protocole », une année en Chine, une année en France. Vu que le protocole a été signé en Chine, Pékin a ouvert le bal en faisant exécuter pour l’occasion quelques Tibétains à Lhassa. C’est vrai que c’est particulier comme relief. Je suis curieux de voir ce que l’Union Malencontreuse des Poltrons va bien pouvoir concocter l’année prochaine pour être à la hauteur du Parti de la Clique Calamiteuse.

 

Entendue lors de cette première rencontre entre les désormais deux partis frères, cette réflexion (authentique) d’un cadre du PCC : « puisque vous êtres le parti le plus puissant de France, pourquoi ne pas en faire un parti unique ? ». Ah ouais, c’est une idée ça… On voit bien les avantages qui pourraient en découler. Mais pourquoi rester si timoré ? Il faut une vraie grande vision sur le long terme. Une vision dont l’objectif serait d’offrir à la France une société harmonieuse. Et pour ça, il suffirait de fusionner simplement les deux partis ! Ah oui, il faudrait garder « Union » dans le nom pour conserver la tradition. Bon c’est simple, UMPCC, “Union Macabre avec le Parti Communiste Chinois”. Quoi ? Pas assez français et il faut bien montrer que l’on se soucie des minorités ? Bon ben je ne sais pas moi, il suffit de demander à Pékin après tout. Ils sont très forts ces gens-là.

 

  Tiananmen : les ombrelles de la honte

Tous les journalistes et toutes les télévisions qui ont voulu filmer la place Tiananmen le 4 juin 2009 ont eu droit à la même performance pour le moins insolite : l’ouverture d’ombrelles devant les objectifs…

[…]

 

Contrairement aux tanks, le ridicule ne tue pas. C’est ce qu’a dû penser le gouvernement chinois en envoyant une armada de flics en civil munis d’ombrelles pour systématiquement les placer devant les objectifs des équipes de télévisions ou de ceux des photographes ayant pourtant en principe toutes les autorisations officielles. Lire par exemple à ce sujet, l’expérience de Brice Pedroletti du journal le Monde sur son blog.

 

Une manière d’agir d’autant plus grotesque que la place est entièrement sous contrôle policier, les flics en civil étant plus nombreux que les véritables passants ou touristes. Ce faisant, le pouvoir actuel confirme qu’il est bien l’héritier de celui de 89. Un état totalitaire et criminel qui continue de vouloir étouffer la mémoire de son propre peuple.

 

Voici trois exemples à (ne pas) voir pour le croire :

Al Jazeera :

 

CNN :

 


BBC :

 

  Il y a 20 ans : le massacre de Tiananmen

Suivant de quelques mois la répression du soulèvement de Lhassa en mars 1989, le massacre des étudiants chinois manifestant sur la place Tiananmen a eu lieu il y a tout juste 20 ans.

À cette occasion, Tibet-defacto publie une série de photos prises par des étudiants chinois et confiées ensuite à un étranger pour les sortir clandestinement de Chine en témoignage du massacre. Ces images illustrent une séquence particulièrement tragique qui s’est déroulée sur à peine vingt minutes.

[…]

 

4 juin 1989

 

6 h 10 : Les derniers étudiants sont en train d’évacuer calmement la place Tiananmen en portant leurs banderoles.
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6 h 12 : Quand ils débouchent sur l’avenue Chang’an au carrefour Liubukou, à 50 mètres du siège du gouvernement et du Parti, ils voient foncer vers eux trois chars venant de la place.

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6 h 15 : Un tir très nourri de gaz lacrymogènes enfume l’air. Des étudiants tentent d’éviter les chars en escaladant les barrières.

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6 h 17 : Le carrefour Liubukou après le passage de ces trois chars.

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6 h 20 : Pendant que d’autres chars continuent de circuler sur l’avenue, les gaz se dissipent. Des témoins se précipitent sur un blessé qui s’accroche à la barrière. Sur la chaussée, il y a onze morts.

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6 h 25 : Deux hommes tentent de poser des garrots sur ce qui reste des jambes broyées d’un des étudiants piégés au carrefour Liubukou.

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Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit de Fang Zheng, qui avait aidé une jeune fille à sauter la barrière, sans avoir le temps de se mettre lui-même à l’abri. Quelques années plus tard, il a décroché le titre de champion de Chine d’athlétisme pour handicapés. Mais le gouvernement lui a interdit de participer aux Jeux asiatiques. Qu’aurait-il répondu aux journalistes l’interrogeant sur la cause de son handicap ?

Las des harcèlements systématiques, il vient de quitter la Chine pour la Californie.

 

Cette séquence n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des massacres commis à Tiananmen. Il est possible d’en trouver d’autres sur le Net comme par exemple sur  www.64memo.org, un site consacré à la mémoire des événements de 1989.

 

Comme toujours, la propagande chinoise a bien sûr immédiatement commencé son travail de réécriture de l’histoire.

Extrait d’une bande dessinée officielle parue le 21 juillet 1989 :

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« Les troupes ont fait preuve d’une maîtrise absolue. En revanche, les émeutiers contre-révolutionnaires, remplis d’une haine à mort contre l’Armée Populaire de Libération, ont mis à profit cette modération pour déclencher les bagarres, la casse, les incendies et les meurtres que chacun a pu constater. »

(Tiens… ça ne vous rappelle rien ce type de discours ? Cherchez bien.)

 

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« À 5 h 30, le travail de nettoyage est complètement achevé. Parmi les étudiants qui étaient calmement installés comme parmi ceux qu’il a fallu forcer à partir, il n’y a pas eu un seul mort. »

(Est-il besoin de commenter ?)

 

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« La place Tiananmen est revenue dans les mains du peuple et les troupes de la loi martiale ont complètement triomphé: les troubles contre-révolutionnaires dans la capitale ont été écrasés d’un coup.

Dans le processus de pacification, l’Armée Populaire de Libération, la Police Militaire Populaire et la Sécurité publique ont fourni une inaltérable contribution en luttant au risque de leur vie et avec héroïsme. »

(« Revenue dans les mains du peuple »… Parce qu’avant la place était dans les mains de hérissons géants ? Et sans prétendre vouloir donner de leçons aux experts de la propagande chinoise, je trouve l’emploi du mot « écrasés » plutôt malvenu.)


Et aujourd’hui ? Eh bien c’est quasiment la même chose. Le pouvoir chinois fait plus que jamais l’impasse sur ces événements. Rien dans la presse, rien à la télé. Mieux, à la veille du vingtième anniversaire, il neutralise les anciens dissidents, fait taire les « mères de Tiananmen » qui réclament la vérité sur la mort de leurs enfants, bloque nombre de sites internet ou de plates-formes de discussions comme Hotmail, Twitter, Flickr, WordPress, Blogger, etc. La liste est longue. Les moteurs de recherche (locaux comme étrangers) renvoient comme d’habitude à des informations touristiques si vous tapez “Tiananmen” et les recherches d’images vous donnent une très belle série de cartes postales.

 

Il ne s’est rien passé à Tiananmen.

 

  Mort du Panchen-lama ?

Depuis quelques jours, l’annonce de la mort de Gedhun Choekyi Nyima, le 11e Panchen-lama enlevé à 6 ans par les autorités chinoises, commence à se propager dans les médias.

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Gedhun Choekyi Nyima, 11e Panchen-lama

Gedhun Choekyi Nyima, 11e Panchen-lama

Cette nouvelle est curieusement tombée quelques jours avant le 20e anniversaire du Panchen-lama, le 25 avril. Info ou intox ? Impossible à dire évidemment. Penpa Tsering, le porte-parole du Parlement tibétain en exile a publié le 27 une lettre ouverte au président Hu Jintao lui réclamant toute la vérité sur cette affaire.

 

Je reproduis ici dans son intégralité le post d’Aglio E Cipolla qui a traduit la majeure partie de l’article du Corriere della Sera, journal qui a le premier donné cette information :

 

Selon Yoichi Shimatsu, ancien directeur du journal Japanese Times Weeks, le 11e Panchen-lama Gendhun Choekyi Nyima, jamais reconnu par les autorités chinoises qui le firent enlever à l’age de 6 ans et devenir ainsi « le plus jeune prisonnier politique du monde », serait mort il y a déjà plusieurs années. Reste celui mis en place par la République Populaire de Chine, Gyancain Norbu qui lui condamne les révoltes au Tibet.

 

 

Le Panchen-lama est le deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain, juste après le Dalaï-lama. Son nom est un composé de « grand érudit » (panchen) et « maître spirituel » (lama). Il est considéré comme une émanation du Bouddha Amitabha (« de lumière infinie »)

 

Le 11e Panchen-lama, Gendhun Choekyi Nyima est né le 25 avril 1989 à Nagchu. Il est le fils de Kunchok Phuntsok et Dechen Choedon, nomades tibétains.

 

Il a été enlevé avec ses parents le 17 mai 1995, soit 3 jours après sa désignation par Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï-lama. On ne l’a jamais revu depuis. Les autorités chinoises ont confirmé au fil des années être l’auteur de l’enlèvement, officiellement pour « protéger » l’enfant.

 

« Le Panchen-lama choisi par les émissaires du Dalaï-lama est mort. Celui indiqué par la Chine est (donc) aujourd’hui l’unique Panchen-lama ». C’est ce qu’a déclaré Yoichi Shimatsu, ancien directeur du Japan Times Weekly, lors d’une table ronde organisée par l’école de journalisme et communication de l’université Quinghua de Pékin. On y aborda la question tibétaine.

 

La nouvelle n’est pas officiellement confirmée mais le cadre est significatif : c’est ici que le président Hu Jintao se diplôma en ingénierie en 1964. Autant dire un « lieu saint ». La conférence a eu lieu en présence de savants chinois, occidentaux, et deux correspondants de journaux étrangers dont le Corriere della Sera qui reporte ces propos à travers son envoyé Marco Del Corona. Ce dernier souligne que « le débat autour de ce thème crucial fut long et empreint d’une liberté d’expression jusque-là impensable ». Ou fut simplement une exception à la règle pour annoncer la mort officielle d’un ennemi et partie d’une nouvelle phase offensive dans la stratégie anti-tibétaine.

 

« Il est mort depuis longtemps. De maladie, cancer ou leucémie » dit Shimatsu. « La nouvelle a été tenue secrète par les tibétains et les chinois pour le même motif : ne pas perdre la face. la Chine pour ne pas révéler qu’était mort dans ses bras un enfant dont elle avait la garde, et le Dalaï-lama et les siens pour ne pas perdre leur « élu » et ne pas devoir admettre que le leader boudhiste avait failli dans son choix en indiquant un enfant malade […] Ma source (d’information) est sûre, de nature diplomatique et en provenance d’un pays occidental non-européen et de gauche qui envoya des médecins pour tenter de sauver l’enfant. C’est la vérité ». Selon le journaliste Marco Del Corona, le pays en question pourrait être Cuba ou le Vénézuela.

 

Les propos de Shimatzu restent saisissants. Vient évidemment le doute qu’il ait été été « autorisé » à en parler, et le contenu de ses propos approuvé ou suggéré. Parler de la Chine qui se préoccupe de la santé du « Panchen-lama détesté » semble une énormité. Aussi l’usage des termes « Dalaï-lama et les siens » fait tiquer. Le « et » est très chinois : « le Dalaï-lama et sa clique » dit-on là-bas généralement, sous-entendu « de criminels délinquants ».

 

En 1996, le cas de Gedhun Choekyi Nyima, 11e Panchen-lama, avait été examiné par le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU et les autorités chinoises avaient admis pour la première fois avoir « pris l’enfant pour sa sécurité » quand la question du panchen-lama fut abordée ».

 

Chandrel Rinpoché, qui « trouva » le 11e Panchen-lama non reconnu par Pékin, avait été chargé de cette mission. Croyant l’abbé acquis à sa cause, le parti communiste chinois le nomma « chef de la commission officielle chinoise responsable de la recherche de la réincarnation du dernier Panchen Lama ». Il a été arrêté le 18 mai 1995, soit un jour après le Panchen-lama, inculpé de collaboration avec le Dalaï-lama, condamné à 6 ans, mis au secret, encore aujourd’hui à 67 ans en résidence surveillé.

 

Panchen-lama : une espérance de vie toujours plus réduite.

Hu Jintao, actuel président qui fut « responsable de la répression politique sévère au Tibet » en 1989 est lui-même soupçonné d’avoir fait empoisonné Choekyi Gyaltsen, 10e Panchen-lama, mort d’une crise cardiaque à 50 ans après une vie de persécution de la part des autorités chinoises. Il venait alors de déclarer que « le progrès apporté au Tibet par la Chine ne saurait compenser la somme de destructions et de souffrance infligée au peuple tibétain ». Dénonçant la répression chinoise au Tibet dans sa « Pétition aux 70 000 caractères » (1962), Choekyi Gyaltsen avait déclenché sa disgrâce et son arrestation. Emprisonné jusqu’en 1977, puis en résidence surveillée, il ne fut « réhabilité » complètement qu’en 1987 par le gouvernement chinois qui voulu l’utiliser comme médiateur après les premières émeutes de Lhassa. Mais par la suite, de plus en plus critique envers Pékin, et alors qu’il venait d’insister sur sa loyauté envers le Dalaï-lama (que les autorités chinoises lui demandèrent de renier pendant près de 30 ans) il fut terrassé dans un temple par une crise cardiaque.

 

L’important aujourd’hui semble être de faire savoir que « le Panchen-lama contesté par Pékin est mort » : il n’existe plus et n’en reste qu’un. Il s’appelle Gyancain Norbu et est né le 12 février 1990. Ce 11ème Panchen-lama-là a été choisi et reconnu officiellement le 29 novembre 1995 par les autorités chinoises. Sur quel critère ? À priori la parenté avec « un membre du Parti communiste chinois qui était président du Comité permanent de l’Assemblée populaire de la Région autonome du Tibet à l’époque de la désignation de l’enfant ». Ses déclarations officielles sont parfaitement alignées sur celles de Pékin : « Les faits démontrent que seulement grâce à (la République Populaire de Chine) le Tibet a pu acquérir sa prospérité actuelle et rêver d’un futur encore meilleur ». Un autre otage, de fait.

 

Donc, fin du contentieux et de toute polémique, côté chinois.

 

Si cette nouvelle était confirmée, le Dalaï-lama et ses émissaires devraient partir à la recherche d’un nouveau Panchen-lama : un nouveau défi qui serait vraisemblablement « intolérable » aux yeux des autorités chinoises. À comprendre maintenant si le but de tout cela n’est donc pas tout simplement de créer de nouveaux précédents justifiant une intensification de la répression envers les Tibétains.

 

Gendhun Choeki Nyima aurait eu 20 ans le 25 avril.

sources Aglio E CipollaCorriere della Sera

 

On le voit, tout ceci est bien curieux. Et l’affirmation comme quoi « la nouvelle a été tenue secrète », y compris par les Tibétains, bien osée. Encore fallait-il qu’ils en soient eux-mêmes informés !

Il faut noter également que Yoichi Shimatsu semble totalement être pro-chinois et que ses propos ont été tenus dans le cadre de « Dialogue sur le Tibet— Histoire et Réalité », un séminaire de propagande de désinformation dont Pékin a le secret et qui s’est terminé par : « Grâce à ce débat, nous pouvons conclure que le Tibet ne constitue pas un problème en soi. »

 

Tiens-donc, en voilà une conclusion hardie…

 

  Raffarin mâche ses mots et crache le morceau

Vu dans le journal Le Monde, ces très savoureuses précisions de Monsieur Raffarin  à propos du communiqué de réconciliation publié le 1er avril par Paris et Pékin.

[…]

Lors d’un colloque le 6 avril, il a estimé qu’il s’agissait d’un « compromis fertile » qui permettait d’en revenir « aux fondamentaux » après des mois de boucherie, euh pardon, de bouderie chinoise. M. Raffarin a expliqué que le texte était à la fois « plus précis et plus engageant » à l’égard de Pékin. « On ne parle pas seulement de (l’attachement français) à l’unité de la Chine (dans ce communiqué) : on dit que l’on est non seulement contre l’indépendance du Tibet mais aussi contre le soutien à l’indépendance. »

Et pour “clarifier” encore plus :

A la question de savoir si le même texte engage le président Nicolas Sarkozy à renoncer à toute rencontre avec le dalaï-lama, M. Raffarin a répondu qu’« on ne peut pas faire dire au texte ce qu’il ne dit pas », ajoutant cependant que, si M. Sarkozy rencontrait de nouveau le chef spirituel tibétain en exil, « les Chinois considéreraient cela comme une forme de soutien (à l’indépendance du Tibet)« .

En clair : Nicolas Sarkozy s’est bel et bien engagé à ne plus rencontrer le Dalaï-lama.

Donc vous avez bien compris? Ce qui n’est pas écrit n’est pas écrit mais veut bien dire ce que ça veut dire.

Bref, on s’aplatit totalement devant Pékin. On ne le savait pas, « revenir aux fondamentaux » signifie en fait “baisser sa culotte”.

 

  Chérir les fruits du mensonge

« Le 28 mars est peut-être la date la plus importante de toute l’histoire des droits de l’homme dans le monde ». Vous ne le saviez pas ? C’est pourtant ce qu’affirme la Chine. Et question droits de l’homme, Pékin en connaît un rayon…

[…]


Pour en savoir plus sur ce fameux 28 mars, ouvrons les médias chinois. Nous avons l’embarras du choix.

Tiens, le Quotidien de Peuple par exemple :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Ah oui et ben dites-donc. Mais que dit l’agence Chine Nouvelle ?

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Ah d’accord, alors consultons vite le Economic Daily :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Le Guangming Daily nous précise même que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Et il n’a pas échappé au Sichuan Daily que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Pourtant de son côté le Zhejiang Daily affirme que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


C’est un peu curieux car le Beijing Daily n’hésite pas de son côté à titrer :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Ce qui, il est vrai, va un peu dans le même sens que le Science & Technology Daily :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Dans le même temps le CPPCC Daily va lui jusqu’à imprimer que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Remarquez, d’autres que lui ont fait exactement la même chose, tel le Gansu Daily, le People’s Daily Online, CCTV. com, le Qinghai Daily… La liste est quasiment sans fin. Il n’y a qu’aux informations télévisées que l’on a pu entendre que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Grâce à une totale liberté de ton éditoriale qui ne le dispute qu’à la diversité florissante des points de vue typiquement chinoise, nous savons maintenant pourquoi le 28 mars est une date clé dans l’histoire de l’humanité.


L’idée est simple. Le 10 mars au Tibet commémore le soulèvement de 1959 contre l’occupation chinoise. Le 50e anniversaire tombe donc cette année. Le 14 mars est maintenant lié aux émeutes de l’année dernière. Tout cela fait désordre. Pourquoi ne pas instaurer un jour de fête le 28 (assorti de vacances) afin de célébrer la seule chose qui vaille, devinez quoi : « la libération de millions de serfs tibétains ».


Allez, c’est dit, et pour bien marquer le coup, on organise une grande cérémonie à Lhassa juste devant le Potala, histoire de ne pas faire de provocation.


Quelques photos émouvantes de la cérémonie :

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La foule en liesse devant le Potala

 

La foule en liesse devant le Potala cadrée différemment.

La foule en liesse devant le Potala cadrée différemment.

 

Mais revenons à nos moutons de serfs et d’esclaves tondus durant des siècles par le régime théocratique féodal le plus cruel et le plus malfaisant qui se puisse imaginer. Les témoignages n’ont pas manqué lors de la cérémonie. Par exemple celui d’un vétéran de l’Armée populaire de Libération (APL) : « Les esclaves hurlaient et mendiaient. Certains avaient eu leurs jambes coupées par leurs propriétaires, d’autres avaient eu les yeux arrachés ou n’avaient plus de mains. » Un véritable cauchemar on vous dit et qui concernait 95 % de la population. Alors quoi, il fallait bien faire quelque chose.

 

Je ne vais pas ici m’étaler sur la véracité des affirmations dont Pékin bombarde le monde actuellement. Il faudrait tout un livre pour aborder sérieusement le sujet (d’une vallée à l’autre, la situation pouvait être très différente). Disons pour résumer que, oui, le Tibet était encore assez arriéré avec un système de « corvée » qui s’appliquait à environ 20 % de la population. N’oublions pas non plus un isolement quasi total à l’époque qui ne favorisait pas une évolution rapide de son système social. Oui, il y avait des abus, mais la propagande chinoise est totalement malhonnête en mélangeant des punitions issues de codes pénaux vieux de plusieurs siècles avec ce qui se passait réellement dans les années 50. On peut trouver aussi nombre de témoignages où les « serfs » allaient pique-niquer ou pratiquer le tir à l’arc avec leurs maîtres quand ils ne prenaient pas carrément une année sabbatique pour effectuer des pèlerinages. La propagande se garde bien également de mentionner les grandes réformes déjà entreprises par les gouvernements tibétains de l’époque. Qui se souvient par exemple que la peine de mort a été abolie au Tibet en 1898 ? Ah oui, quand-même… Certainement pas Pékin.

 

Le pouvoir chinois oublie aussi dans son discours humaniste d’auto-congratulations de préciser qu’il a repris, cinq ans après leur « libération », les terres données aux décidément pauvres serfs. Il s’agissait officiellement de « collectivisation ». C’était bien la peine.

 

Mais ce que Pékin oublie encore plus, c’est qu’au petit jeu des comparaisons, la Chine à la même époque n’est pas sûre d’en sortir la tête haute. Le peuple était la proie d’une meute d’usuriers, et bien souvent, pour s’en sortir, on devait « vendre » son petit garçon à une famille de propriétaires terriens chez qui il devenait serviteur à vie. Ou bien, variante, « vendre » sa petite fille à un lupanar. Quant à ceux qui s’avisaient de rouspéter, je cite pour mémoire la charmante coutume d’exposer sur la place publique les petits délinquants, la tête enserrée dans des planches jusqu’à ce que mort s’ensuive. Remarquez, en attendant ils pouvaient se distraire en regardant les enfants leur jeter des pierres…


Que ce soit pendant l’entre-deux guerres ou ensuite sous les communistes, c’est bien elle qui avait le système de servage le plus absolu :

Interdiction de choisir son métier et interdiction d’en changer ensuite.

Interdiction de changer de lieu d’habitation.

Interdiction de se marier sans autorisation (et encore moins avec la personne de son choix).

Interdiction d’avoir un enfant quand on le désire.

 

Si les ouvriers attachés à leur « unité de travail » obtiennent certains droits comme l’accès aux soins ou l’éducation pour leurs enfants, il n’en va pas de même pour les paysans qui, eux, n’ont droit à strictement rien. Attachés à la terre au service des communes populaires, les esclaves, ce sont eux.


Et ce sans même parler des véritables coups de folie d’un régime qui ira jusqu’à exiger que les paysans fondent tout le métal de leurs outils de travail, de leur première pioche jusqu’à leur dernière casserole, pour alimenter les « petits hauts fourneaux » du Grand Bond en avant. Lequel bond fut tellement grand et tellement en avant qu’il entraîna avec lui la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes. Sûrement encore un grand pas dans l’histoire de l’humanité que vantait déjà la presse de l’époque.


À partir des années 80, la situation s’est heureusement améliorée sous la houlette de Deng Xiaoping et de ses réformes économiques. Mais aujourd’hui encore, il y a de véritables esclaves en Chine et les paysans sont toujours les éternelles victimes. Il suffit de voir ce qui se passe dans certaines mines. Enlevés ou attirés par la promesse d’un salaire, les braves « mingongs » (travailleurs migrants) fraîchement débarqués de la campagne se retrouvent enfermés et enchaînés. Papiers, autorisations de séjour et contrats confisqués, ils deviennent des sous-hommes mal nourris travaillant jour et nuit. Cela a beau être illégal, ces scandales sont tellement nombreux qu’ils indiquent une certaine complicité chez nombre de cadres locaux du Parti qui doivent y trouver leur compte.

 

Alors, avant de donner des leçons en travestissant l’histoire pour détourner l’attention du monde d’une colonisation répressive, la Chine ferait mieux de s’occuper de ses serfs.