archives pour juin 2009

  Meldro Gongkar (Tibet) : 3 blessés suite à des heurts avec des mineurs

Les habitants de la municipalité de Gyama près de Lhassa, la capitale du Tibet, manifestent contre une compagnie minière en charge d’un projet de dérivation d’eau dans la partie haute de la région de Gyama.

[…]

 

L’installation à grande échelle est faite pour canaliser l’eau jusqu’au site de la mine. Les pipelines passent à travers des terrains agricoles qui ont été pris de force aux paysans sans la moindre compensation. L’exploitation minière dans les collines de Gyama dure depuis déjà presque deux décennies. Les résidus toxiques déversés dans la rivière Gyama Shingchu ont provoqué la mort d’une bonne partie du bétail l’année dernière.

 

Les villageois en colère sont descendus dans la rue le 20 juin et se sont affrontés avec les mineurs chinois. Les échauffourées entre Tibétains et mineurs ont été suivies par une répression policière faisant 3 blessés dont un a dû être emmené à l’hôpital de Lhassa.

 

Le 21 juin, des responsables de la Région “autonome” du Tibet, du district ainsi que des soldats sont venus pour discuter avec les habitants. Lors de la réunion, les Tibétains ont demandé l’arrêt immédiat du détournement de l’eau et des activités minières dans la région. D’après les sources, beaucoup pleuraient de désespoir. Après la réunion, les mineurs ont quitté la zone. Néanmoins, les habitants se sont allongés par terre devant le centre administratif de la municipalité pour stopper tout passage vers le site de la mine.

 

Les villageois de la vallée dépendent de la rivière pour leurs réserves d’eau potable et pour leurs irrigations. Mais la rivière s’est asséchée, sa source étant détruite par l’exploitation minière excessive comme nombre d’autres sources dans la région.

 

Gyama Shen à Meldro Gongkar est le lieu de naissance du célèbre roi du Tibet Songtsen Gampo (617-650 AD). Il y a 15 villages dans la vallée dont deux de nomades.

 

source : Phayul

 

Des actions sont entreprises pour que cesse les exploitations minières abusives au Tibet.

Consultez www.stopminingtibet.com/

 

  Un neveu de Khenpo Jigme Phuntsok en prison

Un neveu de Khenpo Jigme Phuntsok, le défunt fondateur et maître de l’institut de bouddhisme de Serthar (Larong Gar), est en prison depuis bientôt un an.

[…]

 

D’après des sources en contact avec Serthar, Ngagchung a été arrêté en même temps que son frère, Thaphun et que de Drudak du monastère de Serthar, le 8 juillet 2008 par la police de Chengdu. Thaphun et Drudak sont relâchés rapidement mais pas Ngagchung qui est accusé de divulguer des informations aux “forces séparistes” par le biais du téléphone et d’autres moyens.

 

Ngagchung

Ngagchung

 

Les proches de Ngagchung n’ont pas d’information précise sur son lieu de détention malgré leurs efforts pour le retrouver. Les autorités chinoises ne leur ont pas accordé de droit de visite.

 

Ngagchung a étudié le bouddhisme au monastère de Serthar pendant plus de 20 ans.

 

Le site de Larung Gar

Le site de Larung Gar

 

Les autorités chinoises ont commencé à mener des mesures de répression à l’encontre du monastère de Serthar Larung Ngarig à la fin des années 90. Le 18 avril 2001, les autorités réitèrent l’ordre de ne pas dépasser un quota de 1 400 étudiants qui mènera à l’éviction de plus de 7 000 d’entre eux.
source : Phayul

 

Defacto :

l’histoire de Khenpo Jigme Phuntsok et la fondation de l’institut bouddhiste de Serthar (Larong Gar) a été un phénomène exceptionnel. Dans le Kham, il est encore extrêmement vénéré et il est courant de voir son portrait. Cela s’explique en partie par le fait qu’il est à l’origine du renouveau du bouddhisme tibétain dans le Tibet d’aujourd’hui. Reconnu dès l’âge de 5 ans comme étant la réincarnation de Terton Sogyal, un des maîtres du 13e Dalaï-lama, il reste au Tibet même pendant les années les plus noires de la révolution culturelle pendant lesquelles il retourne à une vie de nomade en se jouant des forces chinoises qui tentent de le faire renoncer à ses pratiques religieuses.

 

Khenpo Jigme Phuntsok doit également sa popularité au fait qu’il soit un “Terton”, c’est-à-dire un découvreur de “Terma” qui signifie “trésors”. Ces trésors sont des legs spirituels qui auraient été cachés par Padmasambhava lui-même et par d’autres maîtres du bouddhisme il y a des siècles. Ces Terma sont souvent des textes, des petites statues ou des petits coffres cachés dans des endroits improbables et isolés souvent au sein de la roche même.

 

Cette tradition Nyingma revivifiée confère à Khenpo Jigme Phuntsok une aura miraculeuse qui va fasciner au-delà des frontières du Tibet. Lors d’un voyage en Chine, il mettra à jour d’anciennes grottes sacrées totalement oubliées.

 

En 1980, dans la vallée de Larong, près de Serthar (préfecture de Kardze), il fonde l’institut bouddhiste de Serthar (également appelé l’institut bouddhiste de Larung Gar ou Larong Gar). Comme les restrictions religieuses se relâchent à cette époque, les autorités chinoises ne s’en formalisent pas. Larung Gar est une vallée isolée et il n’y a qu’une poignée d’étudiants. Mais bientôt la vallée déserte se retrouve couverte d’un nombre impressionnant de petites cahutes car l’institut va attirer plus de 8 500 étudiants tant la réputation de Khenpo Jigme Phuntsok est phénoménale. Et parmi ces étudiants, environ 1 000 sont des Chinois… C’est certainement une des raisons qui vont mener les autorités chinoises à vouloir endiguer le phénomène. En 2001, une bonne partie de l’institut est rasée.

 

La destruction du site de Serthar

La destruction du site de Serthar

 

Le 7 janvier 2004, Khenpo Jigme Phuntsok meurt dans un hôpital militaire, officiellement pour une déficience cardiaque. Une version contestée par beaucoup.
Bien que sous une forme réduite, l’institut a perduré après ces événements. Il serait intéressant de savoir ce qui s’y passe aujourd’hui…

 

Pour en savoir plus :

Une page sur l’histoire de Serthar sur le site du TCHRD

 

Le chapitre de David Germano consacré à Serthar (mais écrit avant la répression) : “Re-membering the dismembered body of Tibet: Contemporary Tibetan visionary movements in the People’s Republic of China” dans Buddhism in Contemporary Tibet: Religious revival and cultural identity. UC Press

 

Une vidéo de la destruction du site :

 

 

  Chamdo : la campagne de boycott agricole sévèrement réprimée

Un Tibétain blessé par balle et trois autres grièvement blessés à Chamdo dans l’est du Tibet lors d’une opération contre la campagne de boycott agricole en cours dans la région.

[…]

 

Au cours de la répression, un dénommé Tsering a été touché par une balle et deux autres Tibétains, Paga et Lhadar, ont été emportés par la police après avoir été gravement battus et blessés à coups de matraques. Un autre, nommé Samga, a lui été frappé à coups de crosse.

 

D’après les sources, tous ces événements se sont déroulés fin mai dans le district de Jomda, Préfecture de Chamdo, Région Autonome du Tibet (RAT).

 

Ces mêmes sources précisent que les forces de sécurité chinoises ont également arrêté des manifestants dont certains font partie du personnel des monastères de Vara et Jobhu dans le district de Jomda.

 

Tous les détenus ont plus tard été relâchés à l’exception de trois personnes : Sonam Palmo (dit Sopal) Lobsang Palden et Yeshe Dorjee, accusés d’être les meneurs de cette campagne de boycott agricole.

 

Plusieurs lamas en retraite de deux autres monastères de la région ont également été sévèrement frappés par les forces de sécurité chinoises au cours de descentes nocturnes.

 

Le monastère de Gyune a été assiégé et encerclé par les forces armées et 8 de ses lamas en retraite ont été battus lors d’un raid de nuit. Même scénario pour des lamas du monastère de Palchen, eux aussi battus.

 

Des campagnes de boycott agricole similaires ont également eu lieu à différents endroits dans la préfecture de Kardze (Ch : Ganzi) dans la province du Sichuan depuis mars dernier.

 

Le TCHRD (Tibetan Center for Human Rights and Democracy) dit que ce mouvement de désobéissance civile symbolique est mené par les habitants de ces régions afin de défier la « politique répressive qui prévaut, initiée et mise en œuvre par les autorités chinoises contre les Tibétains ».

 

Le TCHRD avait déjà rapporté que les autorités chinoises avaient averti par voie d’affiches les paysans tibétains des sérieuses conséquences encourues, pouvant aller jusqu’à la confiscation des terres, par ceux qui refuseraient de reprendre leurs activités agricoles.

 

Depuis, les autorités chinoises de Kardze ont mené une opération « arrestations et passages à tabac » contre les paysans continuant de défier l’ordre donné de cultiver leurs terres.

 

Selon le TCHRD, beaucoup des jeunes de Kardze ont été arrêtés et mis en détention par les autorités chinoises après avoir participé aux manifestations de l’an dernier.
Pour le TCHRD, « même si les gens de Kardze désiraient labourer les terres, il n’y a presque plus de main-d’œuvre disponible ».

source : Phayul

 

  Neuf arrestations à Dege, une à Lhassa

Arrestation de 9 Tibétains suite à une altercation avec des Chinois voulant récolter eux aussi un champignon précieux. Une autre arrestation à Lhassa suite aux cérémonies du Saka Dawa.

[…]

 

D’après une source au Tibet, lorsque vers le 6 juin, 6 ou 7 travailleurs chinois arrivent au village de nomades de Karikong dans le district de Joda, proche de celui de Chamdo, pour collecter des Cordyceps sinensis (champignons rares et chers ne poussant qu’en haute altitude et très prisés dans la pharmacopée chinoise), les Tibétains locaux leur interdisent de creuser pour en chercher et leur font faire rebrousser chemin.

 

Les travailleurs chinois quittent la région pour une brève période de temps mais reviennent avec des renforts. Chinois et Tibétains se combattent ensuite.

 

On ne connaît pas le nombre de blessés mais 9 Tibétains sont emmenés sous garde policière et sont maintenant détenus dans le district de Joda. Leurs noms n’ont pas été communiqués. On ne sait pas non plus si les travailleurs chinois ont également été arrêtés.

 

Par ailleurs, à la suite des manifestations durant le Saka Dawa, Trinley Dhondup, un résident de Lhassa originaire du village de Khagang dans le district de Dege Jodha a été arrêté sous le motif d’être impliqué dans les cérémonies religieuses s’étant déroulées plus tôt dans le mois.

 

Il s’est fait prendre alors qu’il tentait de fuir Lhassa. Trinley avait déjà fait de la prison l’année dernière à la suite des événements du 14 mars.

 

La présence renforcée de la police armée à tous les check-points des principales routes du Tibet ne permet pas de quitter Lhassa et de se déplacer librement dans le pays. La grand-route de Lhassa à Chamdo via Nagchu pullule plus que jamais de patrouilles de police.

 

Des mandats d’arrêts ont été émis pour arrêter tout Tibétain ayant participé aux cérémonies.

source : Tibetan Post

 

  Victoire de Tibétains pour la protection d’un site sacré

Une confrontation à propos d’une exploitation minière aurifère dans le district de Markham (Région “autonome” du Tibet) s’est résolue après que les autorités et les habitants de la région soient parvenus à un accord.

[…]


Le conflit sur l’exploitation de la mine, construite par une société chinoise au Ser Ngol Lo (Année de l’or et de l’argent), une montagne sacrée aux yeux des Tibétains, a perduré pendant des semaines. Zhongkai Co, la compagnie chinoise d’exploitation forestière et minière chinoise, avait été autorisée à procéder à des travaux d’excavation. Sur le site même, les manifestants tibétains faisaient face aux forces armées chinoises.


Toutefois d’après Radio Free Asia, le 8 juin les deux parties se sont entendues pour que la mine cesse ses activités.


« Il a été convenu par écrit qu’il n’y aura plus d’exploitation minière dans ce secteur », a dit un témoin tibétain à RFA.


« Toutes les forces de sécurité chinoises déployées dans la zone seront retirées. Les Tibétains qui bloquent la route devront également retourner chez eux ».


« Les autorités chinoises vont construire des barrières en béton qui bloqueront les résidus toxiques produits par des extractions précédentes dans cette zone afin qu’ils ne s’infiltrent pas dans l’eau potable », a-t-il ajouté.


Tous les points d’accord ont été couchés sur papier en présence de responsables du district et de la préfecture.


RFA rapporte qu’un responsable de la sécurité locale confirmait qu’un accord avait été conclu.


« La question de l’exploitation minière dans la région a été résolue et le secteur est tranquille », a déclaré Wang, un officier de police de Markham.


Mais il précise qu’il subsiste des désaccords sur la gestion des déchets toxiques sur le site.


« Le gouvernement a proposé de nettoyer tout le secteur mais les Tibétains veulent conserver des résidus comme preuves. Ainsi, il a été décidé que les Tibétains feront appel aux services d’une société chinoise pour examiner les résidus. Le gouvernement, lui, demandera au Département de Protection de l’Environnement de la Région “autonome” de réaliser ses propres examens. »


source : Phayul

 

  6 arrestations à Lhassa

Selon des sources autorisées, cette semaine, les autorités chinoises ont arrêté 6 Tibétains après que plus d’une centaine de personnes se soient rassemblées et aient marché dans « un exercice de leur droit à pratiquer le bouddhisme tibétain », selon ce qu’elles ont annoncé à la police.

[…]

 

Des habitants disent qu’il s’agit du premier grand rassemblement à Lhassa depuis les manifestations contre le gouvernement chinois, initiées à cet endroit en mars 2008.

 

« Ce n’était pas une manifestation mais un sangsol » ou offrande aux divinités bouddhistes, rapporte un habitant de Lhassa dans une interview. L’homme raconte qu’il a été détenu pendant 3 jours, du 7 au 10 juin. « Beaucoup d’entre nous ont été détenus, mais ce n’est pas facile de donner des détails au téléphone », ajoute-t-il.

 

Selon une autre source, 6 autres Tibétains ont été mis en détention pour interrogatoire. Il n’a pas été précisé combien ont été libérés trois jours plus tard.

 

Les 6 personnes seraient : Pedo, Dege Pema Drimey, Dege Phurba, Dege Dokyab, Dege Dorje Tsering et Nangchen Thubpa.

 

Geshe Monlam Tharchin, Tibétain installé à Dharamsala, dit avoir appris par des témoins de ces événements que 200 Tibétains se sont réunis tôt le 7 juin, vêtus de leurs costumes tibétains traditionnels dans le quartier du marché à Lhassa.

 

Ils ont recueilli de l’argent et ont fait des offrandes au temple principal de la ville, le Jokhang, puis ont traversé le marché, sont passés devant les bâtiments du gouvernement provincial et se sont dirigés vers le Potala.

 

Lorsqu’ils ont atteint l’espace en face du Potala, ils se sont tournés vers le Potala et ont crié pour la victoire des divinités. Ils portaient tous des écharpes traditionnelles tibétaines. Lorsqu’ils ont voulu aller au temple de Nechung, ils ont été stoppés par plusieurs membres de la Police armée.

 

Davantage de Tibétains se sont réunis vers 4 heures de l’après-midi dans la zone du marché de Trumse Khang, où ils ont été immobilisés et interrogés par les autorités auxquelles ils ont répondu qu’ils exerçaient leur liberté religieuse. Six Tibétains ont alors été mis en détention.

 

Les fonctionnaires de la municipalité, interrogés sur les faits, refusent de répondre. Mais un fonctionnaire du Bureau de la Sécurité Publique de Lhassa qui a répondu au téléphone dit « Personne n’a été détenu. Il s’agissait d’un événement religieux ».

 

« La République Populaire de Chine autorise l’exercice de leur religion aux Tibétains », a-t-il ajouté.

 

Le 7 juin est une date auspicieuse qui correspond à la pleine lune de printemps. Cette fête est appelée Saka Dawa dans le calendrier tibétain, et marque la naissance, l’éveil et le parinirvana du Bouddha.

 

source : tibet-info.net. Rédigé par Monique Dorizon D’après Radio Free Asia 10 juin 2009 et Phayul, 11 juin 2009

 

  Tiananmen : les ombrelles de la honte

Tous les journalistes et toutes les télévisions qui ont voulu filmer la place Tiananmen le 4 juin 2009 ont eu droit à la même performance pour le moins insolite : l’ouverture d’ombrelles devant les objectifs…

[…]

 

Contrairement aux tanks, le ridicule ne tue pas. C’est ce qu’a dû penser le gouvernement chinois en envoyant une armada de flics en civil munis d’ombrelles pour systématiquement les placer devant les objectifs des équipes de télévisions ou de ceux des photographes ayant pourtant en principe toutes les autorisations officielles. Lire par exemple à ce sujet, l’expérience de Brice Pedroletti du journal le Monde sur son blog.

 

Une manière d’agir d’autant plus grotesque que la place est entièrement sous contrôle policier, les flics en civil étant plus nombreux que les véritables passants ou touristes. Ce faisant, le pouvoir actuel confirme qu’il est bien l’héritier de celui de 89. Un état totalitaire et criminel qui continue de vouloir étouffer la mémoire de son propre peuple.

 

Voici trois exemples à (ne pas) voir pour le croire :

Al Jazeera :

 

CNN :

 


BBC :

 

  Restrictions religieuses à Lhassa et arrestations à Labrang

Le gouvernement chinois intensie les restrictions sur les activités religieuses des Tibétains à Lhassa au moment du Saka Dawa, le mois sacré du bouddhisme.

[…]

Tous les personnels travaillant de près ou de loin pour le gouvernement ont reçu des instructions très fermes. L’ordre donné de ne pas se rendre dans les temples concerne en priorité les fonctionnaires et les étudiants.

 

À Lhassa, les forces de sécurité sont encore renforcées. Les touristes eux-mêmes sont de plus en plus contrôlés. Les familles tibétaines doivent rendre des comptes sur les éventuelles visites en Inde ou à l’étranger de certains de leurs membres.

 

Par ailleurs, deux moines sont portés disparus depuis une rafle dans le monastère de Labrang le 14 mai 2009.

 

Tsundue Gyatso, 35 ans, et Sonam Gyatso, 38 ans, ont été arrêtés pour la quatrième fois par la police, toujours à propos des multiples manifestations en 2008 à Labrang.

 

Tsondi Gyatso

Tsondi Gyatso

Sonam Gyatso

Sonam Gyatso

 

 

Les familles et les proches qui ont tenté en vain d’apporter vêtements et nourritures en se rendant à la station de police, se sont entendus dire que de nouveaux interrogatoires relatifs à l’implication des moines dans les manifestations étaient en cours et qu’ils seraient prochainement relâchés.
Mais impossible de connaître le lieu de détention ou l’état de santé des deux moines.

source : Phayul

 

  Il y a 20 ans : le massacre de Tiananmen

Suivant de quelques mois la répression du soulèvement de Lhassa en mars 1989, le massacre des étudiants chinois manifestant sur la place Tiananmen a eu lieu il y a tout juste 20 ans.

À cette occasion, Tibet-defacto publie une série de photos prises par des étudiants chinois et confiées ensuite à un étranger pour les sortir clandestinement de Chine en témoignage du massacre. Ces images illustrent une séquence particulièrement tragique qui s’est déroulée sur à peine vingt minutes.

[…]

 

4 juin 1989

 

6 h 10 : Les derniers étudiants sont en train d’évacuer calmement la place Tiananmen en portant leurs banderoles.
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6 h 12 : Quand ils débouchent sur l’avenue Chang’an au carrefour Liubukou, à 50 mètres du siège du gouvernement et du Parti, ils voient foncer vers eux trois chars venant de la place.

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6 h 15 : Un tir très nourri de gaz lacrymogènes enfume l’air. Des étudiants tentent d’éviter les chars en escaladant les barrières.

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6 h 17 : Le carrefour Liubukou après le passage de ces trois chars.

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6 h 20 : Pendant que d’autres chars continuent de circuler sur l’avenue, les gaz se dissipent. Des témoins se précipitent sur un blessé qui s’accroche à la barrière. Sur la chaussée, il y a onze morts.

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6 h 25 : Deux hommes tentent de poser des garrots sur ce qui reste des jambes broyées d’un des étudiants piégés au carrefour Liubukou.

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Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit de Fang Zheng, qui avait aidé une jeune fille à sauter la barrière, sans avoir le temps de se mettre lui-même à l’abri. Quelques années plus tard, il a décroché le titre de champion de Chine d’athlétisme pour handicapés. Mais le gouvernement lui a interdit de participer aux Jeux asiatiques. Qu’aurait-il répondu aux journalistes l’interrogeant sur la cause de son handicap ?

Las des harcèlements systématiques, il vient de quitter la Chine pour la Californie.

 

Cette séquence n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des massacres commis à Tiananmen. Il est possible d’en trouver d’autres sur le Net comme par exemple sur  www.64memo.org, un site consacré à la mémoire des événements de 1989.

 

Comme toujours, la propagande chinoise a bien sûr immédiatement commencé son travail de réécriture de l’histoire.

Extrait d’une bande dessinée officielle parue le 21 juillet 1989 :

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« Les troupes ont fait preuve d’une maîtrise absolue. En revanche, les émeutiers contre-révolutionnaires, remplis d’une haine à mort contre l’Armée Populaire de Libération, ont mis à profit cette modération pour déclencher les bagarres, la casse, les incendies et les meurtres que chacun a pu constater. »

(Tiens… ça ne vous rappelle rien ce type de discours ? Cherchez bien.)

 

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« À 5 h 30, le travail de nettoyage est complètement achevé. Parmi les étudiants qui étaient calmement installés comme parmi ceux qu’il a fallu forcer à partir, il n’y a pas eu un seul mort. »

(Est-il besoin de commenter ?)

 

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« La place Tiananmen est revenue dans les mains du peuple et les troupes de la loi martiale ont complètement triomphé: les troubles contre-révolutionnaires dans la capitale ont été écrasés d’un coup.

Dans le processus de pacification, l’Armée Populaire de Libération, la Police Militaire Populaire et la Sécurité publique ont fourni une inaltérable contribution en luttant au risque de leur vie et avec héroïsme. »

(« Revenue dans les mains du peuple »… Parce qu’avant la place était dans les mains de hérissons géants ? Et sans prétendre vouloir donner de leçons aux experts de la propagande chinoise, je trouve l’emploi du mot « écrasés » plutôt malvenu.)


Et aujourd’hui ? Eh bien c’est quasiment la même chose. Le pouvoir chinois fait plus que jamais l’impasse sur ces événements. Rien dans la presse, rien à la télé. Mieux, à la veille du vingtième anniversaire, il neutralise les anciens dissidents, fait taire les “mères de Tiananmen” qui réclament la vérité sur la mort de leurs enfants, bloque nombre de sites internet ou de plates-formes de discussions comme Hotmail, Twitter, Flickr, WordPress, Blogger, etc. La liste est longue. Les moteurs de recherche (locaux comme étrangers) renvoient comme d’habitude à des informations touristiques si vous tapez “Tiananmen” et les recherches d’images vous donnent une très belle série de cartes postales.

 

Il ne s’est rien passé à Tiananmen.

 

  Deux manifestants évadés du Tibet parlent des atrocités chinoises

Deux frères évadés du Tibet impliqués dans les manifestations de l’année dernière contre l’autorité chinoise ont rejoint Dharamsala.

[…]

 

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Tsewang Dhondup montre ses blessures lors de la conférence de presse. (Photo de Dhonyoe)

 

 

Tsewang Dhondup, 38 ans et Lobsang Thupten, 31 ans, originaires de Tehor, (district de Dragko (Ch : Luhuo), préfecture autonome de Kardze (Ch : Ganzi), province du Sichuan) avaient participé avec des centaines d’autres personnes à une grande marche de protestation contre les autorités chinoises dans le district de Dragko le 24 avril 2008. En tête de cette marche, des nonnes et des moines du monastère de Palden Chokri.

 

La manifestation pacifique s’était terminée par des tirs meurtriers de la police armée chinoise, faisant au moins deux morts et plus de dix blessés graves.

 

Tsewang pense qu’il y a eu probablement beaucoup plus de victimes.

 

“Vers 16 h 30, le 24 mars, une grande marche de protestation menée par environ 150 nonnes du couvent de Ngangong se met en branle à Dragko. La marche est ensuite rejointe par des moines de Palden Chokri et des centaines de civils, principalement des paysans”, explique Tsewang.

Les marcheurs chantaient “Longue vie au Dalaï-lama”, “Chine, quitte le Tibet”, et “Retour de Sa Sainteté le Dalaï-lama au Tibet”.

 

“Plus tard, plus de 300 policiers chinois armés ont ouvert le feu au hasard dans la foule. Ils ont également lancé des gaz lacrymogènes et fait usage de cannes électriques et de matraques métalliques pour réprimer la manifestation. Ces forces chinoises ont frappé sans aucune retenue et sans montrer la moindre pitié.”

 

Tsewang a été touché par deux fois en essayant d’aider Kunga, un moine de 20 ans du monastère de Chokri, blessé par balle.

 

“Alors que j’essayais de sauver la vie de kunga, j’ai moi-même étais atteint par deux fois. Une balle tirée dans mon dos a traversé mon corps et est ressortie devant, un peu au-dessus de ma taille et une autre a touché mon bras gauche. Je suis tombé quasi inconscient”, raconte Tsewang tout en montrant ses mauvaises blessures aux journalistes présents à la conférence de presse.

 

Son frère Thupten l’a vu tomber sous les balles. Très vite, il réussit à le mener en sécurité à l’aide de sa moto. Konga, le moine de 20 ans et fils de Tashi Gyaltsen, était lui déjà mort.

 

À partir de là, Tsewang a lutté entre la vie et la mort tout en réussissant à ne pas être arrêté pendant un an et trois mois.

 

“C’est mon frère qui a pris constamment soin de moi alors qu’on était toujours en cavale de peur d’être arrêtés”, raconte Tsewang.

 

“On a même passé environ 6 mois dans une famille. On ne pouvait pas rentrer dans notre ville vu que nos noms apparaissaient dans la liste des personnes recherchées par le gouvernement avec une prime entre 15 000 et 20 000 Yuan (1 500 et 2 000 €) sur chacune de nos têtes.”

 

“C’était vraiment un combat entre la vie et la mort pour moi. Comme je ne pouvais pas accéder à des soins médicaux corrects, les blessures par balle ont commencé à pourrir en se couvrant d’asticots et de pus, ce qui provoquait des douleurs insoutenables.”

 

“Ma santé allait tellement de mal en pis que j’ai envisagé de mettre fin à mes jours”.

 

“Et puis l’espoir et la détermination de voir Sa Sainteté le Dalaï-lama et l’envie de raconter au monde extérieur les souffrances endurées par le peuple tibétain sous l’occupation chinoise m’ont rendu plus fort.”

 

“Tout au long du parcours, nous avons été généreusement soutenus par plusieurs familles. Mais je suis avant tout éternellement redevable à mon frère Thupten.”

 

Questionné par un étudiant américain sur ce que les communautés afro-américaines pouvaient faire pour le Tibet, Tsewang a lancé un appel pour que des “recherches approfondies” soient faites pour mettre réellement en lumière le problème du Tibet.

 

Lobsang Thupten (gauche) et son frère Tsewang

Lobsang Thupten (gauche) et son frère Tsewang Dhondup

 

 

“Je demande à la communauté internationale de soutenir le Tibet en se basant sur la réalité de la situation et à se dégager de l’emprise de l’information partisane émise par la puissante machine de propagande chinoise en Chine et à travers le monde.”

 

“Je demande à la communauté internationale d’aider le Dalaï-lama à retourner dans son pays, le Tibet. Vous pouvez également aider à faire libérer les prisonniers politiques tibétains ainsi que le Panchen-lama, celui reconnu par le Dalaï-lama.”

 

“Les gens des médias doivent être assez courageux pour aller au cœur des villages tibétains et dans les régions isolées pour évaluer eux-mêmes et de manière indépendante la véritable situation du Tibet sous l’autorité chinoise. Ils doivent entendre les vraies voix du Tibet qui sont si bien bâillonnées par le gouvernement chinois”, insiste Tsewang.

 

“Le niveau de violence que nous avons dû subir de la part des forces chinoises l’année dernière confirme ce que nous pensons depuis longtemps. La Chine n’a aucun respect ni aucune considération pour la vie et le bien-être des Tibétains”, ajoute Tsewang avec dédain.

 

“Je ne peux même pas m’imaginer comment les Chinois ont pu infliger une telle violence à des manifestants pacifiques l’année dernière. Après ce qu’ils ont fait au Tibet l’année dernière, je peux seulement imaginer la quantité de ressentiment qu’éprouvent maintenant les Tibétains envers le gouvernement chinois.”

 

Les deux frères disent qu’ils ont quitté le Tibet avec la “conviction et l’espoir” d’aider à soulager les souffrances des Tibétains au Tibet.

 

À la conférence de presse, Tsewang et Thupten ont été rejoints par Tsering Gyurmey et Gonpo qui avaient pris part à une manifestation similaire à Kardze l’année dernière et qui ont réussi eux aussi à regagner l’Inde la semaine dernière.

 

source : Phayul