archives pour juillet 2010

  Un Rimpoché destitué, arrestations, suicide et 17 moines chassés au monastère Shag Rongpo au Tibet

La Chine accuse Dawa Rimpoché du monastère Shag Rongpo dans le district de Nagshu (région « autonome » du Tibet) d’avoir secrètement lancé des recherches pour découvrir la 5e réincarnation de Rongpo Choeje, le révéré dirigeant du monastère [Defacto : depuis le 1er septembre 2007, le parti communiste a promulgué une loi comme quoi « les lamas ne sont plus autorisés à se réincarner sans avoir obtenu une autorisation préalable des autorités chinoises. » Loi surréaliste pour un parti soit-disant marxiste et qui a surtout pour objectif de préparer la succession de l’actuel Dalaï-lama à la sauce pékinoise].

[…]


De plus, le Rimpoché est également accusé d’avoir contacté le leader tibétain en exil, le Dalaï-lama, à propos de la présumée découverte de la réincarnation. Il a été arrêté ainsi que quatre autres personnes le 17 mai 2010 à Lhassa, capitale du Tibet.


Les moines du monastère et des Tibétains locaux ont protesté contre ces arrestations entraînant la fermeture provisoire du monastère qui est considéré par les autorités chinoises locales comme la menace numéro 1 sur leur « liste noire » parmi les 113 monastères du district de Nagchu.


Des quatre personnes arrêtées avec le Rimpoché, 2 moines du monastère (Dungphuk et Ngawang Jangchup) et un civil (Tashi Dhondup) ont été relâchées séparément après le 21 mai 2010.


Par contre, Ngawang Jangchup, 35 ans, un lama important du monastère a été condamné à 2 ans d’emprisonnement après qu’une image du Dalaï-lama ait été trouvée dans sa chambre de moine. Avoir une image du Dalaï-lama est toujours illégal au Tibet vu qu’il est jugé comme un séparatiste voulant diviser la « Mère Patrie ».


En avril, un mois avant les arrestations, les autorités chinoises locales se sont rendues au monastère pour initier une campagne « d’éducation patriotique » auprès des moines.


Tous les moyens de communication des alentours du monastère ont été coupés avant l’arrestation.


Lutte entre les Tibétains locaux et les autorités chinoises


Après l’arrestation, environ 50 membres de l’autorité chinoise flanqués de plus de 150 militaires se sont rendus au monastère pour interroger les moines interdits de voir leur révéré lama Dawa Rinpoché.


Récusant le titre de « Rimpoché » (maître spirituel) au lama, les autorités ont ordonné aux moines de ne pas le vénérer comme tel en le cataloguant comme membre de la « clique du dalai ».


Les autorités ont également exigé un irrespect inconditionnel envers le Dalaï-lama que les Tibétains vénèrent.


Ces « exigences » ont provoqué la colère des moines et des Tibétains locaux qui se sont mis à manifester contre les autorités ce qui a entraîné la fermeture temporaire du monastère.


Un moine se suicide


Dans la foulée de ces perturbations frappant le monastère Rongpo, Ngawang Gyatso, un moine de 70 ans s’est suicidé le 20 mai.


Le défunt aurait laissé des notes confisquées par les autorités qui ont proclamé que sa mort était « naturelle ».


Les autorités ont également prévenu les moines que de dire quoi que ce soit relatif à ce suicide pouvait les mener en prison.


Impossible de savoir ce que contenaient ces notes.


Le Rimpoché libéré mais sous haute surveillance


Le lama Dawa Rimpoché a été relâché un mois plus tard mais avec l’interdiction d’endosser la moindre responsabilité au monastère.


Il ne peut avoir aucun contact avec le monastère et ses étudiants. Ses déplacements sont surveillés et restreints. Le lama âgé de 75 ans vit dans sa maison sous haute surveillance policière près de Thoego La.


Les moines exigent le retour du Rimpoché


Fermé temporairement suite aux arrestations, le monastère a rouvert récemment.


Néanmoins, mené par un dénommé Ngawang Lobsang, 17 moines supérieurs ont exigé le retour du Rimpoché et ont exprimé leur respect et leur vénération inconditionnels envers lui et le Dalaï-lama contrariant ainsi fortement les officiels chinois.


Malgré les avoir retiré de la discipline monastique tout en les persécutant, les autorités chinoises n’ont pu faire plier les moines restés inflexibles dans leurs exigences.


En conséquence de quoi les moines ont été contraints de quitter le monastère et doivent se présenter au bureau des autorités chaque semaine. De plus, leurs déplacements sont limités, et ce, pour 2 ans.


Nouvelles arrestations


Encore plus récemment, mercredi dernier (le 21 juillet 2010), 2 moines du monastère ont été arrêtés après s’être confrontés avec les autorités lors d’une réunion faite pour dénoncer le Dalaï-lama et le lama Dawa Rimpoché.


L’un des moines a été relâché rapidement, l’autre est toujours en prison sans que l’on sache où.


Khenrab, 35 ans, est le gardien (au sens de concierge) du monastère.


Excédé par les propos des officiels lors de cette réunion, Khenrab a clamé que si autant de « restrictions sévères » devaient être imposées, il était dès lors parfaitement dénué de sens de rester dans ce monastère.


Il a ensuite remis les clés du temple principal en disant aux officiels qu’ils n’avaient qu’à le garder eux-mêmes et a quitté la réunion.


Il a bien sûr été immédiatement arrêté.


sources : The Tibet Express et Phayul

 

  La question tibétaine, “un défi politique majeur pour la Chine”

Nicholas Bequelin, basé à Hongkong et spécialiste de l’Asie à Human Rights Watch (HRW), s’exprime à la suite de la publication, jeudi 22 juillet, d’un rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme basée à New York, sur les exactions policières chinoises au Tibet depuis 2008.

[…]


Qu’est-ce qui a guidé l’équipe de HRW dans la rédaction de ce rapport, présenté notamment comme indépendant des organisations liées au gouvernement tibétain en exil ?
Human Rights Watch a travaillé sans aucun a priori sur ce qui s’est passé au Tibet, mais avec le souci de répondre à un problème principal, à savoir, qu’est-ce que le gouvernement chinois cherchait à cacher en verrouillant complètement l’ensemble du plateau tibétain depuis les manifestations de mars 2008 jusqu’à aujourd’hui. On peut certes, depuis, s’y rendre, mais il y a des soldats partout, des policiers armés, etc.


Au moment des évènements au Tibet, quand il a fallu alerter la communauté diplomatique ou les Nations Unis, l’une de nos principales difficultés venait du fait que la majeure partie des informations fournies par le gouvernement tibétain en exil et les organisations pro-tibétaines étaient souvent de seconde main ou invérifiables. Il fallait donc faire une enquête qui s’affranchisse de ces sources et construise un rapport à neuf uniquement sur la base d’information de première main par des témoins oculaires directs.


Nous proposons un rapport difficilement réfutable, car complètement indépendant. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur le nombre de tués mais seulement sur la nécessité absolue de faire une enquête sur cette question, maintenant qu’il est établi que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants à plusieurs reprises.


Quels éléments nouveaux le rapport apporte-t-il ?
Je crois qu’on établit de façon claire que les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles, notamment à Lhassa, Ngaba, Tonghor et Gardze (province du Sichuan). Ce sont des informations qu’on a pu recouper : au total nous n’avons utilisé que 10 à 15 % des informations recueillies pour le rapport. La position du gouvernement chinois est que les troupes n’ont jamais tiré sur les manifestants, qu’il n’y a pas eu de morts par balle. Il n’a jamais admis que des manifestants sont morts à Lhassa le 14, ni le 15. Or, on a des témoignages. Officiellement, il y a bien eu à certains moments des communiqués sur des manifestants tués ou touchés par balles, mais ils ont été immédiatement retirés. On peut donc dire que les forces de l’ordre ont bien ouvert le feu, plusieurs fois, dans des régions différentes. Il faudrait maintenant répertorier tous les autres incidents sur lesquels nous n’avions pas assez de témoignages pouvant être recoupés.


Qu’est-ce qui est caractéristique dans la réaction chinoise au soulèvement tibétain de mars 2008, et la manière dont la ” normalisation ” de la région a été effectuée ?
Quand on voit tout l’appareil policier déployé, les abus, la férocité de la répression, les cas de ces moines ayant imprimé à la main une centaine de tracts et qui ont pris 6 ou 7 ans de prison, on constate que les forces de sécurité agissent comme s’il s’agissait d’une situation de conflit armé, de guérilla, ou de terrorisme, et non de manifestations populaires, pour la plupart spontanées, avec des manifestants non armés. Et qui n’ont pas causé de violences graves, avec l’exception de Lhassa, où il y a eu des morts il est la vrai, mais la plupart ont eu lieu au cours d’incendies de boutiques.


A l’époque Human Rights Watch a condamné sans ambiguité la violence par les manifestants. Les manifestations n’ont pas toujours été pacifiques, il y a eu des postes de police brulées, des jets de pierre, des representants des forces de l’ordre blessés et le rapport souligne que dans un certain nombre de cas il semble que les forces de sécurité aient exercé une retenue adequate… Mais dans de nombreux cas, on ne connaît jamais l’enchaînement qui a conduit à la confrontation. Le problème fondamental reste que le gouvernement chinois n’a jamais distingué entre les manifestants violents et non-violents, qui sont tous considérés comme des séparatistes.


Les procédures judiciaires ont été extrêmement sommaires, avec un appareil judiciaire très politisé. Les sources chinoises officielles ne s’en cachent même pas. Nous détaillons dans le rapport, sur la base de documents officiels chinois, de nombreux cas de Tibetains condamnés à de lourdes peines pour des actes de protestation absolument non-violents : par exemple a Kardze, deux moines d’un monastère sont sortis agiter un drapeau. Les gens prennent peur et ferment leurs boutiques. Les deux moines sont accusés d’incitation au séparatisme et ils écopent de longues années de prison.


Les informations données par la Chine sur le nombre de personnes arrêtées et condamnées sont-elles crédibles ?

La presse chinoise a par exemple titré sur le fait que ” 8 % seulement des émeutiers ont été condamnés”, ce qui reviendrait à 76 personnes. Mais si on commence à regarder hors de Lhassa, donc au Sichuan, au Gansu, dans les zones tibétaines, on trouve des dizaines de condamnations. Et cela a continué dans les mois qui ont suivi. Le nombre total de gens arrêtés et condamnés est beaucoup plus élevé que ce qu’ils ont donné. Tous les accusés sont qualifiés d’”incendiaires, des pilleurs et des casseurs “, mais de nombreuses personnes ont fait des actions qui ne sont absolument pas violentes. Des actions qui selon les comptes rendus chinois eux mêmes, ne sont même pas de l’ordre à troubler l’ordre public.


Les Tibétains qui tentent de témoigner et de passer des informations à l’étranger sont condamnés très lourdement…
Au cours des deux dernières années, comme l’ont d’ailleurs bien montré les organisations liées au gouvernement tibétain en exil, les gens qui passent des informations sont condamnés pour espionnage. Des gens qui téléphonent à leur cousin à Dharamsala peuvent se retrouver avec des condamnations extrêmement lourdes. Or, le gouvernement chinois sait bien que le comportement des forces de sécurité au Tibet est en contradiction avec les normes internationales, mais aussi ses propres lois


Après le Tibet, c’est le Xinjiang qui s’est embrasé en juillet 2009, et a connu une répression également brutale. Il y a des parallèles entre les situations dans lesquelles se trouvent aujourd’hui ces deux zones de minorités ethniques…
C’est un défi politique majeur pour l’équipe de Hu Jintao : dans les quatre sixièmes du pays, des troupes armées ont dû être envoyées pour maintenir l’ordre et la liberté de circulation et de communication y sont restreints. Les évènements d’Urumqi ont été beaucoup plus contenus : ils ne se sont pas propagés ailleurs. Au Tibet, ça s’est davantage étendu. L’une des raisons, c’est qu’au Xinjiang, les Chinois Hans constituent près de 50 % de la population, bien plus qu’au Tibet. Le terrain est plus facile, ce sont des oasis. Il y a des routes, des aéroports, on peut facilement amener des troupes. Peu de temps après les évènements d’Urumqi, le gouvernement chinois a changé le premier secrétaire du parti de la Région autonome, et en a nommé un autre qui, en rupture avec la tradition, n’a pas fait sa carrière au Xinjiang même. Un plan massif de développement a été lancé, qui va complètement transformer le territoire. Les autorités ont aussi admis qu’à la base du problème, les Ouigours étaient exposés à des discriminations socio économiques. Et puis, il y a moins de sympathie international, il y a le problème du terrorisme islamique, le régime est donc dans une situation plus confortable.
Au Tibet, oui, on va construire des autoroutes, mais aucun mot sur les discriminations. La réalité est que la pouvoir est bien plus dans une impasse au Tibet : il y a une proportion de Chinois Hans plus faible, il n’y a pas d’agriculture qu’on peut étendre comme au Xinjiang en apportant l’irrigation. Il y a aussi une bureaucratie tibétaine qui a complètement accentué les rancoeurs, en captant les ressources et les richesses, comme l’a montré le rapport de l’ONG chinoise Gongmeng en 2008. Pékin peut difficilement faire face à deux régions de minorités ethniques en révolte : le Tibet tout seul, ça passe. Le Xinjiang, aussi. Mais les deux en même temps, non. Il fallait donc qu’ils règlent au moins un des problèmes : au Xinjiang, ils vont faire ce qu’ils savent faire, moderniser et transformer le terrain indigène en terrain chinois. Faire des villes qu’on puisse lire, administrativement et militairement. Renforcer les Bingtuan [Corps de production et de construction du Xinjiang]. Au Tibet, il n’y a pas de solution rapide, il n’y a pas de plan de 5 ans qui puisse faire progresser les choses.


Qu’est-ce que cela implique pour la question tibétaine ?

Sur le long terme, cela pose la question de la résolution politique. Le débat entre archaïsme et modernité, qui fait souvent surface quand on parle de la politique chinoise au Tibet, est relégué à l’arrière plan par un problème plus grave : quand les forces de sécurité agissent de cette façon, quand tout le monde est suspect, quand des gens sont emmenés, torturés et ” disparus “, ça aliène la population. Cela accentue le processus de polarisation dans la société. L’attitude des forces de l’ordre éloigne la possibilité d’une solution politique pour le Tibet. Les [autorités chinoises] auraient besoin de faire comme ce qu’elles ont fait dans le reste de la Chine, et de parvenir à un processus d’accommodation, de négociation avec la société.
Propos recueillis par Brice Pedroletti

source : Le Monde

Le rapport (en anglais) est disponible ici.


 

  Crime et châtiment au Tibet

main-lhassa


Les procès récents de puissants hommes d’affaires tibétains soulèvent de nombreuses questions sur la gouvernance de la région autonome et ses rapports avec le pouvoir chinois.

[…]


La Chine a été largement critiquée pour la violence de son traitement de presque toute forme de dissidence politique au Tibet. En 2008, par exemple, un Tibétain appelé Wangdu, éducateur pour AIDS à Lhasa, a été condamné à mort pour avoir envoyé des nouvelles sur les manifestations tibétaines à des Tibétains à l’étranger. La logique était claire : préserver ce que les dirigeants Chinois appellent la « stabilité » et l’« harmonie » afin de maintenir le pouvoir de l’état.


Mais deux évènements récents au Tibet, autour des procès de deux dirigeants Tibétains qui n’ont ni attaqué ni critiqué l’état, ne suivent pas cette logique.


Dans le premier procès qui a eu lieu le 24 juin, Karma Samdrup, 42 ans, l’un des plus fortunés hommes d’affaires tibétains en Chine, a été condamné à 15 années d’emprisonnement par une cour de Xinjiang pour vol d’antiquités. Les associations des droits de l’homme ont suggéré que les charges retenues étaient inventées car la police avait, 12 ans auparavant, abandonné ces mêmes charges par manque de preuves lors d’une première enquête, et aucun témoin ni preuve nouvelle n’ont été produits devant la cour. Malgré une critique détaillée de l’accusation, la sentence, connue officieusement depuis déjà quelques jours des responsables locaux, a été confirmée.


Le 3 juillet, le frère ainé de Karma, Rinchen Samdrup, 46 ans, a été jugé pour « menace à la sécurité de l’état ». Son crime est d’avoir oublié d’avoir fait enregistrer une petite association environnementale dirigée par lui-même et son plus jeune frère dans leur village natal retiré de Gonjo, dans l’est du Tibet. Ayant été jugé coupable – le taux de condamnation en Chine est aux alentours de 98%, et il est même plus élevé au Tibet, le verdict n’a donc jamais été remis en question – il fut donc condamné à cinq ans de prison.


Le plus jeune frère, Chime Namgyal, 38 ans et handicapé, est hospitalisé depuis le 11 juin pour de sérieuses blessures infligées pendant sa détention. Il n’a pas bénéficié d’un procès mais a été condamné à 21 mois de prison par les responsables locaux pour le même délit que Rinchen – menace contre la sécurité de l’état pour avoir organisé de manière non officielle le ramassage des ordures, la plantation d’arbres et des patrouilles de nature pour empêcher la chasse d’espèces menacées d’extinction. Ces activités ne sont même pas considérées comme des menaces contre l’état en Chine.


Ces trois cas sont doublement inexplicables car aucun des trois frères n’a été accusé de critiquer ouvertement la Chine, de s’opposer au Parti Communiste ou même de parler politique. Bien au contraire, ils ont chacun été salués comme citoyen Tibétain idéal. Karma avait fondé et financé une organisation environnementale tibétaine en 2001, et a été nommé philanthrope chinois de l’année 2006 par la Télévision Centrale de Chine (pour « avoir créé une harmonie entre l’homme et la nature »). Et l’année dernière, la Fondation One, un fonds humanitaire dirigé par la star de cinéma Jet Li, lui a octroyé un million de renminbi pour son « projet modèle ».


Rinchen était tout aussi bien considéré. Son association a reçu un important prix environnemental de la société Ford Motor Company en 2006, et en 2008, le gouvernement chinois le considérait, ainsi que son association, comme « un apport extrêmement bénéfique au travail de protection de l’environnement du gouvernement chinois ». En février dernier, le plus important quotidien chinois, le Quotidien du Peuple, publiait une grande photographie de lui prise lors de la remise de ce prix, avec un texte élogieux sur son travail. (Le journal devait ignorer qu’à cette époque, il était en détention depuis cinq mois.)


Un livre paru l’année dernière en Chine faisant l’éloge des trois frères pour leur travail, Tianzhu (“Les perles célestes”), a eu un large succès auprès du public. En juin, sans aucune raison apparente, le livre a été interdit dans tout le pays malgré son manque total de contenu politique.


Alors pourquoi la Chine cible-t-elle des Tibétains qui n’ont aucun lien avec la politique et qui sont considérés comme des citoyens modèles ? Une partie de la réponse se trouve peut-être du côté des responsables locaux corrompus. Rinchen et Chime avaient critiqué un chef de la police locale pour avoir chassé des espèces en danger. On suspecte l’un de ses supérieurs au quartier général de la préfecture voisine de Chamdo d’avoir décidé de les punir, ainsi que deux de leurs cousins, Sonam Choephel et Rinchen Dorje, qui sont aussi sous les verrous au Tibet pour des délits vagues ou non précisés.


Mais les responsables locaux n’auraient pas pu faire juger Karma dans la lointaine province de Xinjiang, ni même persuader le gouvernement central de bannir le livre inoffensif des frères sur leur amour de la nature. Des responsables plus haut gradés ont peut-être récupéré l’affaire contre Karma – et ont peut-être persuadé leurs homologues au Xinjiang de déterrer la première affaire d’antiquités – parce qu’il avait contacté ses relations à Pékin pour se plaindre du mauvais traitement réservé à ses frères par les responsables au Tibet.


Cette théorie semble plausible car le dirigeant actuel du Parti Communiste dans la Région Autonome du Tibet était précédemment en poste dans la province de Xinjiang. Si cela s’avérait exact, le cas contre Karma suggèrerait que les responsables basés dans la région Tibétaine seraient en train de gagner en pouvoir, capables d’agir au-delà de leur juridiction pour poursuivre ce qui semble être un peu plus que de simples revendications personnelles.


Et ces cas ne sont pas uniques. Dorje Tashi, le riche propriétaire du Yak, un des grands hôtels touristiques de Lhassa, se languirait aussi en prison sur des accusations d’ordre politique. Au Tibet, où depuis 30 ans les principaux hommes d’affaires ont toujours été considérés comme des alliés naturels de l’état, ces évènements sont sans précédents.


Le gouvernement central de la Chine a le pouvoir de régner sur ses chefs locaux ; qu’il n’y parvienne pas au Tibet est étonnant. Si il continue de laisser faire, il risque de perdre toute crédibilité auprès des Tibétains qui, comme les trois environnementalistes, ont essayé de respecter la loi et d’éviter la politique.


D’autres Tibétains pourraient conclure que le gouvernement chinois a délégué la gouvernance de leur région à des satrapes locaux qui ont tout intérêt à poursuivre leurs petites affaires. Dans une région où l’état suscite suspicion et antagonisme, élargir les cibles des poursuites politiques des protestants Tibétains aux environnementalistes et des moines dissidents aux hommes d’affaires risque de saper les propres objectifs de la Chine dans l’une de ses régions les plus troublées.


Robert Barnett

Professeur à l’Université de Columbia, directeur de la section dédiée à l’étude du Tibet.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

Copyright: Project Syndicate, 2010

source : les cercles

 

  Rinchen Samdrup, militant écologiste tibétain condamné à cinq ans de prison

rinchen-samdrup


Rinchen Samdrup, 44 ans, a été reconnu coupable samedi d’incitation à la révolte par un tribunal de la région tibétaine de Chamdo, a annoncé la poètesse et militante des droits de l’Homme Woeser sur son blog.

[…]


L’avocat de Rinchen Samdrup, Xia Jun, n’était pas joignable dimanche, tout comme les responsables du tribunal de Chamdo.


Fin juin, un tribunal de la région du Xinjiang (nord-ouest) avait déjà condamné un de ses frères, Karma Samdrup, un collectionneur d’antiquités âgé de 42 ans, à quinze ans de prison pour profanation de tombes.


L’épouse de Karma Samdrup a confirmé la condamnation sur son compte Twitter.


L’année dernière, Chime Namgyal, un autre frère de Rinchen Samdrup, avait été condamné à 21 mois de « rééducation par le travail » pour atteinte à la sécurité de l’Etat, a rappelé samedi dans un communiqué l’organisation de défense des droits de l’Homme International Campaign for Tibet basée à Londres.


« Ces condamnations font peur à de nombreux intellectuels tibétains », a déclaré à l’AFP Woeser, qui a refusé de faire d’autres commentaires par crainte de représailles des autorités chinoises.


Rinchen Samdrup et son frère Chime Namgyal étaient à la tête d’une association de protection de la nature, dont l’activité a été saluée par les autorités et les médias chinois, rappelle International Campaign for Tibet.


Selon l’organisation, « cette condamnation de Rinchen Samdrup fait partie d’une affaire plus large contre ses deux frères, ses deux cousins et d’autres proches et soutiens à travers laquelle des intellectuels tibétains sont ciblés et emprisonnés malgré l’absence de toute activité politique ».


L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a dénoncé une arrestation « à caractère politique » après que les deux frères ont dénoncé des atteintes à l’environnement par des responsables locaux chinois.

source : Romandie news