Protocole entre l’UMP et le Parti Communiste Chinois

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L’une des caractéristiques curieuses de l’UMP, c’est de donner des sens différents à son sigle selon le contexte. Un jour ça signifie “Union pour la Majorité Présidentielle” puis un autre jour, ça devient “Union pour un Mouvement Populaire”. C’est très amusant ces adaptations. Parfois ça peut signifier aussi “Union des Margoulins Prioritaires” ou “Union de Mal en Pis”. Tout dépend du contexte je vous dis. Ce qui compte c’est de changer de temps à autre. La seule constance, vous l’aurez remarqué, c’est de garder le mot “Union”. C’est bon ça l’Union. Ca rassemble et tout. Fort de ce principe de base, Xavier Bertrand a eu une idée proprement lumineuse : pourquoi pas unir l’UMP avec le Parti Communiste Chinois ? UMP + PCC !

[…]

 

Attendez voir… c’est carrément grandiose comme concept ! Et aveuglant de bons sens : la droite traditionnelle française censée être plus ou moins héritière du Gaullisme qui s’associe avec la plus sournoise des dictatures communistes, c’est tout bonnement l’exemple parfait pour illustrer ce qu’est une logique implacable. Non, là Xavier Bertrand tutoie le génie. Je me demande vraiment pourquoi personne n’y a pensé avant. Bon d’accord, c’est peut-être parce que la proposition de base venait en fait du PCC et qu’ils sont très forts au PCC. On a beaucoup à apprendre de gens comme ça. Et Xavier Bertrand apprend vite. Et évidemment, pour le changement de nom, c’est parfait. « Union Malencontreuse des Poltrons », ça sonne non ? Et puis ça a l’avantage non négligeable de renforcer la ligne déjà esquissée auparavant qui consiste à s’aplatir plus bas que terre dès que Pékin hausse le ton. Maintenant, il suffira d’un raclement de gorge. Génial je vous dis, et si pratique. Allez hop, on ne perd pas de temps et le protocole d’accord est déjà signé depuis le 22 octobre.

 

« C’est une bonne initiative, qui répond à une demande du Parti Communiste Chinois qui sait que notre mouvement ne transige jamais sur le respect des droits humains » a commenté M. Estrosi, le conseiller politique de l’UMP. Alors ça, c’est bien, ne jamais transiger sur les droits humains. Et attendez, ce n’est pas tout ! Il y a une dimension festive à cette union. Le site de l’UMP le précise bien : à travers ce protocole, UMP et PCC ont décidé que chaque année « un événement donnerait un relief particulier à ce protocole », une année en Chine, une année en France. Vu que le protocole a été signé en Chine, Pékin a ouvert le bal en faisant exécuter pour l’occasion quelques Tibétains à Lhassa. C’est vrai que c’est particulier comme relief. Je suis curieux de voir ce que l’Union Malencontreuse des Poltrons va bien pouvoir concocter l’année prochaine pour être à la hauteur du Parti de la Clique Calamiteuse.

 

Entendue lors de cette première rencontre entre les désormais deux partis frères, cette réflexion (authentique) d’un cadre du PCC : « puisque vous êtres le parti le plus puissant de France, pourquoi ne pas en faire un parti unique ? ». Ah ouais, c’est une idée ça… On voit bien les avantages qui pourraient en découler. Mais pourquoi rester si timoré ? Il faut une vraie grande vision sur le long terme. Une vision dont l’objectif serait d’offrir à la France une société harmonieuse. Et pour ça, il suffirait de fusionner simplement les deux partis ! Ah oui, il faudrait garder « Union » dans le nom pour conserver la tradition. Bon c’est simple, UMPCC, “Union Macabre avec le Parti Communiste Chinois”. Quoi ? Pas assez français et il faut bien montrer que l’on se soucie des minorités ? Bon ben je ne sais pas moi, il suffit de demander à Pékin après tout. Ils sont très forts ces gens-là.

 

  Tiananmen : les ombrelles de la honte

Tous les journalistes et toutes les télévisions qui ont voulu filmer la place Tiananmen le 4 juin 2009 ont eu droit à la même performance pour le moins insolite : l’ouverture d’ombrelles devant les objectifs…

[…]

 

Contrairement aux tanks, le ridicule ne tue pas. C’est ce qu’a dû penser le gouvernement chinois en envoyant une armada de flics en civil munis d’ombrelles pour systématiquement les placer devant les objectifs des équipes de télévisions ou de ceux des photographes ayant pourtant en principe toutes les autorisations officielles. Lire par exemple à ce sujet, l’expérience de Brice Pedroletti du journal le Monde sur son blog.

 

Une manière d’agir d’autant plus grotesque que la place est entièrement sous contrôle policier, les flics en civil étant plus nombreux que les véritables passants ou touristes. Ce faisant, le pouvoir actuel confirme qu’il est bien l’héritier de celui de 89. Un état totalitaire et criminel qui continue de vouloir étouffer la mémoire de son propre peuple.

 

Voici trois exemples à (ne pas) voir pour le croire :

Al Jazeera :

 

CNN :

 


BBC :

 

  Il y a 20 ans : le massacre de Tiananmen

Suivant de quelques mois la répression du soulèvement de Lhassa en mars 1989, le massacre des étudiants chinois manifestant sur la place Tiananmen a eu lieu il y a tout juste 20 ans.

À cette occasion, Tibet-defacto publie une série de photos prises par des étudiants chinois et confiées ensuite à un étranger pour les sortir clandestinement de Chine en témoignage du massacre. Ces images illustrent une séquence particulièrement tragique qui s’est déroulée sur à peine vingt minutes.

[…]

 

4 juin 1989

 

6 h 10 : Les derniers étudiants sont en train d’évacuer calmement la place Tiananmen en portant leurs banderoles.
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6 h 12 : Quand ils débouchent sur l’avenue Chang’an au carrefour Liubukou, à 50 mètres du siège du gouvernement et du Parti, ils voient foncer vers eux trois chars venant de la place.

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6 h 15 : Un tir très nourri de gaz lacrymogènes enfume l’air. Des étudiants tentent d’éviter les chars en escaladant les barrières.

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6 h 17 : Le carrefour Liubukou après le passage de ces trois chars.

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6 h 20 : Pendant que d’autres chars continuent de circuler sur l’avenue, les gaz se dissipent. Des témoins se précipitent sur un blessé qui s’accroche à la barrière. Sur la chaussée, il y a onze morts.

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6 h 25 : Deux hommes tentent de poser des garrots sur ce qui reste des jambes broyées d’un des étudiants piégés au carrefour Liubukou.

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Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit de Fang Zheng, qui avait aidé une jeune fille à sauter la barrière, sans avoir le temps de se mettre lui-même à l’abri. Quelques années plus tard, il a décroché le titre de champion de Chine d’athlétisme pour handicapés. Mais le gouvernement lui a interdit de participer aux Jeux asiatiques. Qu’aurait-il répondu aux journalistes l’interrogeant sur la cause de son handicap ?

Las des harcèlements systématiques, il vient de quitter la Chine pour la Californie.

 

Cette séquence n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des massacres commis à Tiananmen. Il est possible d’en trouver d’autres sur le Net comme par exemple sur  www.64memo.org, un site consacré à la mémoire des événements de 1989.

 

Comme toujours, la propagande chinoise a bien sûr immédiatement commencé son travail de réécriture de l’histoire.

Extrait d’une bande dessinée officielle parue le 21 juillet 1989 :

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« Les troupes ont fait preuve d’une maîtrise absolue. En revanche, les émeutiers contre-révolutionnaires, remplis d’une haine à mort contre l’Armée Populaire de Libération, ont mis à profit cette modération pour déclencher les bagarres, la casse, les incendies et les meurtres que chacun a pu constater. »

(Tiens… ça ne vous rappelle rien ce type de discours ? Cherchez bien.)

 

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« À 5 h 30, le travail de nettoyage est complètement achevé. Parmi les étudiants qui étaient calmement installés comme parmi ceux qu’il a fallu forcer à partir, il n’y a pas eu un seul mort. »

(Est-il besoin de commenter ?)

 

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« La place Tiananmen est revenue dans les mains du peuple et les troupes de la loi martiale ont complètement triomphé: les troubles contre-révolutionnaires dans la capitale ont été écrasés d’un coup.

Dans le processus de pacification, l’Armée Populaire de Libération, la Police Militaire Populaire et la Sécurité publique ont fourni une inaltérable contribution en luttant au risque de leur vie et avec héroïsme. »

(« Revenue dans les mains du peuple »… Parce qu’avant la place était dans les mains de hérissons géants ? Et sans prétendre vouloir donner de leçons aux experts de la propagande chinoise, je trouve l’emploi du mot « écrasés » plutôt malvenu.)


Et aujourd’hui ? Eh bien c’est quasiment la même chose. Le pouvoir chinois fait plus que jamais l’impasse sur ces événements. Rien dans la presse, rien à la télé. Mieux, à la veille du vingtième anniversaire, il neutralise les anciens dissidents, fait taire les “mères de Tiananmen” qui réclament la vérité sur la mort de leurs enfants, bloque nombre de sites internet ou de plates-formes de discussions comme Hotmail, Twitter, Flickr, WordPress, Blogger, etc. La liste est longue. Les moteurs de recherche (locaux comme étrangers) renvoient comme d’habitude à des informations touristiques si vous tapez “Tiananmen” et les recherches d’images vous donnent une très belle série de cartes postales.

 

Il ne s’est rien passé à Tiananmen.

 

  Mort du Panchen-lama ?

Depuis quelques jours, l’annonce de la mort de Gedhun Choekyi Nyima, le 11e Panchen-lama enlevé à 6 ans par les autorités chinoises, commence à se propager dans les médias.

[…]

Gedhun Choekyi Nyima, 11e Panchen-lama

Gedhun Choekyi Nyima, 11e Panchen-lama

Cette nouvelle est curieusement tombée quelques jours avant le 20e anniversaire du Panchen-lama, le 25 avril. Info ou intox ? Impossible à dire évidemment. Penpa Tsering, le porte-parole du Parlement tibétain en exile a publié le 27 une lettre ouverte au président Hu Jintao lui réclamant toute la vérité sur cette affaire.

 

Je reproduis ici dans son intégralité le post d’Aglio E Cipolla qui a traduit la majeure partie de l’article du Corriere della Sera, journal qui a le premier donné cette information :

 

Selon Yoichi Shimatsu, ancien directeur du journal Japanese Times Weeks, le 11e Panchen-lama Gendhun Choekyi Nyima, jamais reconnu par les autorités chinoises qui le firent enlever à l’age de 6 ans et devenir ainsi « le plus jeune prisonnier politique du monde », serait mort il y a déjà plusieurs années. Reste celui mis en place par la République Populaire de Chine, Gyancain Norbu qui lui condamne les révoltes au Tibet.

 

 

Le Panchen-lama est le deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain, juste après le Dalaï-lama. Son nom est un composé de « grand érudit » (panchen) et « maître spirituel » (lama). Il est considéré comme une émanation du Bouddha Amitabha (« de lumière infinie »)

 

Le 11e Panchen-lama, Gendhun Choekyi Nyima est né le 25 avril 1989 à Nagchu. Il est le fils de Kunchok Phuntsok et Dechen Choedon, nomades tibétains.

 

Il a été enlevé avec ses parents le 17 mai 1995, soit 3 jours après sa désignation par Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï-lama. On ne l’a jamais revu depuis. Les autorités chinoises ont confirmé au fil des années être l’auteur de l’enlèvement, officiellement pour « protéger » l’enfant.

 

« Le Panchen-lama choisi par les émissaires du Dalaï-lama est mort. Celui indiqué par la Chine est (donc) aujourd’hui l’unique Panchen-lama ». C’est ce qu’a déclaré Yoichi Shimatsu, ancien directeur du Japan Times Weekly, lors d’une table ronde organisée par l’école de journalisme et communication de l’université Quinghua de Pékin. On y aborda la question tibétaine.

 

La nouvelle n’est pas officiellement confirmée mais le cadre est significatif : c’est ici que le président Hu Jintao se diplôma en ingénierie en 1964. Autant dire un « lieu saint ». La conférence a eu lieu en présence de savants chinois, occidentaux, et deux correspondants de journaux étrangers dont le Corriere della Sera qui reporte ces propos à travers son envoyé Marco Del Corona. Ce dernier souligne que « le débat autour de ce thème crucial fut long et empreint d’une liberté d’expression jusque-là impensable ». Ou fut simplement une exception à la règle pour annoncer la mort officielle d’un ennemi et partie d’une nouvelle phase offensive dans la stratégie anti-tibétaine.

 

« Il est mort depuis longtemps. De maladie, cancer ou leucémie » dit Shimatsu. « La nouvelle a été tenue secrète par les tibétains et les chinois pour le même motif : ne pas perdre la face. la Chine pour ne pas révéler qu’était mort dans ses bras un enfant dont elle avait la garde, et le Dalaï-lama et les siens pour ne pas perdre leur « élu » et ne pas devoir admettre que le leader boudhiste avait failli dans son choix en indiquant un enfant malade […] Ma source (d’information) est sûre, de nature diplomatique et en provenance d’un pays occidental non-européen et de gauche qui envoya des médecins pour tenter de sauver l’enfant. C’est la vérité ». Selon le journaliste Marco Del Corona, le pays en question pourrait être Cuba ou le Vénézuela.

 

Les propos de Shimatzu restent saisissants. Vient évidemment le doute qu’il ait été été « autorisé » à en parler, et le contenu de ses propos approuvé ou suggéré. Parler de la Chine qui se préoccupe de la santé du « Panchen-lama détesté » semble une énormité. Aussi l’usage des termes « Dalaï-lama et les siens » fait tiquer. Le « et » est très chinois : « le Dalaï-lama et sa clique » dit-on là-bas généralement, sous-entendu « de criminels délinquants ».

 

En 1996, le cas de Gedhun Choekyi Nyima, 11e Panchen-lama, avait été examiné par le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU et les autorités chinoises avaient admis pour la première fois avoir « pris l’enfant pour sa sécurité » quand la question du panchen-lama fut abordée ».

 

Chandrel Rinpoché, qui « trouva » le 11e Panchen-lama non reconnu par Pékin, avait été chargé de cette mission. Croyant l’abbé acquis à sa cause, le parti communiste chinois le nomma « chef de la commission officielle chinoise responsable de la recherche de la réincarnation du dernier Panchen Lama ». Il a été arrêté le 18 mai 1995, soit un jour après le Panchen-lama, inculpé de collaboration avec le Dalaï-lama, condamné à 6 ans, mis au secret, encore aujourd’hui à 67 ans en résidence surveillé.

 

Panchen-lama : une espérance de vie toujours plus réduite.

Hu Jintao, actuel président qui fut « responsable de la répression politique sévère au Tibet » en 1989 est lui-même soupçonné d’avoir fait empoisonné Choekyi Gyaltsen, 10e Panchen-lama, mort d’une crise cardiaque à 50 ans après une vie de persécution de la part des autorités chinoises. Il venait alors de déclarer que « le progrès apporté au Tibet par la Chine ne saurait compenser la somme de destructions et de souffrance infligée au peuple tibétain ». Dénonçant la répression chinoise au Tibet dans sa « Pétition aux 70 000 caractères » (1962), Choekyi Gyaltsen avait déclenché sa disgrâce et son arrestation. Emprisonné jusqu’en 1977, puis en résidence surveillée, il ne fut « réhabilité » complètement qu’en 1987 par le gouvernement chinois qui voulu l’utiliser comme médiateur après les premières émeutes de Lhassa. Mais par la suite, de plus en plus critique envers Pékin, et alors qu’il venait d’insister sur sa loyauté envers le Dalaï-lama (que les autorités chinoises lui demandèrent de renier pendant près de 30 ans) il fut terrassé dans un temple par une crise cardiaque.

 

L’important aujourd’hui semble être de faire savoir que « le Panchen-lama contesté par Pékin est mort » : il n’existe plus et n’en reste qu’un. Il s’appelle Gyancain Norbu et est né le 12 février 1990. Ce 11ème Panchen-lama-là a été choisi et reconnu officiellement le 29 novembre 1995 par les autorités chinoises. Sur quel critère ? À priori la parenté avec « un membre du Parti communiste chinois qui était président du Comité permanent de l’Assemblée populaire de la Région autonome du Tibet à l’époque de la désignation de l’enfant ». Ses déclarations officielles sont parfaitement alignées sur celles de Pékin : « Les faits démontrent que seulement grâce à (la République Populaire de Chine) le Tibet a pu acquérir sa prospérité actuelle et rêver d’un futur encore meilleur ». Un autre otage, de fait.

 

Donc, fin du contentieux et de toute polémique, côté chinois.

 

Si cette nouvelle était confirmée, le Dalaï-lama et ses émissaires devraient partir à la recherche d’un nouveau Panchen-lama : un nouveau défi qui serait vraisemblablement « intolérable » aux yeux des autorités chinoises. À comprendre maintenant si le but de tout cela n’est donc pas tout simplement de créer de nouveaux précédents justifiant une intensification de la répression envers les Tibétains.

 

Gendhun Choeki Nyima aurait eu 20 ans le 25 avril.

sources Aglio E CipollaCorriere della Sera

 

On le voit, tout ceci est bien curieux. Et l’affirmation comme quoi « la nouvelle a été tenue secrète », y compris par les Tibétains, bien osée. Encore fallait-il qu’ils en soient eux-mêmes informés !

Il faut noter également que Yoichi Shimatsu semble totalement être pro-chinois et que ses propos ont été tenus dans le cadre de « Dialogue sur le Tibet— Histoire et Réalité », un séminaire de propagande de désinformation dont Pékin a le secret et qui s’est terminé par : « Grâce à ce débat, nous pouvons conclure que le Tibet ne constitue pas un problème en soi. »

 

Tiens-donc, en voilà une conclusion hardie…

 

  Raffarin mâche ses mots et crache le morceau

Vu dans le journal Le Monde, ces très savoureuses précisions de Monsieur Raffarin  à propos du communiqué de réconciliation publié le 1er avril par Paris et Pékin.

[…]

Lors d’un colloque le 6 avril, il a estimé qu’il s’agissait d’un “compromis fertile” qui permettait d’en revenir “aux fondamentaux” après des mois de boucherie, euh pardon, de bouderie chinoise. M. Raffarin a expliqué que le texte était à la fois “plus précis et plus engageant” à l’égard de Pékin. “On ne parle pas seulement de (l’attachement français) à l’unité de la Chine (dans ce communiqué) : on dit que l’on est non seulement contre l’indépendance du Tibet mais aussi contre le soutien à l’indépendance.”

Et pour “clarifier” encore plus :

A la question de savoir si le même texte engage le président Nicolas Sarkozy à renoncer à toute rencontre avec le dalaï-lama, M. Raffarin a répondu qu’“on ne peut pas faire dire au texte ce qu’il ne dit pas”, ajoutant cependant que, si M. Sarkozy rencontrait de nouveau le chef spirituel tibétain en exil, “les Chinois considéreraient cela comme une forme de soutien (à l’indépendance du Tibet).

En clair : Nicolas Sarkozy s’est bel et bien engagé à ne plus rencontrer le Dalaï-lama.

Donc vous avez bien compris? Ce qui n’est pas écrit n’est pas écrit mais veut bien dire ce que ça veut dire.

Bref, on s’aplatit totalement devant Pékin. On ne le savait pas, “revenir aux fondamentaux” signifie en fait “baisser sa culotte”.

 

  Chérir les fruits du mensonge

« Le 28 mars est peut-être la date la plus importante de toute l’histoire des droits de l’homme dans le monde ». Vous ne le saviez pas ? C’est pourtant ce qu’affirme la Chine. Et question droits de l’homme, Pékin en connaît un rayon…

[…]


Pour en savoir plus sur ce fameux 28 mars, ouvrons les médias chinois. Nous avons l’embarras du choix.

Tiens, le Quotidien de Peuple par exemple :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Ah oui et ben dites-donc. Mais que dit l’agence Chine Nouvelle ?

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Ah d’accord, alors consultons vite le Economic Daily :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Le Guangming Daily nous précise même que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Et il n’a pas échappé au Sichuan Daily que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Pourtant de son côté le Zhejiang Daily affirme que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


C’est un peu curieux car le Beijing Daily n’hésite pas de son côté à titrer :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Ce qui, il est vrai, va un peu dans le même sens que le Science & Technology Daily :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Dans le même temps le CPPCC Daily va lui jusqu’à imprimer que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Remarquez, d’autres que lui ont fait exactement la même chose, tel le Gansu Daily, le People’s Daily Online, CCTV. com, le Qinghai Daily… La liste est quasiment sans fin. Il n’y a qu’aux informations télévisées que l’on a pu entendre que :

« Pour chérir les fruits de la réforme démocratique : célébration du 50e anniversaire de la libération de millions de serfs tibétains ».


Grâce à une totale liberté de ton éditoriale qui ne le dispute qu’à la diversité florissante des points de vue typiquement chinoise, nous savons maintenant pourquoi le 28 mars est une date clé dans l’histoire de l’humanité.


L’idée est simple. Le 10 mars au Tibet commémore le soulèvement de 1959 contre l’occupation chinoise. Le 50e anniversaire tombe donc cette année. Le 14 mars est maintenant lié aux émeutes de l’année dernière. Tout cela fait désordre. Pourquoi ne pas instaurer un jour de fête le 28 (assorti de vacances) afin de célébrer la seule chose qui vaille, devinez quoi : « la libération de millions de serfs tibétains ».


Allez, c’est dit, et pour bien marquer le coup, on organise une grande cérémonie à Lhassa juste devant le Potala, histoire de ne pas faire de provocation.


Quelques photos émouvantes de la cérémonie :

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La foule en liesse devant le Potala

 

La foule en liesse devant le Potala cadrée différemment.

La foule en liesse devant le Potala cadrée différemment.

 

Mais revenons à nos moutons de serfs et d’esclaves tondus durant des siècles par le régime théocratique féodal le plus cruel et le plus malfaisant qui se puisse imaginer. Les témoignages n’ont pas manqué lors de la cérémonie. Par exemple celui d’un vétéran de l’Armée populaire de Libération (APL) : « Les esclaves hurlaient et mendiaient. Certains avaient eu leurs jambes coupées par leurs propriétaires, d’autres avaient eu les yeux arrachés ou n’avaient plus de mains. » Un véritable cauchemar on vous dit et qui concernait 95 % de la population. Alors quoi, il fallait bien faire quelque chose.

 

Je ne vais pas ici m’étaler sur la véracité des affirmations dont Pékin bombarde le monde actuellement. Il faudrait tout un livre pour aborder sérieusement le sujet (d’une vallée à l’autre, la situation pouvait être très différente). Disons pour résumer que, oui, le Tibet était encore assez arriéré avec un système de « corvée » qui s’appliquait à environ 20 % de la population. N’oublions pas non plus un isolement quasi total à l’époque qui ne favorisait pas une évolution rapide de son système social. Oui, il y avait des abus, mais la propagande chinoise est totalement malhonnête en mélangeant des punitions issues de codes pénaux vieux de plusieurs siècles avec ce qui se passait réellement dans les années 50. On peut trouver aussi nombre de témoignages où les « serfs » allaient pique-niquer ou pratiquer le tir à l’arc avec leurs maîtres quand ils ne prenaient pas carrément une année sabbatique pour effectuer des pèlerinages. La propagande se garde bien également de mentionner les grandes réformes déjà entreprises par les gouvernements tibétains de l’époque. Qui se souvient par exemple que la peine de mort a été abolie au Tibet en 1898 ? Ah oui, quand-même… Certainement pas Pékin.

 

Le pouvoir chinois oublie aussi dans son discours humaniste d’auto-congratulations de préciser qu’il a repris, cinq ans après leur « libération », les terres données aux décidément pauvres serfs. Il s’agissait officiellement de « collectivisation ». C’était bien la peine.

 

Mais ce que Pékin oublie encore plus, c’est qu’au petit jeu des comparaisons, la Chine à la même époque n’est pas sûre d’en sortir la tête haute. Le peuple était la proie d’une meute d’usuriers, et bien souvent, pour s’en sortir, on devait « vendre » son petit garçon à une famille de propriétaires terriens chez qui il devenait serviteur à vie. Ou bien, variante, « vendre » sa petite fille à un lupanar. Quant à ceux qui s’avisaient de rouspéter, je cite pour mémoire la charmante coutume d’exposer sur la place publique les petits délinquants, la tête enserrée dans des planches jusqu’à ce que mort s’ensuive. Remarquez, en attendant ils pouvaient se distraire en regardant les enfants leur jeter des pierres…


Que ce soit pendant l’entre-deux guerres ou ensuite sous les communistes, c’est bien elle qui avait le système de servage le plus absolu :

Interdiction de choisir son métier et interdiction d’en changer ensuite.

Interdiction de changer de lieu d’habitation.

Interdiction de se marier sans autorisation (et encore moins avec la personne de son choix).

Interdiction d’avoir un enfant quand on le désire.

 

Si les ouvriers attachés à leur « unité de travail » obtiennent certains droits comme l’accès aux soins ou l’éducation pour leurs enfants, il n’en va pas de même pour les paysans qui, eux, n’ont droit à strictement rien. Attachés à la terre au service des communes populaires, les esclaves, ce sont eux.


Et ce sans même parler des véritables coups de folie d’un régime qui ira jusqu’à exiger que les paysans fondent tout le métal de leurs outils de travail, de leur première pioche jusqu’à leur dernière casserole, pour alimenter les « petits hauts fourneaux » du Grand Bond en avant. Lequel bond fut tellement grand et tellement en avant qu’il entraîna avec lui la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes. Sûrement encore un grand pas dans l’histoire de l’humanité que vantait déjà la presse de l’époque.


À partir des années 80, la situation s’est heureusement améliorée sous la houlette de Deng Xiaoping et de ses réformes économiques. Mais aujourd’hui encore, il y a de véritables esclaves en Chine et les paysans sont toujours les éternelles victimes. Il suffit de voir ce qui se passe dans certaines mines. Enlevés ou attirés par la promesse d’un salaire, les braves « mingongs » (travailleurs migrants) fraîchement débarqués de la campagne se retrouvent enfermés et enchaînés. Papiers, autorisations de séjour et contrats confisqués, ils deviennent des sous-hommes mal nourris travaillant jour et nuit. Cela a beau être illégal, ces scandales sont tellement nombreux qu’ils indiquent une certaine complicité chez nombre de cadres locaux du Parti qui doivent y trouver leur compte.

 

Alors, avant de donner des leçons en travestissant l’histoire pour détourner l’attention du monde d’une colonisation répressive, la Chine ferait mieux de s’occuper de ses serfs.

 

  Youtube bloqué et visa refusé

Le pouvoir chinois ne relâche pas la pression ces derniers jours. Bien au contraire, il continue d’agir sur tous les fronts. L’accès à Youtube, le site de partage de vidéos, est bloqué en Chine depuis le lundi 23 mars. Par ailleurs, l’Afrique du Sud a refusé son visa au Dalaï-lama qui devait participer à une conférence à Johannesburg.

[…]


Coïncidence, c’est au moment où Pékin remet en cause l’authenticité de la vidéo montrant une petite partie de la répression au Tibet (traduite ici sur Tibet-defacto), que le site de Google se retrouve bloqué. « Pour l’instant, nous n’avons pas d’informations à vous fournir », a déclaré à l’AFP un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Ca a le mérite d’être simple.

« Nombre de personnes ont à tort l’impression que le gouvernement chinois craint internet. En fait, c’est exactement le contraire », a assuré aux journalistes Qin Gang, le porte-parole. Il aurait pu ajouter: « Avec seulement 4 nœuds d’accès pour tout le pays, il est vraiment facile pour nous de le contrôler. C’est ce qui explique la lenteur exaspérante du débit ici. De plus nous avons développé des partenariats fructueux avec entre autres Google, Microsoft et Yahoo pour traiter certains termes non harmonieux comme “Tien’anmen” (qui renvoie à d’utiles infos touristiques) ou “dalaï” qui est banni. Baidu, notre propre moteur de recherche est lui aussi tout à fait sécurisé. Nous avons également simplifié l’usage d’Internet dans la riante province du Tibet en le coupant totalement. Mais j’ai oublié de vous parler de notre cyber-police. Une autre fois si vous le voulez bien. »

 

Pour ce qui est du refus de l’Afrique du Sud d’accorder un visa au Dalaï-lama, c’est assurément une énorme source de satisfaction pour Pékin qui rêve de le voir banni par le plus grand nombre de pays possibles.

Le chef spirituel tibétain devait participer avec d’autres prix Nobel à une conférence sur le football comme instrument de lutte contre le racisme et la xénophobie. Le gouvernement du pays qui doit accueillir la Coupe du Monde 2010, prétend ne pas avoir été influencé par Pékin pour sa décision, affirmant juste que « la présence du Dalaï-lama n’était pas du meilleur intérêt pour l’Afrique du Sud en ce moment ». Pourtant, des médias locaux ont eux dénoncé une pression de la part de Pékin comme le Sunday Independent qui cite Dai Bing, le ministre conseiller à l’ambassade de Chine à Pretoria. Ce dernier a clairement dit que son pays avait exhorté l’Afrique du Sud à empêcher cette visite sous peine d’altérer de bonnes relations bilatérales.

La Chine est en effet devenue un investisseur et un partenaire commercial énorme dans le pays.

Les lauréats et le comité du prix Nobel ont eux menacé de ne pas participer à la conférence si la décision était maintenue. La décision est maintenue et la conférence simplement annulée.

 

Pour conclure, sachez que la rumeur a un prix. La famille du moine suicidé (Cf. infos du 22 mars) recevra une compensation financière de deux cent mille yuans chinois (23 000 €). Or le gouvernement local avait bien affirmé que c’était uniquement une simple rumeur sur la mort de ce moine prisonnier qui avait provoqué les grandes manifestations (et arrestations) à Ragya.

 

  Ouverture de “Tibet-defacto”

Coup d’envoi pour Tibet-defacto. L’idée du site me trottait dans la tête depuis un moment. Rendre disponible pour les francophones la masse des faits qui se déroulent dans les régions tibétaines. Depuis que je connais le Tibet, je suis frappé par le nombre d’événements dramatiques étouffés par la chape de plomb chinoise. L’information transpire parfois sur le web — comme par exemple sur Phayul.com —, mais touche rarement les internautes français. On trouvera ici des dépêches et des vidéos traduites de l’anglais. Pour en savoir d’avantage sur le pourquoi de ce site, vous pouvez lire le « à propos ».

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L’âme du Tibet est présente aussi à travers ses paysages. C’est un pays où la géographie a façonné, plus qu’ailleurs, l’esprit du peuple. Je mettrai en ligne, au fur et à mesure, de nombreuses photos en haute résolution. Grâce à Zoomorama (une technique de “zooming” qui permet un agrandissement spectaculaire), vous pouvez “entrer dans la photo” et vous y promener. Plus tard, je mettrai également en ligne des vues panoramiques à 360°. En espérant que cela vous donne ne serait-ce qu’une idée de la beauté saisissante de ces paysages, de ces architectures et de ces visages. Voici pour commencer trois premiers sujets visuels.

J’ai eu la chance de rencontrer des Tibétains exceptionnels. Deux de ces vidéos sont déjà visibles sur le site. D’autres suivront.

Tibet-defacto est ouvert aux suggestions. N’hésitez pas à me laisser vos commentaires.