archives pour mai 2009

  Un tribunal chinois condamne 6 moines tibétains

Vendredi 22 mai 2009 : un tribunal de Chamdo condamne six moines tibétains à différentes peines de prison.

[…]


Le 5 janvier 2009 une bombe explose dans la commune de Choekor (district de Jomda, préfecture de Chamdo, Région Automne du Tibet). Cet événement est suivi de quelques manifestations sporadiques.


Le 9 et le 10 janvier 2009, six moines du monastère de Dhen Choekor sont arrêtés dans le district de Jomda pour avoir manifesté.


Le principal motif de leur arrestation vient qu’ils sont soupçonnés d’être responsables de l’explosion.

Au procès du 22 mai, le tribunal du district de Jomda condamne les six moines à différentes peines de prison pour délit lié à l’explosion, participation à des manifestations, crime politique et refus de signer des documents accusant le Dalaï-lama d’être un “séparatiste et une force anti-Chine”.


Les six moines sont l’abbé Tenzin Gyaltsen, 37 ans, Nyi-chig, 50 ans, l’ex-trésorier Ngawang Tashi, 51 ans, Tashi Dorjee, 30 ans, tous condamnés à 15 ans de prison ferme. Le maître de chant Jamyang Sherab, 42 ans est lui condamné à une peine de 13 ans et Tsering Palden, 36 ans, à une peine de 12 ans.


On ne sait pas dans quelles conditions a eu lieu le procès.

source : TCHRD

 

  6 femmes tibétaines blessées lors d’une fusillade à Tawu

Au moins 6 femmes tibétaines ont été gravement blessées après que les forces de sécurité chinoises aient ouvert le feu sur des Tibétains dans le district de Tawu.

[…]

 

Dimanche 24 mai, 11 heures du matin (heure de Pékin) : la police et la police armée (la PSB et la PAP) tirent à l’aveuglette sur des habitants des districts de Tawu et de Kardze (préfecture autonome de Kardze).

 

A l’origine de cet événement, la volonté de la Chine de construire un énorme barrage hydroélectrique entre les districts de Nyagchu et Tawu qui implique un déplacement massif de Tibétains (des dizaines de milliers). Alors qu’elles commencent à planifier les travaux début 2008, les autorités chinoises contraignent les habitants du district de Tawu à signer des documents relatifs à leur expropriation.

 

Cette année, les autorités veulent commencer le transfert des populations, ce à quoi les Tibétains s’opposent vivement, refusant de quitter leurs terres et maisons ancestrales.

 

Le 5 mai 2009, le gouvernement chinois envoie un grand nombre de policiers armés dans la région. Ils détruisent les maisons de plusieurs familles dont celles d’Ati Gyatso Tsang et de Chego Pezi Tsang.

 

Plus tôt, lors d’une réunion à laquelle les habitants de la ville de Wara Mato ont été convoqués, les autorités font ériger un pilier en pierre pour leur signifier leur transfert dans un autre lieu.

 

Sous la conduite de Lhamo, une femme de plus de 70 ans, les habitants furieux et s’opposant fermement à cette politique de transfert forcé, refusent de bouger et détruisent le pilier.

 

Le 24 mai 2009, les habitants des districts de Tawu et de Nyagchu sont convoqués au siège du district de Tawu pour assister à une déclaration publique à propos de leur évacuation de la région à cause du barrage. Très vite après cette annonce, le rassemblement se mue en manifestation que la police tente d’arrêter en lançant des gaz lacrymogènes. L’armée ouvre le feu.

 

Six femmes (Tsering Lhamo, Rigzin Lhamo, Dolma, Kelsang, Dolkar et Khaying) sont gravement blessées sans que l’on sache si c’est mortellement ou non vu qu’elles ont été immédiatement évacuées de force.

 

sources : TCHRD, CTA, Phayul,

 

  Prison à vie pour un moine tibétain

Le tribunal de Kanlho a condamné aujourd’hui Tsultrim Gyatso, un moine du monastère de Labrang, à la prison à vie pour « atteinte à la sécurité de l’état ».

[…]

 

Tsultrim, 37 ans, du village de Yig-jang, district de Sangchu, avait participé à une manifestation dans ce même district le 15 mars 2008. Tsultrim avait quitté le district dès la fin de la manifestation mais s’est fait arrêter par la police le 22 mai 2008 dans le district de Drugchu.

source : Phayul

 

  Deux tibétains arrêtés

La Chine a arrêté deux frères tibétains impliqués dans la marche de protestation du 18 mai 2008 contre l’autorité chinoise dans le district de Kardze (Ch : Ganzi/Garze).

[…]

D’après une information du Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD) ils étaient en fuite depuis plus d’un an lorsqu’ils se font arrêter à Jyekundo au début de ce mois.

 

Tenpa, 30 ans, et son frère Jamdo, 25 ans, sont des paysans du village de Rapa, commune de Zakhog, district de Kardze, Kardze « RAT » (région autonome), province du Sichuan. Les deux frères étaient très impliqués dans la marche de protestation du 18 mai 2008 dans le district de Kardze qui avait rassemblé des centaines de Tibétains dont au moins trois ont été tués.

 

Tenpa et Jamdo réussissent à passer au travers des nombreuses arrestations arbitraires qui suivent les grandes manifestations de Kardze. Ils se cachent d’abord dans les collines voisines, ne restant jamais au même endroit. Mais après plus d’une année de cavale, ils sont arrêtés début mai 2009 à Jyekundo (Ch : Yushu/Jiegu), Jyekundo « RAT » (région autonome), province du Qinghai. On ne sait pas où, ni dans quelles conditions ils sont détenus.

 

  Deux autres manifestants s’évadent du Tibet pour l’Inde

Deux Tibétains ayant participé aux manifestations de l’année dernière contre l’autorité chinoise au Tibet sont arrivés en Inde après avoir évité d’être arrêtés pendant plus d’un an.

[…]

Tsering Jigme (G) et Maday Gonpo, 41 après être arrivés à New Delhi (Photo: RFA)

Tsering Jigme et Maday Gonpo à New Delhi (Photo: RFA)

 

Maday Gompo, 41 ans et tsering Jigme, un moine de 24 ans du monastère Tsi Sung à Kardze, sont arrivés cette semaine à New Delhi, la capitale indienne.

 

Ils sont en route pour Dharamsala, le siège du gouvernement tibétain en exil et du Dalaï-lama.

 

Un peu plus tôt ce mois-ci, cinq moines ayant participé aux manifestations de Labrang avaient également trouvé refuge en Inde. Ils sont actuellement à Dharasamla.

 

D’après RFA (Radio Free Asia), les deux hommes se sont échappés séparément après avoir participé à une manifestation le 18 mars dans le district de Kardze (chinois : Ganzi), province du Sichuan.

 

« Alors que des Tibétains dans d’autres régions se révoltaient en manifestant, nous avons également organisé une manifestation le 18 mars à Kardze pour souhaiter une longue vie à Sa Sainteté le Dalaï-lama » déclare Gompo à RFA.

 

« Nous avons commencé à manifester à Tachu Do, dans le centre de la ville de Kardze. Nous avions franchi deux ponts lorsque cinq voitures de polices et deux véhicules de l’armée sont arrivés pour nous attaquer. Il y avait environ 1 000 manifestants dont 15 meneurs. »

 

« Cinq d’entre eux ont été arrêtés pendant que d’autres et moi-même avons réussi à nous enfuir. Deux de mes amis ont été blessés par balle. »

 

« Il était impossible de rentrer chez moi, alors j’ai commencé à errer d’un endroit à un autre, la plupart du temps dans les collines de Nyarong et aussi dans des zones où vivent les nomades. Pendant deux ou trois jours, je n’avais rien à manger. J’étais malade et j’avais de la fièvre. »

 

Gompo explique qu’après avoir ensuite mieux lié connaissance avec les nomades, ils lui ont donné de la nourriture et lui ont prêté leurs chevaux pour l’aider dans sa fuite. Certains d’entre eux ont même été à Kardze pour évaluer la situation.

 

« Mais ils m’ont dit que les Chinois réprimaient les Tibétains en leur tirant dessus et qu’il était donc totalement impossible que je puisse revenir. »

 

Le 7 mai 2008, la police de Kardze émet un avis de recherche pour Maday Gonpo, Tsering Jigme, trois autres Tibétains de Kardze, quatre autres du district de Draggo (Ch : Luhuo) et 27 autres du district de Serthar (Ch : Serta).

 

« Une récompense de 10 000 à 20 000 yuans (de 1 000 à 2 000 €) était offerte à quiconque pourrait nous arrêter. »

 

« Nous avons su que ça avait été annoncé à la télévision et que les autorités avaient également promis que le montant de la prime serait augmenté cette année. »

 

source : Phayul

 

  Des images de la manifestation étudiante à Labrang sortent du Tibet

De nouvelles images de la manifestation réunissant lycéens et étudiants à Labrang (chinois : Xiahe) le 24 avril 2009 sont sorties du Tibet.

[…]

 

Les images confirment que plusieurs centaines d’étudiants du collège tibétain de Labrang ainsi que plusieurs enfants âgés d’environ une dizaine d’années ont participé à la manifestation contre la diffamation permanente du Dalaï-lama qu’orchestrent les autorités chinoises.

 

Une des images montre un groupe de jeunes filles d’environ douze ans, presque toutes en costumes tibétains traditionnels, en tête d’un cortège de manifestants.

 

D’autres images montrent des enfants portant des bannières apparemment « faites mains ».

 

Des adultes ou des étudiants plus âgés sont également visibles ainsi que des moines (probablement du monastère de Labrang) en arrière-plan bien qu’ils ne semblent pas prendre part à la manifestation.

 

Ces photos ont été prises avant que la police n’intervienne pour appréhender les étudiants. Sur une photo postérieure, on aperçoit en arrière-plan des camions de l’armée.

 

 

Photo: VOA Tibetan language TV

Photo: VOA Tibetan language TV

 

 

Les autorités ont visiblement été prises de court par le nombre et la témérité des manifestants malgré les fortes mesures de « sécurité » appliquées dans la région.

 

Bien que l’on pense que les étudiants arrêtés aient été relâchés, certains après avoir été tabassés, les habitants redoutent d’autres représailles de la part des autorités.

 

Photo: VOA Tibetan language TV

Photo: VOA Tibetan language TV

Photo: VOA Tibetan language TV

Photo: VOA Tibetan language TV

 

 

Certaines images ne sont pas montrées car elles dévoilent l’identité des manifestants. Depuis les événements du 10 mars 2008, les autorités n’ont cessé de renforcer le blocage des informations en provenance du Tibet. Quelques mois après le début des manifestations de l’année dernière, les autorités ont multiplié les avertissements et les mises en garde menaçant ceux qui « répandraient des rumeurs », anticipant une nouvelle vague d’arrestations et une politique encore plus dure de la part de Pékin pour étouffer les informations sur la répression dans les régions tibétaines. Il était donc risqué de montrer certaines de ces images.

source : ICT

Je précise que tout ça se déroule dans un contexte où les campagnes « anti-séparatistes » et de dénigrements du Dalaï-lama dans la région sont devenues omniprésentes tant dans la presse en langue tibétaine qu’à l’école où un « Le Dalaï ne peut pas gagner » inscrit par les autorités sur un panneau d’affichage aurait mis le feu aux poudres. S’ajoute à ça le mécontentement des étudiants tibétains qui voit des Chinois venant d’ailleurs prendre leurs places en dépit des quotas légaux.

Defacto

 

  Un tribunal condamne trois jeunes Tibétains à la prison

Le jeudi 7 mai, un tribunal du district de Zoege a condamné deux frères et un autre jeune à des peines de prison.

[…]

 

D’après la radio Voice of Tibet, Jampel (29 ans) et Lama (23 ans) de la famille de Chashang Taringtsang vivant dans le district de Ngaba ont été condamnés à 4 ans de prison. Namkho (27 ans) de la famille de Chashang Kyajigtsang est lui condamné à 3 ans de prison.

 

Cependant, il n’y a aucune information précise sur la nature des faits qui leur sont reprochés.

 

D’après Tsering, un moine du monastère de Kirti (celui en Inde) et qui est à la source de ces informations, les trois jeunes seraient actuellement détenus dans le district de Zoege.

 

Pour Tsering, les Tibétains passant en jugement dans différents tribunaux de la région ne sont pas défendus par des avocats de leur choix et les verdicts sont tout aussi arbitraires que les raisons des mises en examen.

source : Phayul

 

  Des moines manifestants de Labrang s’échappent du Tibet

Cinq moines tibétains recherchés par les autorités chinoises pour avoir organisé une manifestation au monastère de Labrang en 2008 viennent de trouver refuge en Inde.

[…]

 

Les cinq moines tibétains (Gendun Gyatso, Kelsang Jinpa, Lobsang Gyatso, Jamyang Jinpa et Jigme Gyatsa) avaient réussi à manifester contre l’oppression chinoise devant des journalistes étrangers participant à une visite organisée et contrôlée par le gouvernement chinois en avril 2008 au monastère de Labrang (province de Gansu). Cette action avait eu un grand retentissement médiatique à un moment ou de nombreuses autres manifestations se multipliaient dans la région depuis le mois de mars. Les moines sont arrivés sains et saufs à New Delhi, la capitale indienne, après avoir réussi à échapper aux forces de sécurité chinoises pendant plus d’un an.

 

Ayant eu vent après la manifestation qu’ils seraient arrêtés, les cinq moines, séparés en plusieurs groupes, se réfugient dans les collines près du monastère.

 

« Nous avons vécu comme des animaux, nous déplaçant constamment d’un endroit à un autre. Mais mieux valait ça que la prison » déclare Gendun Gyatso.

 

Alors qu’ils vivent dans la clandestinité depuis deux mois, Gyatso et ses deux amis se retrouvent un jour encerclés par la police chinoise. Kelsang Gyatso et Jinpa arrivent à s’échapper de nouveau mais leur compagnon est capturé et est toujours en prison.

 

Une évasion conseillée

Jamyang Jinpa, l’un des moines ayant parlé aux journalistes étrangers lors de la manifestation, dit avoir entendu parler une première fois de leur visite à Labrang sur Radio Free Asia diffusant une émission en dialecte de l’Amdo.

« Mais nous ne savions pas la date exacte » précise-t-il.

 

Jinpa et ses camarades de classe du monastère, Jigme Gyatso et Lobsang Gyatso, se sont mis alors à planifier la manifestation, persuadés que c’était « une excellente occasion » de faire connaître les problèmes du Tibet.

 

« Nous avons demandé la liberté pour le Tibet ainsi que la libération des prisonniers politiques tibétains dont le Panchen-lama » déclare Jinpa.

 

Les troupes chinoises ont encerclé le monastère de Labrang après la manifestation ajoute Jinpa, précisant que lui et ses amis se sont enfuis dans les collines, habillés en civil, après qu’un lama leur ait conseillé de s’échapper.

 

Questionnés sur leurs intentions actuelles, Jinpa dit qu’ils ne souhaitent qu’une chose, aller à Dharamsala, siège du gouvernement tibétain en exil, afin de rencontrer le Dalaï-lama.

 

En dépit de leur évasion réussie, ils n’éprouvent pas de satisfaction particulière.

 

« Trop de personnes souffrent encore au Tibet » dit Jinpa.

source : Phayul

Une vidéo de la manifestation de 2008 :

 

 

  Libération d’Akhu Jigme Gyatso, le moine qui avait témoigné devant caméra

La Chine vient de libérer le moine tibétain qui avait témoigné l’année dernière à visage découvert devant une caméra. Une occasion de revoir ce témoignage.

[…]

 

Arrêté une première fois le 22 mars 2008 pour son présumé rôle dans les grandes manifestations de Labrang du 14 mars, il est libéré deux mois plus tard. Il enregistre ce témoignage et se cache ensuite pendant deux mois avant d’être à nouveau arrêté le 4 novembre 2008 à Labrang.

 

Jigme Gyatso a été libéré le 3 mai 2009.

 

Voici la vidéo traduite et l’article correspondant paru le 22 août 2008 sur le site du Nouvel Observateur :

  

Voici un document exceptionnel : le témoignage à visage découvert d’Akhu Jigme, un moine tibétain du monastère de Labrang, arrêté le 22 mars dernier par la police armée chinoise qui le soupçonnait d’avoir participé aux protestations de mars. Il raconte devant la caméra comment il a été traîné dans une voiture en plein jour, comment il a été harcelé, questionné, torturé. Ses tortionnaires ne l’ont relâché que quand il s’est trouvé au seuil de la mort. Il a alors pu être soigné, aux frais de sa famille. Après son rétablissement, Akhu Jigme a enregistré ce témoignage vidéo posté sur Youtube et il a également donné une interview par téléphone aux journalistes de l’agence AP (l’interview aurait été réalisée le 12 septembre et publiée le 15). Acte de courage impressionnant, car Akhu Jigme se trouve toujours en Chine, caché en Amdo, cette région tibétaine rattachée à trois provinces chinoises. Selon Robbie Barnett, professeur à l’Université Columbia et le meilleur spécialiste des questions politiques du Tibet, “cette interview revêt une importance extrême, car il s’agit sans doute du premier Tibétain ordinaire à s’exprimer en son nom propre tout en se trouvant encore dans son pays. Le précédent témoignage de ce type remonte à 1994”. Deux personnes seulement qui ont osé témoigner à visage découvert en quatorze ans : de quoi donner la mesure de la terreur que le régime chinois fait régner au Tibet.

Ursula Gauthier

 

Akhu Jigme sur son lit d'hôpital en 2008

Akhu Jigme sur son lit d'hôpital en 2008