archives pour mai 2010

  Xinjiang : nouveau visage, nouvelle politique ?

Zhang Chunxian, nouveau gouverneur du Xinjiang

Zhang Chunxian, nouveau gouverneur du Xinjiang

La Chine a-t-elle changé de politique vis-à-vis du Xinjiang, théâtre de heurts sanglants entre Hans et Ouïgours en juillet dernier ? Plusieurs signes le laissent penser dix mois après les émeutes gravissimes qui ont coûté la vie à 200 personnes, en majorité hans. Pékin avait alors accusé – sans donner de preuves tangibles – la diaspora ouïgoure d’avoir fomenté les événements, et décidé de couper toutes les télécommunications.

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En rétablissant Internet après dix mois d’interruption, le gouvernement veut aujourd’hui signaler un retour à la normale dans cette vaste « région autonome ouïgoure » où les Ouïgours ne sont plus majoritaires et où ils ne jouissent d’aucune autonomie réelle. Des émeutiers coupables de massacres ont été rapidement jugés et exécutés. Mais plus profondément, les autorités semblent avoir compris la nécessité de changer de méthode face à l’exaspération de cette population turcophone et musulmane.

 

Annoncé le 1er mai, un nouveau règlement exige que les candidats à la fonction publique soient bilingues (chinois-ouïgour). « C’est un virage à 180° dans une région soumise depuis des décennies à une politique de sinisation intense », estime un diplomate européen.

 

De même, le 5 mai, Pékin annonçait que les provinces les plus riches de la Chine côtière allaient injecter dix milliards de yuans (environ un milliard d’euros) dans les districts les plus pauvres du Xinjiang afin d’y améliorer les conditions de logement, d’emploi et d’éducation. Ce transfert financier massif devrait rééquilibrer les investissements jusqu’ici concentrés dans les mégapoles sinisées d’Urumqi et de Karamay. « L’espoir des autorités est de calmer la grogne persistante des Ouïgours en les faisant participer plus équitablement aux fruits du boom », explique le diplomate.

Le symbole le plus fort de ce grand virage a été le départ, fin avril, du tout-puissant satrape du Xinjiang, Wang Lequan. Surnommé « le roi du Xinjiang » – Wang signifie roi en chinois – le premier secrétaire du parti avait régné quinze ans durant, bien au-delà de la durée habituelle. C’est lui le théoricien de la « politique de la massue » appliquée jusque dans les régions tibétaines. Haï par les Ouïgours pour sa politique ultra-répressive et ses commentaires méprisants, très apprécié au contraire par Pékin et spécialement par le président Hu Jintao dont il était le protégé, il avait fini par s’attirer la détestation y compris des Hans d’Urumqi qui avaient, lors d’une rare manifestation de défiance, exigé son départ à la suite de sa gestion catastrophique des problèmes de la région. Wang Lequan est désormais sur une voie de garage. Son successeur est une sorte d’« anti-Wang ». Le visage amène, le verbe policé, Zhang Chunxian, ancien ministre des Transports puis patron du Hunan, est surnommé « Secrétaire Internet » à cause de son goût affiché pour les moyens modernes de communication. La manière forte remisée, une grande réunion nationale doit bientôt préciser la nouvelle politique. Reste à savoir si la solution « plus d’argent et plus de com » suffira pour gagner la confiance d’une minorité ethnique si longtemps et si férocement maltraitée.

Ursula Gauthier

source : Nouvel Obs

 

Defacto : Zhang Chunxian a déclaré le 10 mai : « Nous devons frapper fort contre toutes les activités séparatistes et destructrices portées par les trois forces que sont le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux ». Pour le moment, le discours reste assez musclé…

 

  Condamnation à mort et peines de prison à Lhassa

Sonam Tsering (photo : tchrd)

Sonam Tsering (photo : tchrd)

Mardi 25 mai : à Lhassa, la capitale tibétaine, un tribunal chinois a prononcé une peine de mort avec sursis à l’encontre d’un Tibétain âgé de 23 ans pour son implication présumée dans les soulèvements anti-Chine de mars 2008.

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Selon le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), le tribunal populaire intermédiaire de Lhassa a condamné à mort le 25 mai 2010, Sonam Tsering, Tibétain de 23 ans, avec deux ans de sursis, en vertu des articles 289 et 263 de la Loi Pénale de la République Populaire de Chine.


Ce même Tribunal a également condamné cinq autres Tibétains (Tashi Choedon, Kelyon, Yeshi Tsomo, Tayang et Tsewang Gyurmey) à de longues peines de prison allant de 3 à 7 ans en vertu de l’article 310 de la Loi Pénale de la République Populaire de Chine pour avoir fourni une cachette secrète à Sonam Tsering d’après le Lhassa Evening New (en chinois).


Toujours selon le Lhassa Evening New, Sonam a été inculpé pour avoir participé aux « émeutes et pour avoir incité le public à l’insurrection le 14 mars 2008 ».


« Il a joué le rôle de leader en incitant des centaines de personnes à se soulever en mettant le feu à des voitures et à des magasins et à renverser des véhicules de police », indique le rapport.


Il a également été accusé d’avoir brandi un couteau tout en criant des « slogans anti gouvernement » en étant juché sur une voiture de police. Selon les médias chinois, un dommage d’environ 40 millions de yuans a été causé à cause de l’émeute.


Les cinq autres Tibétains ont été accusés d’avoir fourni « une cachette à un criminel recherché » et de lui avoir procuré une assistance pour une éventuelle fuite vers l’étranger.


Sonam Tsering est le fils de Tsering Samdup (son père) et de Yangkyi (sa mère) et appartient à une famille semi-nomade de la municipalité de Rachap, district de Payul dans la « Préfecture autonome tibétaine de Kardze (province du Sichuan).


Sonam serait arrivé à Lhassa à la fin de 2007 à l’occasion d’un pèlerinage et y serait resté. Lorsque la contestation populaire a éclaté à Lhassa en mars 2008, il s’y est investi activement. Il a été arrêté à la mi-octobre 2009, 17 mois après le soulèvement de Lhassa.


Avec cette nouvelle condamnation, ce sont sept Tibétains qui ont été condamnés à la peine capitale dont deux déjà exécutés. En octobre de l’année dernière, la Chine a confirmé qu’elle avait exécuté deux Tibétains pour leur rôle dans les troubles de 2008.


D’après le TCHRD, environ 450 Tibétains ont été condamnés à des peines d’emprisonnement diverses pour leur participation dans les soulèvements qui ont éclaté à travers tout le Tibet en 2008 contre le gouvernement de la République Populaire de Chine.


Pour le TCHRD, le soulèvement généralisé au Tibet en 2008 a été une manifestation « spontanée des Tibétains suite au ressentiment accumulé au fil des décennies d’une politique inique » menée par le gouvernement communiste chinois.


Le TCHRD condamne le gouvernement chinois et sa propagande pour avoir « dépeint maintes fois le soulèvement populaire tibétain comme une activité criminelle » aux yeux de la communauté internationale ce qui permet de justifier la répression violente qui s’en est ensuivie.

source : Phayul

 

  Deuxième arrestation pour un écrivain tibétain

Dokru Tsuiltrim

Dokru Tsuiltrim

Un écrivain tibétain qui avait déjà été arrêté pour une brève période au mois de mars de l’année dernière a de nouveaux été arrêté mardi 25 mars. Dokru Tsuiltrim a été pris au monastère de Gomang dans le district de Ngaba. Son ami, Kalsang Tsultrim, originaire de Bazong a lui été arrêté le jeudi 20 mai.

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D’après ce qu’a confié à la radio Voice of Tibet, Dokru Choedak, un membre de sa famille vivant en exil à Dharamsala, la police a demandé à voir l’ordinateur portable de Tsultrim et a fouillé sa chambre dans le monastère. Il a refusé de montrer son ordinateur mais la police a prétendu avoir trouvé d’autres documents dans la chambre.


Aussi bien pour Tsultrim que pour Kalsang, les autorités ne disposaient d’un mandat d’arrêt.


D’après Choedak, Tsultrim n’était nullement impliqué dans une « action séparatiste » mais voulait seulement défendre sa passion de la littérature auprès des jeunes Tibétains en publiant des articles qui reflètent leurs sentiments et leurs pensées. « Il s’apprêtait à publier une série d’articles sur le ressenti de la jeunesse suite au tremblement de terre de Kyegudo (Jyegundo ou Gyegu). Je crains que ce ne soit ça qui ait conduit à son arrestation ».


Ses proches et sa famille n’ont pas été autorisés à lui rendre visite. Il est actuellement au centre de détention de Barkham dans le district de Ngaba.


Dokru Tsultrim avait déjà été arrêté en mars de l’année dernière pour écrits prétendument critiques du gouvernement chinois et il avait été libéré un mois plus tard.


Tsuiltrim est né dans le district de Mangra, Préfecture tibétaine autonome de Tsolho. Il a rejoint le monastère de Gomang en 2005.

source : Phayul

 

  Arrestation de 6 moines dans le district de Jomda


Monastère de Wara (photo : tchrd)

Monastère de Wara (photo : tchrd)

Samedi 15 mai 2010 : la Chine fait arrêter 4 moines du monastère de Wara de la municipalité de Thangpu, district de Jomda (chinois : Jiangda xian) dans la préfecture de Chamdo, Région « Autonome » du Tibet.

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Selon le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), les moines sont soupçonnés d’avoir conduit et initié des manifestations aux quartiers généraux du district au printemps 2008. Deux autres moines de rang supérieur du même monastère ont été mis en garde à vue pour « échec à l’éducation des moines selon la campagne patriotique d’éducation ».


Les moines ont été pris au monastère très tôt le matin suite à deux raids le samedi et le dimanche. Thinley, 25 ans et Nangsey, 27 ans, ont été arrêtés dans leurs chambres pendant que Soegon lui, a été capturé alors qu’il alertait les autres de l’arrivée de la police dans le monastère. Un autre moine, Kelsang Gyurmey, 29 ans, s’est fait prendre dans sa maison, la police ne le trouvant pas au monastère.


Les quatre moines sont actuellement détenus au centre de détention de la police du district de Jomda.


Les deux autres moines de rang supérieur, Sonam Gonpo dit Soegon, 40 ans et Tagyal, 29 ans, ont eux été arrêtés le samedi 16 mai pour « échec à l’éducation » des moines selon la « campagne patriotique d’éducation » lancée lors des manifestations au Tibet en 2008. On ne sait pas où ils sont détenus.


Le 3 avril 2008, les moines du monastère de Wara s’étaient heurtés à « l’équipe de travail » gouvernementale chinoise en refusant de se soumettre à la campagne d’éducation patriotique et en déclarant « même au prix de nos vies, nous ne renierons pas notre guide, le Dalaï-lama. »

source : Phayul

 

  15 Tibétains blessés à Labrang suite au tirs de la police

La police armée à la cimenterie de Madang

La police armée à la cimenterie de Madang (photo : ICT)

15 mai 2010 : la police chinoise ouvre le feu sur des manifestants tibétains non armés alors qu’ils protestent contre la pollution d’une cimenterie qui plus est implantée sur un site à caractère religieux.

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D’après ICT, (International Campaign for Tibet), 15 personnes sont emmenées à l’hôpital suite à des blessures par balles et aux coups portés par les policiers. Toutefois, aucun décès n’est signalé pour le moment.


Des Tibétains de 7 villages de la municipalité de Madang, dans le district de Xiahe (Labrang) situé dans la province traditionnelle de l’Amdo avaient signé une pétition pour dénoncer la pollution causée par la cimenterie “Amdo Cement Factory” qui emploie environ 600 travailleurs. En plus de ces considérations environnementales, les Tibétains de la zone concernée déplorent que l’usine a été construite sur un site ayant à leurs yeux un caractère religieux.


La cimenterie de Labrang (photo : ICT)

La cimenterie de Labrang (photo : ICT)


D’après ICT, cette pétition sous forme d’assignation démontre non seulement une bonne connaissance des lois et de la politique sur la protection environnementale mais sait également intégrer à son compte des vocables et slogans en vogue actuellement au Parti Communiste tels que “développement harmonieux” et “point de vue scientifique”.


La tension était grande après que les villageois aient commencé à reconstruire une route précédemment bloquée pour l’expansion de l’usine. Les photos montrent la police armée en tenue de combat complète sur le site. Selon des Tibétains en exil ayant des contacts dans la région, les Tibétains de Madang s’apprêtaient à reconstruire une route menant au village de Yarshul (chinois : Yaxiu) devenu inaccessible depuis la mise en place d’un barrage routier par les autorités chinoises.


Le personnel de la cimenterie, des cadres de la municipalité de Madang et des policiers les ont mis en garde de ne pas reconstruire cette route. Le sous-gouverneur du district a demandé aux Tibétains de se retirer du site les menaçant de répression s’ils ne permettaient pas aux véhicules de la cimenterie de circuler.


15 minutes ont été accordées pour que la zone soit dégagée. Bien que les manifestants aient commencé à se retirer de la route, la police armée à ouvert le feu.


madang


Plus tôt dans le mois, des villageois de Markham (chinois : Mangkang) dans la région du Kham avaient manifesté à plusieurs reprises contre des exploitations minières. Au moins cinq Tibétains dont deux femmes ont été blessés. Malgré une forte présence de la police armée, les Tibétains de Markham ne cessent pas de manifester contre l’implantation de mines sur des montagnes qu’ils considèrent sacrées. Markham avait été le théâtre de véhémentes manifestations l’année dernière contre l’exploitation minière de la montagne Ser Ngul Lo.

Source : Phayul