archives pour le mot-clef ‘Ai Weiwei’

  Ne pas oublier Tiananmen

tiananmen

[…]

Lorsque, le 4 juin 1989, l’armée du Parti communiste chinois est entrée dans la capitale pour nettoyer la place Tiananmen de ses manifestants, je me trouvais dans une université du sud de la Chine où je terminais mes études. A l’époque, comme pratiquement tous les étudiants du pays, j’ai participé à ce puissant mouvement de revendication pour la démocratisation de notre système.


Au début de cette année-là, le professeur d’astrophysique Fang Lizhi avait, dans un élan d’exceptionnelle audace, adressé une lettre ouverte à l’homme fort de l’époque, Deng Xiaoping, pour demander la libération d’un prisonnier d’opinion enfermé depuis dix ans, Wei Jingsheng, l’un des initiateurs du premier mouvement démocratique chinois de 1978.


Le 15 avril 1989, la mort de l’ancien secrétaire général du PCC (Parti communiste chinois), Hu Yaobang, avait provoqué l’explosion du mouvement démocratique. Lorsque Michael Gorbatchev est venu en visite officielle quelques semaines plus tard, les étudiants de Pékin avaient organisé une impressionnante grève de la faim sur la place Tiananmen, et nous avions tous l’impression de participer à un moment glorieux de notre histoire.


Le bruit des mitraillettes tirant sur la foule, à Pékin, durant la nuit du 3 au 4 juin, a provoqué une vague de stupéfaction et d’effroi qui s’est aussitôt répandue à travers la planète. C’était la première fois que la véritable nature meurtrière du PCC s’était révélée directement devant les caméras du monde entier, mais, pour nous, qui avons grandi avec un cerveau truffé de slogans officiels, nous avons tout d’un coup découvert ce que signifiait vraiment l’appellation “République populaire de Chine”, car il ne s’agissait pas d’une “république”, et elle n’était certainement pas “populaire”.


Nous avons compris que le gouvernement communiste n’hésitait pas à sacrifier des vies pour se maintenir au pouvoir, et que l’Armée populaire de libération n’était qu’un simple instrument destiné à protéger ses intérêts. Vingt-deux ans plus tard, en Libye, le colonel Kadhafi a d’ailleurs utilisé les mêmes méthodes en citant ouvertement le massacre de Tiananmen et en n’hésitant pas à retourner son armée contre son propre peuple.


A l’issue de ce drame, nous avons admiré la générosité du gouvernement français qui a su accueillir de nombreux réfugiés chinois, fuyant la répression en cours. Je me trouvais dans une petite ville de province méridionale et j’écoutais les radios étrangères comme Voice of America ou la BBC, qui nous apprenaient la création de la Fédération pour la démocratie en Chine, très solennellement saluée dans les salons de la Sorbonne, et dirigée, à l’époque, par l’homme d’affaires qui avait soutenu la révolte, Wan Runnan, l’un des trois leaders du mouvement démocratique de 1989 avec Wuer Kaixi et l’historien Yan Jiaqi.


Nous avons même entendu leur voix, lorsqu’ils répondaient aux questions des journalistes, et j’ai récemment découvert des photos prises à l’époque, où l’on peut découvrir les visages de pratiquement toute la classe politique française, et même la présence de l’actuel président Nicolas Sarkozy, qui participait à l’une de ces réunions en faveur de la démocratie en Chine.


Nous étions convaincus qu’un gouvernement qui n’hésitait pas à tirer sur sa propre jeunesse ne pourrait pas survivre bien longtemps, et que nous étions sur le point d’accéder à la démocratie.


La Fédération pour la démocratie en Chine a continué à s’agiter un peu durant deux ans à Paris, puis les participants se sont égaillés dans la nature, et l’on n’en a plus entendu parler. Nous avons aussi constaté que ceux qui participaient encore à la commémoration de ce drame se faisaient de plus en plus rares. Quant au gouvernement chinois, après une période de glaciation diplomatique qui n’a duré que deux ans, il s’est lancé dans un vaste mouvement de réformes économiques et n’a cessé de se renforcer.


Mais où sont donc passés les millions de Chinois qui étaient descendus dans les rues pour réclamer la démocratie en 1989 ? Est-ce qu’ils ont accepté les explications fournies par le gouvernement chinois justifiant le massacre ? Non ! Il suffit de constater la façon dont le gouvernement muselle toute la presse, dont il censure les médias, la violence avec laquelle il réprime la moindre tentative d’expression dissidente, pour comprendre où se situe la vérité. La prospérité et la stabilité, dont se vante en permanence le pouvoir, ne sont qu’un mirage.


Pendant ce temps, les Chinois votent avec leurs pieds : il suffit de voir le nombre grandissant de demandeurs d’asile politique en France. En 2009, l’Ofpra (Office de protection des réfugiés et apatrides) en recensait 1 631, en troisième position après les demandeurs en provenance du Sri Lanka et du Bangladesh. Le prétendu développement économique chinois cache en fait un pitoyable record en matière de violations des droits de l’homme. Maintenant, les Chinois de Paris commencent à constituer de véritables groupes de pression et organisent même des manifestations sur la place publique.


La première manifestation d’ampleur de ce genre se produisit en 2008, sur la place de la République, le 19 avril, quelques jours après l’immense mouvement de protestation qui s’était produit, à Paris, à l’occasion du passage de la flamme olympique dans les rues de la capitale française. Le but de la manifestation chinoise était de contrer le mouvement de “désinformation” émanant des médias occidentaux concernant la situation en Chine. Pourtant, l’information en France traversait un large spectre de médias dits de “droite”, de “gauche” et d’éditorialistes indépendants. Alors que, en Chine, les médias ne sont que les “yeux et la langue” du PCC !


En Chine, le pouvoir n’hésite même pas à se payer des “propagandistes à cinquante centimes”, surnommés les “mao”, pour influencer l’opinion publique chaque fois qu’elle serait tentée de critiquer le pouvoir. A Paris, l’ambassade de Chine a ainsi réussi à mobiliser des milliers d’étudiants chinois, par l’intermédiaire des associations de Chinois d’outre-mer et d’autres organisations plus ou moins officielles, pour exprimer leur indignation vis-à-vis de l’opinion publique en France…


A mon sens, cet incident aurait dû éveiller la vigilance des pays démocratiques : un véritable défi se profile pour les valeurs universelles que sont la liberté d’information et la liberté d’expression. En effet, cela ne signifie-t-il pas que la presse n’aura bientôt plus le droit de critiquer la Chine ? Le pouvoir chinois estime que les médias occidentaux devraient se comporter comme la presse en Chine, c’est-à-dire chanter ses louanges, sinon on leur reprochera de faire des “reportages injustes”.


Une autre manifestation fut organisée le 20 juin 2010 dans le quartier de Belleville pour “protester contre la violence et exiger la sécurité”. Le contexte était le suivant : depuis plusieurs années, les Chinois se plaignaient d’être victimes de petits délinquants d’origines diverses qui les agressaient pour leur voler leurs portefeuilles ou leurs possessions. Ils ont supporté cette situation pendant longtemps, mais, en mai 2010, un Chinois a utilisé une arme pour se défendre et a été arrêté par la police pour port d’arme illicite. Cette fois-ci, les organisateurs de la manifestation disent que 20 000 Chinois ont répondu à l’appel qu’ils avaient lancé spontanément sur Internet.


Mais moi, en tant que Chinois, j’ai le cœur lourd. Combien de catastrophes le pouvoir chinois a-t-il provoquées depuis qu’il a pris le pouvoir en 1949 ? Citons seulement le Grand Bond en avant et ses millions de morts de faim, la Révolution culturelle et ses cent millions de victimes, la répression des “droitiers” et ses centaines de milliers d’intellectuels jetés en camp de travail, les récents mouvements de répression “Frapper fort” qui permettent des exécutions sommaires. Pensons aux actes de violence perpétrés contre les paysans expulsés de leurs terres, les citadins dont les maisons sont détruites au profit d’une spéculation immobilière incontrôlée, et tant d’autres encore.


Et que dire de l’intellectuel Liu Xiaobo, qui, pour avoir participé à la rédaction de la Charte 08, a été condamné à onze ans de réclusion ! Et comment expliquer la soudaine arrestation de l’artiste Ai Weiwei, qui s’est fait enlever par la police secrète juste parce qu’il avait tenté de venir en aide au petit peuple honteusement abusé par les fonctionnaires ?


Pourquoi les Chinois n’ont-ils pas organisé de manifestations pour exiger “la fin de la violence et la sécurité des citoyens” ? Quelle conclusion devons-nous tirer de ces différences de comportement ? Je pense que les Chinois ont au moins compris deux choses. Ils savent qu’ils ne risquent rien à organiser une manifestation sur la voie publique, en France, pour critiquer les Français, mais ils savent aussi que, s’ils s’aventurent à organiser une manifestation, à Paris, pour protester contre des violations de droits de l’homme avérées en Chine, ils risquent fort de ne plus se sentir en sécurité du tout, même s’ils se contentent de manifester dans les rues de Paris. Chers lecteurs, réfléchissez un instant à ce que cela signifie…


Zeng Axing, professeur d’histoire. Traduit du chinois par Marie Holzman


Professeur d’histoire. Enseignant dans la province du Guangdong, il arrive en France en 2002. Il voulait stimuler la réflexion de ses élèves en proposant des discussions contradictoires ouvertes au public. Il a encouragé la naissance d’un journal interne au lycée, où les décisions du proviseur étaient parfois contestées. Interrogé une semaine par la police, a compris qu’il devait quitter la Chine ou perdre son travail. Intellectuel sans grand renom, M. Zeng est représentatif d’une large frange de la société chinoise qui commence à se rebeller.


Article paru dans l’édition du Monde du 05.06.11


Voir aussi Il y a 20 ans : le massacre de Tiananmen

 

  Chine : la répression tous azimuts

shouwang


Les avocats des droits civiques ont été les premiers à « disparaître ». À la mi-février, ils se sont volatilisés par dizaines, laissant derrière eux des téléphones sonnant dans le vide, des mails sans réponse et des fils de tweets suspendus. Puis ce fut le tour des blogueurs, des journalistes et des militants engagés dans l’aide aux victimes d’abus. Puis de ces victimes elles-mêmes : d’abord les plus actives, puis toutes celles susceptibles d’élever une protestation dans la rue ou sur les forums.

[…]


Ce n’était pas la première fois que des personnes s’évaporaient sans laisser de traces. Lors des dates dites « sensibles », le pouvoir chinois a l’habitude d’« éloigner » les trouble-fête. Ces fâcheux sont emmenés sous bonne garde dans des lieux de « villégiature » plus ou moins confortables. La période critique passée, la plupart sont relâchés et reprennent leurs activités militantes. Jusqu’à la « date sensible » suivante…


Mais cette fois, le coup de filet a pris d’emblée des proportions alarmantes, débordant largement le cercle habituel des « détentions soft » qui marque à chaque printemps la session de l’Assemblée nationale populaire. Ce mardi, on était encore sans nouvelles de dizaines de personnes, seule une poignée ayant été libérées. Le web est plus que jamais verrouillé : même les fameux logiciels VPN qui permettent de « sauter le mur numérique » se sont soudain désactivés, interdisant de surfer sur les sites censurés. Impossible de relever les courriers Gmail, impossible de créer un nouveau blog, impossible même d’acheter un téléphone portable sans fournir identité et adresse. Les précieuses marges de liberté dont jouissait la minorité d’internautes actifs venaient d’être rognées d’un coup.


La hargne du pouvoir s’est alors tournée contre les journalistes étrangers accusés de favoriser la rébellion. Puis elle a frappé un célèbre artiste contemporain, « disparu » depuis le 3 avril – et d’autres artistes moins connus. Elle s’est ensuite abattue sur la plus grande église protestante non-officielle de Pékin, peuplée d’intellectuels et d’étudiants – et d’autres églises domestiques moins influentes. Parallèlement, elle s’est attaquée aux moines et aux habitants de Kirti, grand monastère tibétain situé dans la province du Sichuan, provoquant un dangereux bras de fer. Abandonnant sa prudence habituelle qui consiste régler les problèmes l’un après l’autre, Pékin semble décidé à réprimer tous azimuts, à écraser tout ce qui lui résiste.


Pourquoi cette brusque crispation ? Pourquoi ce branle-bas répressif ? La société chinoise est certes traversée de toutes parts de conflits générés par une croissance déséquilibrée et envenimés par un système foncièrement inégalitaire. Le marqueur le plus visible de ces déséquilibres, l’inflation – plus de 10 % sur les produits alimentaires – atteint des niveaux explosifs. Pourtant, tous les analystes reconnaissent que l’agitation interne est trop fragmentée pour représenter une menace crédible. C’est ailleurs qu’il faut chercher les raisons de ce raidissement : sur les rives de la Méditerranée. La révolte arabe a en effet démontré la fragilité des régimes les plus intraitables, jetant les mandarins rouges dans l’émoi et réveillant un réflexe de paranoïa. « Je ne parlerais pas de paranoïa, tempère un sociologue. Les risques ne sont pas imaginaires. La Chine a beau être infiniment plus ‘efficace’que les pays arabes sur le plan économique, elle présente pas mal de similitudes, à commencer par un degré d’exaspération contre les puissants dont personne ne mesure mieux la gravité que le pouvoir lui-même ».


Comme pour confirmer ces craintes, un obscur site baptisé « Mouvement du Jasmin » a lancé fin février un appel à priori anodin : il s’agissait d’aller « se promener » tous les dimanches à 14 heures dans des lieux précis des grandes villes, avec pour seule consigne : « sourire ». Pas de slogan, pas de banderoles, pas de cortège… Était-ce encore une manifestation ? Les autorités ne se sont pas posé la question. Plusieurs dimanches de suite, des personnels de sécurité ont occupé par milliers les centres-villes, empêchant le moindre attroupement, s’en prenant aux journalistes étrangers dont certains ont même été tabassés par des agents en civil. Depuis, une véritable campagne d’intimidation psychologique se déploie contre les correspondants étrangers accusés de « fabriquer » l’événement : convocations, visites de policiers, filature, détentions, menaces d’expulsion…



Ai Weiwei

Ai Weiwei




Avec l’arrestation d’Ai Weiwei, le doute n’est plus permis : ce raidissement n’est pas un épisode de plus dans le cycle classique des « fermetures » succédant aux « ouvertures ». Le pouvoir a clairement opté pour la manière forte et tient à le faire savoir. Fils d’un célèbre poète qui fut le chantre de Mao dans les années 50, Ai Weiwei, longtemps protégé par une immunité étonnante, est un personnage trop public pour que son arrestation n’ait pas reçu l’aval des plus hautes instances du pays. Officiellement accusé de « fraude fiscale » et de « pornographie », Ai indisposait depuis longtemps l’aile dure par la férocité de ses critiques contre la corruption. Pire, il s’entêtait à coordonner une enquête collective sur les enfants victimes des « écoles en tofu » lors du séisme du Sichuan an 2007. Péché mortel aux yeux du Parti, décidé à ne jamais tolérer le moindre ferment d’une opposition organisée. En mettant à l’ombre ce célèbre poil à gratter, quitte à susciter un tollé dans le monde entier, la Chine sifflait résolument la fin de la récré.


Le conflit avec l’église protestante indépendante Shouwang – « vigie » en chinois – obéit à la même logique. Le charismatique pasteur Jin Tianming a beau insister sur le caractère apolitique de sa congrégation, l’ascendant considérable qu’il exerce sur ses 1000 fidèles le rend dangereux aux yeux des autorités. Comme toutes les églises « domestiques », Shouwang refuse au nom de la liberté de la foi de s’affilier à l’église dite « patriotique », soumise à l’autorité du Parti. Jusqu’à récemment, le pouvoir s’était montré assez tolérant vis-à-vis d’une foi capable de « moraliser » des individus déboussolés par l’effondrement des valeurs. Les « durs » viennent d’imposer leur intransigeance : ils empêchent l’église de prendre possession de locaux qu’elle avait achetés, tout en la faisant chasser d’une salle de réunion louée dans un restaurant. Barrée sur tous les fronts, Shouwang a réagi en demandant à ses adeptes de prier en plein air… D’où les arrestations des trois dernières semaines, et un conflit sans issue qui ne peut que s’envenimer. Et peut-être se propager aux nombreuses autres églises indépendantes avec lesquelles le pasteur Jin Tianming entretient des liens étroits.



Zhou Yongkang (image pornographique)

Zhou Yongkang (image pornographique)




Pour les défenseurs des droits civiques, ce tournant répressif trahit le poids croissant sur l’échiquier politique de Zhou Yongkang, membre du comité permanent du Bureau politique – le cercle suprême du pouvoir chinois. Bien qu’il soit classé N° 9 sur 9 membres, l’autorité de cet ancien ministre de la Sécurité publique est en réalité considérable car il supervise l’ensemble des organes de sécurité : police, services secrets, milices, tribunaux et prisons. À ce titre, il gère un budget pharaonique (68 milliards d’euros en 2011), soit plus que la défense nationale (65 milliards d’euros). Selon des diplomates européens, l’ascension de « Monsieur-Répression » a profité de la sourde lutte pour le pouvoir à l’approche de la succession de 2012. Si tout va bien, Xi Jinping succèdera à Hu Jintao. Mais les appétits sont nombreux et les tensions entre factions concurrentes pourraient créer une scission au sommet de nature à déclencher une avalanche de revendications. C’est le scénario du printemps de Tiananmen, et le pire cauchemar de la dynastie rouge, prête à tout pour éviter un remake. En attendant l’intronisation du prochain empereur, la société chinoise est donc priée de la mettre en veilleuse.


Révolte désespérée et violente répression à Kirti
Un des plus grands monastères tibétains assiégé par la troupe, ses 2 500 moines retenus prisonniers et privés d’approvisionnement, une population locale tenant tête aux forces de l’ordre, deux personnes âgées tuées à coups de bâton pour avoir barré la route aux camions emportant 300 moines vers une destination inconnue… La ville-monastère de Kirti, située dans la région d’Aba, ou Ngaba en tibétain, (rattachée à la province du Sichuan) est depuis six semaines le théâtre d’une révolte désespérée et d’une violente répression.




Rigzin Puntsog

Rigzin Puntsog




Tout commence le 16 mars. Rigzin Puntsog, un jeune moine d’une vingtaine d’années, s’immole par le feu en protestation contre l’occupation chinoise. Selon les sources tibétaines, des policiers auraient éteint les flammes tout en le rouant de coups de pieds, contribuant ainsi à sa mort. De son côté, Pékin accuse « une action criminelle soigneusement organisée dans le but de déclencher des troubles ». Sans beaucoup de cohérence, la presse officielle décrit Kirti comme un lieu de perdition, où le jeu et la prostitution avaient libre cours.


Bien que rattachée au Sichuan, la préfecture d’Aba est un haut-lieu de la culture tibétaine. Riche d’une population monacale de 10 000 personnes (sur 60 000 habitants), c’est également une place forte du commerce tibétain avec l’Inde et le Népal. Lors du soulèvement de Lhassa en mars 2008, le monastère de Kirti avait subi une répression très dure, attestée par des photos de corps baignant dans leur sang que des moines avaient réussi à faire sortir. Depuis, l’étau ne s’est pas desserré. À Aba, on chuchote que les policiers sont payés (environ 4 000 €) pour chaque arrestation d’un « opposant ». Que les moines arrêtés doivent, entre autres mauvais traitements, absorber de mystérieux « médicaments » qui attaquent leur santé physique et mentale… Impossible d’obtenir des informations indépendantes : la région a été fermée aux étrangers. Le ressentiment croissant des Tibétains ne fait, quant à lui, guère de doute.

Ursula Gauthier

source : le nouvel observateur