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  Aba : arrestations, condamnations et disparitions

Lobsang Rinchen

Lobsang Rinchen

Dans le district d’Aba où le monastère de Kirti est toujours sous contrôle armé, la répression continue de s’exercer. Arrestations, peines de prison, disparitions et tortures.

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Les autorités chinoise du district tibétain d’Aba (Ngaba) ont arrêté mardi 10 mai 2011 un moine du monastère de Kirti agé de 21 ans.


Lobsang Richen a été arrêté dans ses quartiers par des agents de la police et de la sécurité d’état. On ne sait pas encore ce qui a conduit à son arrestation.


Auparavant, un tribunal du district d’Aba a condamné deux autres moines de Kirti à 3 ans de prison. Il s’agit de Lobsang Dhargye, 31 ans et de Kunchok Tsultrim, 33 ans.


Lobsang Dhargye, moine depuis l’enfance à Kirti avait été à Lhassa en 2003 pour étudier au monastère de Drepung. Il a participé aux manifestations de 2008. Son visage identifié par les caméra de surveillance vidéo, il avait ensuite passé 5 mois dans divers centres de détention autour de Lhassa. Il fut finalement renvoyé dans le district d’Aba sous conditions comme de ne pas pouvoir sortir de la région sans une autorisation officielle. Il a été arrêté le 11 avril 2011 à la suite d’un raid des forces armées dans le monastère.


Kunchok Tsultrim a lui été arrêté dans un des autres raids survenus après le 16 mars 2011, date à laquelle le moine Phuntsok s’était immolé par le feu pour protester contre la répression chinoise.


Toujours dans la même région, un homme appartenant à la famille de Chogyam Tsang est porté disparu depuis le 15 avril 2011. Des agents de la sécurité et de la police chinoise ont fouillé la maison de sa mère dans la municipalité de Chukle Ghongma. Chogyam serait actuellement en détention à Chengdu, capitale du Sichuan.


D’après la même source, plusieurs étudiants tibétains tentant d’empêcher les troupes chinoises de pénétrer dans le monastère de Kirti le 12 avril auraient été torturés et seraient soumis à la campagne de « ré-éducation patriotique ».


Source : Phayul

 

  Arrestation de 6 moines du monastère de Kirti

kirti-funeraillesLe monastère de Kirti le jour des funérailles de Rigzin Puntsog

Les autorités chinoises du district de Ngaba (Aba) ont arrêté jeudi (28 avril) cinq moines tibétains du monastère de Kirti où 800 cadres du Parti Communiste chinois sont présents depuis le 12 avril afin d’y imposer « la campagne de rééducation patriotique ».

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D’après Kanyag Tsering, un moine du monastère exilé de Kirti (à Dharamsala en Inde), Lobsang Kunchok, 28 ans, et quatre autres moines du monastère de Kirti (au Tibet) ont été arrêtés jeudi, leur lieu de détention étant inconnu.

Un autre moine du monastère de Kirti, Tsering Damdul a été arrêté quelques jours plus tôt pour son rôle présumé dans le transport du corps de Phuntsok au monastère le 16 mars 2011. Rigzin Puntsog est ce jeune moine d’une vingtaine d’années qui s’est immolé par le feu en protestation contre l’occupation chinoise.

Pendant ce temps, les parents et membre de la famille des moines du district de Chikdril faisant partie des 300 moines arrêtés plus tôt le 21 avril se sont rendus à Aba afin d’obtenir leur libération mais ont été arrêtés cinq kilomètres avant la ville par les troupes chinoises. Ils ont ensuite été remis à la police du district de Chikdril.

3 personnes âgées seraient mortes lors des affrontements avec les forces de sécurité armés quand 300 moines du monastère de Kirti ont été emmenés de force dans des camions militaires vers une destination inconnue le 21 avril. Cependant, la Chine dément ces morts indiquant seulement qu’une femme de 84 ans est décédée d’une maladie pulmonaire.

source : Phayul

 

  Chine : la répression tous azimuts

shouwang


Les avocats des droits civiques ont été les premiers à « disparaître ». À la mi-février, ils se sont volatilisés par dizaines, laissant derrière eux des téléphones sonnant dans le vide, des mails sans réponse et des fils de tweets suspendus. Puis ce fut le tour des blogueurs, des journalistes et des militants engagés dans l’aide aux victimes d’abus. Puis de ces victimes elles-mêmes : d’abord les plus actives, puis toutes celles susceptibles d’élever une protestation dans la rue ou sur les forums.

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Ce n’était pas la première fois que des personnes s’évaporaient sans laisser de traces. Lors des dates dites « sensibles », le pouvoir chinois a l’habitude d’« éloigner » les trouble-fête. Ces fâcheux sont emmenés sous bonne garde dans des lieux de « villégiature » plus ou moins confortables. La période critique passée, la plupart sont relâchés et reprennent leurs activités militantes. Jusqu’à la « date sensible » suivante…


Mais cette fois, le coup de filet a pris d’emblée des proportions alarmantes, débordant largement le cercle habituel des « détentions soft » qui marque à chaque printemps la session de l’Assemblée nationale populaire. Ce mardi, on était encore sans nouvelles de dizaines de personnes, seule une poignée ayant été libérées. Le web est plus que jamais verrouillé : même les fameux logiciels VPN qui permettent de « sauter le mur numérique » se sont soudain désactivés, interdisant de surfer sur les sites censurés. Impossible de relever les courriers Gmail, impossible de créer un nouveau blog, impossible même d’acheter un téléphone portable sans fournir identité et adresse. Les précieuses marges de liberté dont jouissait la minorité d’internautes actifs venaient d’être rognées d’un coup.


La hargne du pouvoir s’est alors tournée contre les journalistes étrangers accusés de favoriser la rébellion. Puis elle a frappé un célèbre artiste contemporain, « disparu » depuis le 3 avril – et d’autres artistes moins connus. Elle s’est ensuite abattue sur la plus grande église protestante non-officielle de Pékin, peuplée d’intellectuels et d’étudiants – et d’autres églises domestiques moins influentes. Parallèlement, elle s’est attaquée aux moines et aux habitants de Kirti, grand monastère tibétain situé dans la province du Sichuan, provoquant un dangereux bras de fer. Abandonnant sa prudence habituelle qui consiste régler les problèmes l’un après l’autre, Pékin semble décidé à réprimer tous azimuts, à écraser tout ce qui lui résiste.


Pourquoi cette brusque crispation ? Pourquoi ce branle-bas répressif ? La société chinoise est certes traversée de toutes parts de conflits générés par une croissance déséquilibrée et envenimés par un système foncièrement inégalitaire. Le marqueur le plus visible de ces déséquilibres, l’inflation – plus de 10 % sur les produits alimentaires – atteint des niveaux explosifs. Pourtant, tous les analystes reconnaissent que l’agitation interne est trop fragmentée pour représenter une menace crédible. C’est ailleurs qu’il faut chercher les raisons de ce raidissement : sur les rives de la Méditerranée. La révolte arabe a en effet démontré la fragilité des régimes les plus intraitables, jetant les mandarins rouges dans l’émoi et réveillant un réflexe de paranoïa. « Je ne parlerais pas de paranoïa, tempère un sociologue. Les risques ne sont pas imaginaires. La Chine a beau être infiniment plus ‘efficace’que les pays arabes sur le plan économique, elle présente pas mal de similitudes, à commencer par un degré d’exaspération contre les puissants dont personne ne mesure mieux la gravité que le pouvoir lui-même ».


Comme pour confirmer ces craintes, un obscur site baptisé « Mouvement du Jasmin » a lancé fin février un appel à priori anodin : il s’agissait d’aller « se promener » tous les dimanches à 14 heures dans des lieux précis des grandes villes, avec pour seule consigne : « sourire ». Pas de slogan, pas de banderoles, pas de cortège… Était-ce encore une manifestation ? Les autorités ne se sont pas posé la question. Plusieurs dimanches de suite, des personnels de sécurité ont occupé par milliers les centres-villes, empêchant le moindre attroupement, s’en prenant aux journalistes étrangers dont certains ont même été tabassés par des agents en civil. Depuis, une véritable campagne d’intimidation psychologique se déploie contre les correspondants étrangers accusés de « fabriquer » l’événement : convocations, visites de policiers, filature, détentions, menaces d’expulsion…



Ai Weiwei

Ai Weiwei




Avec l’arrestation d’Ai Weiwei, le doute n’est plus permis : ce raidissement n’est pas un épisode de plus dans le cycle classique des « fermetures » succédant aux « ouvertures ». Le pouvoir a clairement opté pour la manière forte et tient à le faire savoir. Fils d’un célèbre poète qui fut le chantre de Mao dans les années 50, Ai Weiwei, longtemps protégé par une immunité étonnante, est un personnage trop public pour que son arrestation n’ait pas reçu l’aval des plus hautes instances du pays. Officiellement accusé de « fraude fiscale » et de « pornographie », Ai indisposait depuis longtemps l’aile dure par la férocité de ses critiques contre la corruption. Pire, il s’entêtait à coordonner une enquête collective sur les enfants victimes des « écoles en tofu » lors du séisme du Sichuan an 2007. Péché mortel aux yeux du Parti, décidé à ne jamais tolérer le moindre ferment d’une opposition organisée. En mettant à l’ombre ce célèbre poil à gratter, quitte à susciter un tollé dans le monde entier, la Chine sifflait résolument la fin de la récré.


Le conflit avec l’église protestante indépendante Shouwang – « vigie » en chinois – obéit à la même logique. Le charismatique pasteur Jin Tianming a beau insister sur le caractère apolitique de sa congrégation, l’ascendant considérable qu’il exerce sur ses 1000 fidèles le rend dangereux aux yeux des autorités. Comme toutes les églises « domestiques », Shouwang refuse au nom de la liberté de la foi de s’affilier à l’église dite « patriotique », soumise à l’autorité du Parti. Jusqu’à récemment, le pouvoir s’était montré assez tolérant vis-à-vis d’une foi capable de « moraliser » des individus déboussolés par l’effondrement des valeurs. Les « durs » viennent d’imposer leur intransigeance : ils empêchent l’église de prendre possession de locaux qu’elle avait achetés, tout en la faisant chasser d’une salle de réunion louée dans un restaurant. Barrée sur tous les fronts, Shouwang a réagi en demandant à ses adeptes de prier en plein air… D’où les arrestations des trois dernières semaines, et un conflit sans issue qui ne peut que s’envenimer. Et peut-être se propager aux nombreuses autres églises indépendantes avec lesquelles le pasteur Jin Tianming entretient des liens étroits.



Zhou Yongkang (image pornographique)

Zhou Yongkang (image pornographique)




Pour les défenseurs des droits civiques, ce tournant répressif trahit le poids croissant sur l’échiquier politique de Zhou Yongkang, membre du comité permanent du Bureau politique – le cercle suprême du pouvoir chinois. Bien qu’il soit classé N° 9 sur 9 membres, l’autorité de cet ancien ministre de la Sécurité publique est en réalité considérable car il supervise l’ensemble des organes de sécurité : police, services secrets, milices, tribunaux et prisons. À ce titre, il gère un budget pharaonique (68 milliards d’euros en 2011), soit plus que la défense nationale (65 milliards d’euros). Selon des diplomates européens, l’ascension de « Monsieur-Répression » a profité de la sourde lutte pour le pouvoir à l’approche de la succession de 2012. Si tout va bien, Xi Jinping succèdera à Hu Jintao. Mais les appétits sont nombreux et les tensions entre factions concurrentes pourraient créer une scission au sommet de nature à déclencher une avalanche de revendications. C’est le scénario du printemps de Tiananmen, et le pire cauchemar de la dynastie rouge, prête à tout pour éviter un remake. En attendant l’intronisation du prochain empereur, la société chinoise est donc priée de la mettre en veilleuse.


Révolte désespérée et violente répression à Kirti
Un des plus grands monastères tibétains assiégé par la troupe, ses 2 500 moines retenus prisonniers et privés d’approvisionnement, une population locale tenant tête aux forces de l’ordre, deux personnes âgées tuées à coups de bâton pour avoir barré la route aux camions emportant 300 moines vers une destination inconnue… La ville-monastère de Kirti, située dans la région d’Aba, ou Ngaba en tibétain, (rattachée à la province du Sichuan) est depuis six semaines le théâtre d’une révolte désespérée et d’une violente répression.




Rigzin Puntsog

Rigzin Puntsog




Tout commence le 16 mars. Rigzin Puntsog, un jeune moine d’une vingtaine d’années, s’immole par le feu en protestation contre l’occupation chinoise. Selon les sources tibétaines, des policiers auraient éteint les flammes tout en le rouant de coups de pieds, contribuant ainsi à sa mort. De son côté, Pékin accuse « une action criminelle soigneusement organisée dans le but de déclencher des troubles ». Sans beaucoup de cohérence, la presse officielle décrit Kirti comme un lieu de perdition, où le jeu et la prostitution avaient libre cours.


Bien que rattachée au Sichuan, la préfecture d’Aba est un haut-lieu de la culture tibétaine. Riche d’une population monacale de 10 000 personnes (sur 60 000 habitants), c’est également une place forte du commerce tibétain avec l’Inde et le Népal. Lors du soulèvement de Lhassa en mars 2008, le monastère de Kirti avait subi une répression très dure, attestée par des photos de corps baignant dans leur sang que des moines avaient réussi à faire sortir. Depuis, l’étau ne s’est pas desserré. À Aba, on chuchote que les policiers sont payés (environ 4 000 €) pour chaque arrestation d’un « opposant ». Que les moines arrêtés doivent, entre autres mauvais traitements, absorber de mystérieux « médicaments » qui attaquent leur santé physique et mentale… Impossible d’obtenir des informations indépendantes : la région a été fermée aux étrangers. Le ressentiment croissant des Tibétains ne fait, quant à lui, guère de doute.

Ursula Gauthier

source : le nouvel observateur



 

  Kirti : 2 morts et 300 moines tibétains arrêtés

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Répression. Deux personnes ont été tuées et 300 lamas arrêtés lors de l’attaque contre le monastère tibétain.

La répression continue de s’abattre sur le monastère tibétain rebelle de Kirti, situé dans le comté d’Aba, dans la province du Sichuan. Cette ville-temple, peuplée de 2 500 moines, est assiégée depuis le 9 avril par des milliers de militaires et policiers chinois.

Environ 200 villageois campent aux abords du monastère pour empêcher les forces de l’ordre de procéder à des arrestations. Jeudi, selon des sources locales, des forces spéciales et des policiers ont roué de coups ces villageois tibétains afin de se frayer un passage. Au moins deux d’entre eux, des personnes âgées, ont succombé à ce passage à tabac en règle. Plus de 300 lamas considérés comme des «meneurs» ont, peu après, été emmenés en «rééducation politique» dans des autobus sous la menace armée. Plusieurs moines de Kirti, récemment revenus de «rééducation», ont expliqué à des sources tibétaines qu’ils avaient été systématiquement torturés à l’électricité.

Brûlures. La lamaserie de Kirti, connue pour son militantisme en faveur de l’indépendance du «Pays des neiges» et le retour du dalaï-lama, le chef spirituel du peuple tibétain, est un casse-tête pour les autorités chinoises. Lors des dernières grandes émeutes qui ont secoué l’ensemble du Tibet, en mars 2008, l’armée chinoise a tué par balles au moins huit Tibétains qui manifestaient pour l’indépendance à Aba. Plusieurs moines de Kirti faisaient partie des victimes.

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Le 16 mars, lors de l’anniversaire de cette journée sanglante, un jeune lama de Kirti nommé Phuntsog s’est immolé par le feu devant le siège du gouvernement local. Des policiers chinois auraient éteint les flammes avant de le rouer de coups. De nombreux Tibétains se sont alors précipités pour le protéger. Amené à l’hôpital, il aurait succombé à ses brûlures et aux coups administrés par la police. Plusieurs centaines de Tibétains d’Aba avaient alors manifesté et des centaines d’entre eux auraient été arrêtés.

Officiellement, il ne se passe rien à Aba. «Les bonzes de Kirti profitent d’une vie normale et mènent normalement leurs activités bouddhistes», assurait, il y a quelques jours encore, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Dans un même souffle, cet officiel accusait les Etats-Unis de mentir sur les faits, après qu’un porte-parole américain eut souligné, depuis Washington, que l’intervention militaire chinoise à Kirti était «en contradiction avec les principes, reconnus internationalement, de la liberté religieuse et des droits de l’homme».

Messe. Pékin fait tout pour qu’il n’y ait pas de témoin. La région d’Aba est, dans les faits, interdite aux étrangers depuis plusieurs semaines (Libération du 8 avril). Mais ce n’est qu’hier que Pékin a annoncé, sans explication, que les touristes étrangers n’étaient plus les bienvenus dans cette zone où règne une forme de loi martiale.

La spirale de la répression engendrant des réactions de défi n’est pas le seul apanage du Tibet. Hier, à Pékin, pour la troisième semaine consécutive, les fidèles d’une Eglise protestante indépendante, Shouwang, ont tenté d’organiser une messe en plein air. Les autorités chinoises, qui ne reconnaissent que les congrégations soumises au Parti communiste, ont arrêté entre 20 et 30 fidèles qui s’étaient présentés pour l’office. Près de 170 membres de cette Eglise avaient déjà été arrêtés le dimanche 10 avril, et une cinquantaine d’autres une semaine plus tard. Certains ont ensuite été libérés, mais les responsables de la communauté ont été assignés à résidence.


Philippe Grangereau (Libération, 25 avril)

 


La police a pris le contrôle du monastère de Kirti, à Aba, dans le Sichuan

Depuis dix jours, les moines tibétains du monastère de Kirti, à Aba, dans le nord du Sichuan, résistaient à une de ces opérations de “rééducation patriotique” contre les “monastères rebelles” qui se sont intensifiées à partir de 2008 dans les zones tibétaines de Chine. De plus en plus souvent, elles se concluent par l’envoi de convois entiers de moines dans des centres prévus à cet effet. Les sévices auxquels y sont soumis les récalcitrants — les moines doivent conspuer le dalaï-lama — sont régulièrement dénoncés par les organisations de défense des droits de l’homme à l’étranger.


Tout a basculé le 21 avril : informés qu’un transfert était imminent, les moines, qui sont 2 500 à Kirti, se sont rassemblés dans les lieux collectifs du monastère afin de faire bloc. Mais un responsable de la préfecture d’Aba leur a assuré qu’il n’en serait rien. Les téléphones et l’Internet furent ensuite coupés dans toute la ville. Selon l’association Free Tibet, “à partir de 21 heures, des équipes composées d’une trentaine de membres de la police, de l’armée et de cadres du parti ont investi les habitations individuelles à l’intérieur du monastère et ont embarqué de force au moins 355 moines”. Un témoin aurait compté dix bus, le dernier ayant quitté le temple à 3 h 10 du matin, vendredi 22 avril.


Les organisations tibétaines en exil ont rapporté le transfert des moines et le gouvernement tibétain en exil a lancé un appel urgent à la communauté internationale. Deux manifestants tibétains, un homme de 60 ans et une femme de 65 ans, seraient morts après avoir été violentés par la police.
Aba était sous tension depuis l’immolation par le feu d’un jeune moine (Phuntsog), le 16 mars. Les forces de police ont organisé un blocus du temple à partir du 12 avril, tout en envoyant leurs “équipes de travail” pour négocier. À l’extérieur, des habitants en colère avaient tenté de gêner les manœuvres des autorités par des manifestations et des blocages de routes, s’exposant à de violentes représailles.


Phuntsog

Phuntsog



En Chine, la presse officielle a commencé à distiller des informations sur Aba, dénonçant un complot de la “clique du dalaï-lama” et une “immolation criminelle soigneusement préméditée”. Une action “d’éducation légale” est en cours pour résoudre “les problèmes de moines qui se sont livrés au jeu”, ont “fréquenté des prostituées” et ont “diffusé des vidéos pornographiques”, a rapporté, vendredi, l’agence Xinhua.
Mais les organisations tibétaines en exil ont diffusé, le 20 avril, une vidéo prise d’un téléphone portable le 16 mars : on y voit des images du moine brûlé, assis pétrifié dans une voiture, et d’opérations policières, contredisant l’affirmation chinoise selon laquelle “tout est normal à Aba”. La préfecture d’Aba et celle voisine de Ganzi sont désormais fermées aux étrangers.

Brice Pedroletti (le Monde, 25 avril)

 

  4 ans de prison pour un Tibétain de Ngaba

Le 25 septembre 2010, la cour intermédiaire du Peuple du district de Ngaba a condamné Dhonko Gyakpa à 4 ans de prison pour ne pas avoir dévoilé où se cachait Chodhar, un autre Tibétain recherché par la police.

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D’après Kanyag Tsering, vivant maintenant en Inde, Chodhar, un moine de 34 ans du monastère de Kirti a été condamné en avril 2010 à 13 ans d’emprisonnement pour son rôle supposé de leader de manifestations anti-gouvernementales lors des soulèvements au Tibet en 2008.
Il avait réussi à se cacher pendant presque un an. Le gouvernement local avait promis une récompense de 300 000 yuans chinois (30 000 euros) pour toute information à son sujet. Il s’est fait prendre le 25 août 2008 dans la maison de Dhonkho Gyakpa.

Dhonkho et sa femme, Soelha, ont également été arrêtés et détenus pendant un mois puis relâchés après avoir payé une caution de 15 000 yuans. Ils ont néanmoins été de nouveau arrêtés. La femme a été libérée mais pas Dhonkho qui avait déjà fait 5 ans de prison pour avoir collé des affiches anti-gouvernementales dans les rues de Ngaba lors de la campagne de rééducation patriotique de 1998.
source : Phayul

 

  Immolation d’un moine à Nagba (Aba)

La tension est montée dans une ville de la province du Sichuan (sud-ouest de la Chine) où la police a tiré sur un moine tibétain qui venait de s’immoler par le feu, à l’approche du 50e anniversaire du départ en exil du dalaï lama, ont rapporté samedi des témoins et des associations pro-tibétaines.

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Selon l’association Free Tibet, basée à Londres, la police a tiré sur le moine qui s’était juste avant immolé par le feu, dans la ville de Aba, dans la province du Sichuan. L’incident s’est produit vendredi.

Selon l’autre association « Students for a Free Tibet » (Étudiants pour un Tibet libre), le drame s’est produit à proximité du monastère de Kirti, lorsque les autorités ont empêché un millier de moines de se rendre à l’intérieur du site.

Alors que la plupart des moines se dispersaient sur les conseils de leurs aînés, un de leurs coreligionnaires d’une vingtaine d’années qui portait un drapeau tibétain à l’effigie du dalaï lama s’est immolé par le feu, selon un communiqué vendredi à New York de l’association, qui dit avoir recueilli le récit d’un témoin. Les faits ont également été rapportés l’association International Campaign for Tibet (ICT), basée aux Etats-Unis.

La police a tiré à trois reprises sur le jeune homme du nom de Tape avant de rapidement emmener le corps, selon « Students for a Free Tibet » qui ne sait pas si la victime était toujours en vie.

Des résidents de Aba, joints au téléphone par l’AFP, ont confirmé que la police avait tiré, sans préciser vers qui les tirs étaient dirigés.

Interrogée pour savoir si un moine s’était immolé par le feu, une employée d’un hôtel de la ville a répondu sous couvert d’anonymat : « C’est vrai, mais je ne peux pas en dire plus. Mon téléphone est sur écoute ».

D’autres résidents ont confirmé les tirs de la police, avant de rapidement raccrocher.

Certains témoins ont également fait état d’une importante présence policière. « Il y a de nombreux policiers qui patrouillent dans les rues et tous sont armés », a témoigné l’employé d’une maison de thé, également sous couvert d’anonymat.

Le gouvernement local et la police n’ont pas fait de commentaires.

Le dalaï lama, le chef spirituel tibétain, a mis en garde mardi contre une répression chinoise au Tibet à l’approche du 50è anniversaire du soulèvement contre Pékin.

Cette mise en garde survient alors que des agences de voyage ont annoncé que la Chine allait fermer le Tibet aux touristes étrangers avant le 10 mars, jour du 50è anniversaire de l’insurrection tibétaine, et que, selon des sources concordantes, la sécurité a été renforcée dans la région himalayenne.

Jeudi, la Chine a démenti vouloir fermer le Tibet aux touristes étrangers avant le 10 mars.

Il y a un an, plus de 200 Tibétains ont été tués au cours des manifestations de mars 2008 qui coïncidaient avec le 49è anniversaire du soulèvement anti-chinois de 1959, selon des exilés tibétains. Pour sa part, Pékin a accusé des « émeutiers » tibétains d’avoir tué 21 personnes.

source : France 24