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  Tiananmen : 25 ans

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25 ans après les événements tragiques, la chine est toujours dans le déni.

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La presse internationale revient abondemment  sur le sujet. A noter la présentation remarquable du South China Morning Post avec reproduction des documents d’époques comme les unes de journaux, beaucoup de vidéos, de sons.

En France, un autre document passionnant exhumé des archives du Nouvel Obs, l’histoire d’une photographe chinoise blessée dans la nuit du 3 au 4 juin.

Defacto avait reproduit un article du Monde en 2011. En 2009, pour les 20 ans de l’événement, une série de photos rares prises par des étudiants chinois.


 

  Ne pas oublier Tiananmen

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Lorsque, le 4 juin 1989, l’armée du Parti communiste chinois est entrée dans la capitale pour nettoyer la place Tiananmen de ses manifestants, je me trouvais dans une université du sud de la Chine où je terminais mes études. A l’époque, comme pratiquement tous les étudiants du pays, j’ai participé à ce puissant mouvement de revendication pour la démocratisation de notre système.


Au début de cette année-là, le professeur d’astrophysique Fang Lizhi avait, dans un élan d’exceptionnelle audace, adressé une lettre ouverte à l’homme fort de l’époque, Deng Xiaoping, pour demander la libération d’un prisonnier d’opinion enfermé depuis dix ans, Wei Jingsheng, l’un des initiateurs du premier mouvement démocratique chinois de 1978.


Le 15 avril 1989, la mort de l’ancien secrétaire général du PCC (Parti communiste chinois), Hu Yaobang, avait provoqué l’explosion du mouvement démocratique. Lorsque Michael Gorbatchev est venu en visite officielle quelques semaines plus tard, les étudiants de Pékin avaient organisé une impressionnante grève de la faim sur la place Tiananmen, et nous avions tous l’impression de participer à un moment glorieux de notre histoire.


Le bruit des mitraillettes tirant sur la foule, à Pékin, durant la nuit du 3 au 4 juin, a provoqué une vague de stupéfaction et d’effroi qui s’est aussitôt répandue à travers la planète. C’était la première fois que la véritable nature meurtrière du PCC s’était révélée directement devant les caméras du monde entier, mais, pour nous, qui avons grandi avec un cerveau truffé de slogans officiels, nous avons tout d’un coup découvert ce que signifiait vraiment l’appellation “République populaire de Chine”, car il ne s’agissait pas d’une “république”, et elle n’était certainement pas “populaire”.


Nous avons compris que le gouvernement communiste n’hésitait pas à sacrifier des vies pour se maintenir au pouvoir, et que l’Armée populaire de libération n’était qu’un simple instrument destiné à protéger ses intérêts. Vingt-deux ans plus tard, en Libye, le colonel Kadhafi a d’ailleurs utilisé les mêmes méthodes en citant ouvertement le massacre de Tiananmen et en n’hésitant pas à retourner son armée contre son propre peuple.


A l’issue de ce drame, nous avons admiré la générosité du gouvernement français qui a su accueillir de nombreux réfugiés chinois, fuyant la répression en cours. Je me trouvais dans une petite ville de province méridionale et j’écoutais les radios étrangères comme Voice of America ou la BBC, qui nous apprenaient la création de la Fédération pour la démocratie en Chine, très solennellement saluée dans les salons de la Sorbonne, et dirigée, à l’époque, par l’homme d’affaires qui avait soutenu la révolte, Wan Runnan, l’un des trois leaders du mouvement démocratique de 1989 avec Wuer Kaixi et l’historien Yan Jiaqi.


Nous avons même entendu leur voix, lorsqu’ils répondaient aux questions des journalistes, et j’ai récemment découvert des photos prises à l’époque, où l’on peut découvrir les visages de pratiquement toute la classe politique française, et même la présence de l’actuel président Nicolas Sarkozy, qui participait à l’une de ces réunions en faveur de la démocratie en Chine.


Nous étions convaincus qu’un gouvernement qui n’hésitait pas à tirer sur sa propre jeunesse ne pourrait pas survivre bien longtemps, et que nous étions sur le point d’accéder à la démocratie.


La Fédération pour la démocratie en Chine a continué à s’agiter un peu durant deux ans à Paris, puis les participants se sont égaillés dans la nature, et l’on n’en a plus entendu parler. Nous avons aussi constaté que ceux qui participaient encore à la commémoration de ce drame se faisaient de plus en plus rares. Quant au gouvernement chinois, après une période de glaciation diplomatique qui n’a duré que deux ans, il s’est lancé dans un vaste mouvement de réformes économiques et n’a cessé de se renforcer.


Mais où sont donc passés les millions de Chinois qui étaient descendus dans les rues pour réclamer la démocratie en 1989 ? Est-ce qu’ils ont accepté les explications fournies par le gouvernement chinois justifiant le massacre ? Non ! Il suffit de constater la façon dont le gouvernement muselle toute la presse, dont il censure les médias, la violence avec laquelle il réprime la moindre tentative d’expression dissidente, pour comprendre où se situe la vérité. La prospérité et la stabilité, dont se vante en permanence le pouvoir, ne sont qu’un mirage.


Pendant ce temps, les Chinois votent avec leurs pieds : il suffit de voir le nombre grandissant de demandeurs d’asile politique en France. En 2009, l’Ofpra (Office de protection des réfugiés et apatrides) en recensait 1 631, en troisième position après les demandeurs en provenance du Sri Lanka et du Bangladesh. Le prétendu développement économique chinois cache en fait un pitoyable record en matière de violations des droits de l’homme. Maintenant, les Chinois de Paris commencent à constituer de véritables groupes de pression et organisent même des manifestations sur la place publique.


La première manifestation d’ampleur de ce genre se produisit en 2008, sur la place de la République, le 19 avril, quelques jours après l’immense mouvement de protestation qui s’était produit, à Paris, à l’occasion du passage de la flamme olympique dans les rues de la capitale française. Le but de la manifestation chinoise était de contrer le mouvement de “désinformation” émanant des médias occidentaux concernant la situation en Chine. Pourtant, l’information en France traversait un large spectre de médias dits de “droite”, de “gauche” et d’éditorialistes indépendants. Alors que, en Chine, les médias ne sont que les “yeux et la langue” du PCC !


En Chine, le pouvoir n’hésite même pas à se payer des “propagandistes à cinquante centimes”, surnommés les “mao”, pour influencer l’opinion publique chaque fois qu’elle serait tentée de critiquer le pouvoir. A Paris, l’ambassade de Chine a ainsi réussi à mobiliser des milliers d’étudiants chinois, par l’intermédiaire des associations de Chinois d’outre-mer et d’autres organisations plus ou moins officielles, pour exprimer leur indignation vis-à-vis de l’opinion publique en France…


A mon sens, cet incident aurait dû éveiller la vigilance des pays démocratiques : un véritable défi se profile pour les valeurs universelles que sont la liberté d’information et la liberté d’expression. En effet, cela ne signifie-t-il pas que la presse n’aura bientôt plus le droit de critiquer la Chine ? Le pouvoir chinois estime que les médias occidentaux devraient se comporter comme la presse en Chine, c’est-à-dire chanter ses louanges, sinon on leur reprochera de faire des “reportages injustes”.


Une autre manifestation fut organisée le 20 juin 2010 dans le quartier de Belleville pour “protester contre la violence et exiger la sécurité”. Le contexte était le suivant : depuis plusieurs années, les Chinois se plaignaient d’être victimes de petits délinquants d’origines diverses qui les agressaient pour leur voler leurs portefeuilles ou leurs possessions. Ils ont supporté cette situation pendant longtemps, mais, en mai 2010, un Chinois a utilisé une arme pour se défendre et a été arrêté par la police pour port d’arme illicite. Cette fois-ci, les organisateurs de la manifestation disent que 20 000 Chinois ont répondu à l’appel qu’ils avaient lancé spontanément sur Internet.


Mais moi, en tant que Chinois, j’ai le cœur lourd. Combien de catastrophes le pouvoir chinois a-t-il provoquées depuis qu’il a pris le pouvoir en 1949 ? Citons seulement le Grand Bond en avant et ses millions de morts de faim, la Révolution culturelle et ses cent millions de victimes, la répression des “droitiers” et ses centaines de milliers d’intellectuels jetés en camp de travail, les récents mouvements de répression “Frapper fort” qui permettent des exécutions sommaires. Pensons aux actes de violence perpétrés contre les paysans expulsés de leurs terres, les citadins dont les maisons sont détruites au profit d’une spéculation immobilière incontrôlée, et tant d’autres encore.


Et que dire de l’intellectuel Liu Xiaobo, qui, pour avoir participé à la rédaction de la Charte 08, a été condamné à onze ans de réclusion ! Et comment expliquer la soudaine arrestation de l’artiste Ai Weiwei, qui s’est fait enlever par la police secrète juste parce qu’il avait tenté de venir en aide au petit peuple honteusement abusé par les fonctionnaires ?


Pourquoi les Chinois n’ont-ils pas organisé de manifestations pour exiger “la fin de la violence et la sécurité des citoyens” ? Quelle conclusion devons-nous tirer de ces différences de comportement ? Je pense que les Chinois ont au moins compris deux choses. Ils savent qu’ils ne risquent rien à organiser une manifestation sur la voie publique, en France, pour critiquer les Français, mais ils savent aussi que, s’ils s’aventurent à organiser une manifestation, à Paris, pour protester contre des violations de droits de l’homme avérées en Chine, ils risquent fort de ne plus se sentir en sécurité du tout, même s’ils se contentent de manifester dans les rues de Paris. Chers lecteurs, réfléchissez un instant à ce que cela signifie…


Zeng Axing, professeur d’histoire. Traduit du chinois par Marie Holzman


Professeur d’histoire. Enseignant dans la province du Guangdong, il arrive en France en 2002. Il voulait stimuler la réflexion de ses élèves en proposant des discussions contradictoires ouvertes au public. Il a encouragé la naissance d’un journal interne au lycée, où les décisions du proviseur étaient parfois contestées. Interrogé une semaine par la police, a compris qu’il devait quitter la Chine ou perdre son travail. Intellectuel sans grand renom, M. Zeng est représentatif d’une large frange de la société chinoise qui commence à se rebeller.


Article paru dans l’édition du Monde du 05.06.11


Voir aussi Il y a 20 ans : le massacre de Tiananmen

 

  Tiananmen : les ombrelles de la honte

Tous les journalistes et toutes les télévisions qui ont voulu filmer la place Tiananmen le 4 juin 2009 ont eu droit à la même performance pour le moins insolite : l’ouverture d’ombrelles devant les objectifs…

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Contrairement aux tanks, le ridicule ne tue pas. C’est ce qu’a dû penser le gouvernement chinois en envoyant une armada de flics en civil munis d’ombrelles pour systématiquement les placer devant les objectifs des équipes de télévisions ou de ceux des photographes ayant pourtant en principe toutes les autorisations officielles. Lire par exemple à ce sujet, l’expérience de Brice Pedroletti du journal le Monde sur son blog.

 

Une manière d’agir d’autant plus grotesque que la place est entièrement sous contrôle policier, les flics en civil étant plus nombreux que les véritables passants ou touristes. Ce faisant, le pouvoir actuel confirme qu’il est bien l’héritier de celui de 89. Un état totalitaire et criminel qui continue de vouloir étouffer la mémoire de son propre peuple.

 

Voici trois exemples à (ne pas) voir pour le croire :

Al Jazeera :

 

CNN :

 


BBC :

 

  Il y a 20 ans : le massacre de Tiananmen

Suivant de quelques mois la répression du soulèvement de Lhassa en mars 1989, le massacre des étudiants chinois manifestant sur la place Tiananmen a eu lieu il y a tout juste 20 ans.

À cette occasion, Tibet-defacto publie une série de photos prises par des étudiants chinois et confiées ensuite à un étranger pour les sortir clandestinement de Chine en témoignage du massacre. Ces images illustrent une séquence particulièrement tragique qui s’est déroulée sur à peine vingt minutes.

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4 juin 1989

 

6 h 10 : Les derniers étudiants sont en train d’évacuer calmement la place Tiananmen en portant leurs banderoles.
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6 h 12 : Quand ils débouchent sur l’avenue Chang’an au carrefour Liubukou, à 50 mètres du siège du gouvernement et du Parti, ils voient foncer vers eux trois chars venant de la place.

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6 h 15 : Un tir très nourri de gaz lacrymogènes enfume l’air. Des étudiants tentent d’éviter les chars en escaladant les barrières.

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6 h 17 : Le carrefour Liubukou après le passage de ces trois chars.

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6 h 20 : Pendant que d’autres chars continuent de circuler sur l’avenue, les gaz se dissipent. Des témoins se précipitent sur un blessé qui s’accroche à la barrière. Sur la chaussée, il y a onze morts.

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6 h 25 : Deux hommes tentent de poser des garrots sur ce qui reste des jambes broyées d’un des étudiants piégés au carrefour Liubukou.

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Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit de Fang Zheng, qui avait aidé une jeune fille à sauter la barrière, sans avoir le temps de se mettre lui-même à l’abri. Quelques années plus tard, il a décroché le titre de champion de Chine d’athlétisme pour handicapés. Mais le gouvernement lui a interdit de participer aux Jeux asiatiques. Qu’aurait-il répondu aux journalistes l’interrogeant sur la cause de son handicap ?

Las des harcèlements systématiques, il vient de quitter la Chine pour la Californie.

 

Cette séquence n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des massacres commis à Tiananmen. Il est possible d’en trouver d’autres sur le Net comme par exemple sur  www.64memo.org, un site consacré à la mémoire des événements de 1989.

 

Comme toujours, la propagande chinoise a bien sûr immédiatement commencé son travail de réécriture de l’histoire.

Extrait d’une bande dessinée officielle parue le 21 juillet 1989 :

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« Les troupes ont fait preuve d’une maîtrise absolue. En revanche, les émeutiers contre-révolutionnaires, remplis d’une haine à mort contre l’Armée Populaire de Libération, ont mis à profit cette modération pour déclencher les bagarres, la casse, les incendies et les meurtres que chacun a pu constater. »

(Tiens… ça ne vous rappelle rien ce type de discours ? Cherchez bien.)

 

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« À 5 h 30, le travail de nettoyage est complètement achevé. Parmi les étudiants qui étaient calmement installés comme parmi ceux qu’il a fallu forcer à partir, il n’y a pas eu un seul mort. »

(Est-il besoin de commenter ?)

 

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« La place Tiananmen est revenue dans les mains du peuple et les troupes de la loi martiale ont complètement triomphé: les troubles contre-révolutionnaires dans la capitale ont été écrasés d’un coup.

Dans le processus de pacification, l’Armée Populaire de Libération, la Police Militaire Populaire et la Sécurité publique ont fourni une inaltérable contribution en luttant au risque de leur vie et avec héroïsme. »

(« Revenue dans les mains du peuple »… Parce qu’avant la place était dans les mains de hérissons géants ? Et sans prétendre vouloir donner de leçons aux experts de la propagande chinoise, je trouve l’emploi du mot « écrasés » plutôt malvenu.)


Et aujourd’hui ? Eh bien c’est quasiment la même chose. Le pouvoir chinois fait plus que jamais l’impasse sur ces événements. Rien dans la presse, rien à la télé. Mieux, à la veille du vingtième anniversaire, il neutralise les anciens dissidents, fait taire les “mères de Tiananmen” qui réclament la vérité sur la mort de leurs enfants, bloque nombre de sites internet ou de plates-formes de discussions comme Hotmail, Twitter, Flickr, WordPress, Blogger, etc. La liste est longue. Les moteurs de recherche (locaux comme étrangers) renvoient comme d’habitude à des informations touristiques si vous tapez “Tiananmen” et les recherches d’images vous donnent une très belle série de cartes postales.

 

Il ne s’est rien passé à Tiananmen.