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  Yushu : reconstruction, friction, sinisation

yushu2010

Dévastée le 14 avril 2010 par un tremblement de terre qui a tué près de 3 000 habitants, la préfecture autonome tibétaine de Yushu, dans la province du Qinghai, est en plein chantier. La catastrophe a touché une zone jusque-là relativement préservée de l’influence chinoise. Mais elle a sonné aussi le glas de ce splendide isolement. Gyegu, le chef-lieu, petite ville de 80 000 âmes à 3 700 mètres d’altitude, a été vidée de ses habitants, section après section. Elle doit être reconstruite en un centre touristique moderne et “connecté” par de nouvelles infrastructures au reste de la Chine.

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L’ampleur de la transformation programmée, et tout ce qui l’accompagne de bouleversements, provoque des fortes appréhensions : “Les trois premiers mois, il y a eu un afflux de Chinois han, des ouvriers, des ingénieurs pour travailler à la reconstruction. Mais il a fallu attendre un plan directeur. Les Tibétains se demandaient ce qu’ils faisaient là, ça a créé de fortes tensions”, raconte un jeune fonctionnaire tibétain surnommé Tuhuor. Le lancement des travaux de reconstruction à l’arrivée du printemps, un an après le séisme, a déjà été perturbé, tout début avril, par un sit-in de plusieurs centaines de Tibétains. Pendant trois jours, ils ont érigé des banderoles au centre de la ville pour réclamer plus de justice dans l’attribution des logements et la conversion de leurs terrains en espaces publics. “La catastrophe est devenue une occasion pour le gouvernement de s’approprier des terrains. Les fonctionnaires viennent avec la police spéciale et menacent les gens en leur disant ‘le ciel est à l’Etat, la terre aussi” !  » dénonce l’écrivaine tibétaine Tsering Woeser, installée à Pékin, qui tient un blog d’informations sur les régions tibétaines. Certaines parcelles sont rachetées, a-t-elle appris, à vil prix. Les familles se plaignent aussi de devoir construire des maisons qui ne dépassent pas 80 m2, trop exiguës pour une famille nombreuse. Une trentaine de manifestants auraient été arrêtés.


Le choc du tremblement de terre et de l’ouverture a ravivé d’autres lignes de fractures. L’ensemble du monde tibétain n’a jamais été aussi volatil, trois ans après son embrasement, en mars 2008. Yushu appartient historiquement au Kham tibétain, une terre de guerriers, de nomades et de monastères au nord de la Région autonome du Tibet, c’est-à-dire le Tibet proprement dit. Sa population est tibétaine à plus de 90 %. Lors des opérations de sauvetage d’avril 2010, la télévision chinoise s’est exclusivement concentrée sur les efforts de l’armée chinoise, faisant peu cas de l’aide apportée par les moines, venus très nombreux pour déblayer et chercher les corps. Depuis, un documentaire en tibétain, produit par des moines, circule sous le manteau : il exalte l’unité des Tibétains dans l’épreuve…


A Gyegu, la première secousse de la modernisation avait eu lieu en 2009, avec la construction d’un aéroport. Les planificateurs chinois veulent désormais faire de Yushu un “hub ”, une “région connectée” que chemin de fer et voies express relieront à Xining, ainsi qu’au Sichuan, au Tibet et au Yunnan, explique un responsable du bureau de reconstruction de la ville. “On va faire en trois ans ce qui aurait pris vingt ans !”, dit le fonctionnaire, qui n’a pas autorité à s’exprimer et ne souhaite pas être identifié. “Le PIB par tête d’habitant est ici très faible, on manque de services publics. Il n’y a pas de traitement des eaux. Le tremblement de terre, c’est l’occasion unique d’investir dans des infrastructures. On a beaucoup de subventions”, poursuit son collègue, tibétain. Le responsable d’un groupe public de Pékin chargé de construire de la voirie à Gyegu assure qu’“il y aura principalement des immeubles” dans la nouvelle ville. Mais, nuance-t-il, “le gouvernement local est conscient que l’écologie et la culture ethnique sont des atouts pour le tourisme”.


Les autorités proposent de rebaptiser Gyegu en Sanjiangyuan, le nom de la réserve nationale “des sources des trois rivières”, toute proche. “Adopter ce nouveau nom han, c’est couper les liens des Tibétains avec leur histoire et leur culture”, craint Tsering Woeser. Dans une région au fort particularisme ethnique et religieux, la frontière est mince entre modernisation et sinisation. L’ONG chinoise Gongmeng, dans un rapport publié en 2010 sur les causes des troubles de 2008, déplorait que “le développement économique” et “la modernisation de tous les aspects de la vie sociale” soient considérés comme la panacée pour résoudre les problèmes dans les régions tibétaines, alors qu’ils provoquaient avant tout “un sentiment de panique et de crise” dans la population.


Les modèles économiques locaux sont déjà en pleine transition. Les éleveurs, semi-nomades, ont été obligés ces dernières années de s’installer en ville et de vendre leurs troupeaux. Cette politique de sédentarisation est d’autant plus mal vécue que les “nouveaux urbains” sont aujourd’hui captifs dans leur ville détruite. Deux activités ont pris le dessus : l’élevage des mastiffs tibétains, nouvelle lubie des nouveaux riches chinois. Et la cueillette du yartsa gunbou, le fameux “champignon chenille” tibétain aux riches propriétés médicinales qui se vend lui aussi à prix d’or dans le reste de la Chine. Or, les ressources sont limitées, et ces “bulles” enrichissent rarement les locaux, mais les intermédiaires.


A Gyegu, les Chinois han sont les premiers à vous parler des tensions interethniques. “Hen luan” (“c’est le chaos”), vous confie-t-on sans cesse, en vous déconseillant de sortir le soir. Pourtant, la police campe à l’orée de la ville, et chaque soir un régiment patrouille. Les migrants han, comptabilisés dans une population flottante aux contours mal définis (ils seraient plusieurs dizaines de milliers à Yushu), sont souvent les premiers à faire les frais du malaise tibétain. Xu Caigang fait partie de ces petits commerçants du Sichuan, ces “colons” malgré eux, souvent pauvres, dont l’ardeur à la besogne alarme les populations autochtones dans les régions tibétaines. Il a débarqué une première fois à Gyegu en 2001, pour travailler sur un chantier. Il est ensuite rentré au pays, s’est marié. Puis il est revenu s’installer à Gyegu avec sa femme, a ouvert un petit commerce et partage un taxi avec un ami.


Le traitement auquel il est soumis depuis le séisme l’a révolté : “Nous n’avons pas eu de tente, ni les 10 yuans d’allocations journalières. Alors que mon frère est mort durant le séisme, ma belle-soeur n’a absolument rien eu ! C’est très injuste. Ça fait six ans qu’on est là ! On nous a dit qu’on n’avait qu’à partir. Et qu’est-ce que je vais faire avec mon magasin ?”, gémit-il, intarissable sur les turpitudes de ce Far West chinois où les lois sont encore plus mal appliquées qu’ailleurs en Chine. Les pleins pouvoirs octroyés aux cadres locaux du parti pour “maintenir la stabilité” (c’est-à-dire combattre les “forces hostiles” du dalaï-lama) en ont fait une “nouvelle aristocratie tibétaine, aux capacités administratives limitées et avec une compréhension arriérée de la gouvernance”, dénonçait le rapport 2009 de Gongmeng.


Xu Caigang se plaint que les migrants han soient très mal traités par les cadres tibétains locaux : ceux-ci se servent dans leurs magasins et ne paient pas. “C’est nous, les victimes. Je ne pense pas que beaucoup de Han vont vouloir rester à Yushu”, dit-il. Pourtant, il a l’espoir de tirer son épingle du jeu si la région s’ouvre : “Elle se développera très vite. Et puis les Tibétains connaissent peu le monde extérieur…” Avec la reconstruction, les frictions s’accroissent : mécontents du prix élevé des légumes dans les commerces chinois, des Tibétains ont commencé à ouvrir leurs propres échoppes et à boycotter celles des Han, rapportait le 12 avril Radio Free Asia, la radio américaine.


Les jeunes Tibétains sont eux aussi conscients des opportunités qu’apporte la modernisation. Mais la perplexité domine : “C’est vrai qu’on veut tous avoir des choses modernes”, reconnaît Karma, un jeune Tibétain professeur d’anglais qui a vécu huit ans au Népal et habite dans le district de Nangchen, au sud de Gyegu. “Or, nous vivons sur une terre immense, et nos maisons sont de plus en plus petites. Notre terre, c’est eux – les Chinois, le gouvernement – qui la contrôlent. Et plus ça va, plus elle se rétrécit !”, poursuit-il.


Karma gagne 1 000 yuans (110 euros) par mois. Trois de ses frères sont moines. La famille leur envoie de l’argent. Il goûte peu la dévotion des Tibétains et leur attachement aux superstitions. “Les Tibétains donnent tout ce qu’ils ont aux temples. Ce n’est pas bon, non plus, déplore-t-il. Le dalaï-lama dit qu’il ne faut pas se battre avec les Chinois, qu’ils sont historiquement nos amis. Et que ce qui compte avant tout, c’est de s’éduquer.”


Partir en Inde ou au Népal est souvent le seul moyen d’acquérir un minimum d’éducation dans les familles tibétaines les plus pauvres. Le gouvernement chinois scolarise les enfants de nomades, mais impose le mandarin, ce qui est mal accepté. Les plus privilégiés envoient leur progéniture étudier à Xining avec un tuteur tibétain pour l’accompagner, explique Tuhuor, le jeune fonctionnaire tibétain, qui est diplômé d’université.


“Les nouvelles générations de Tibétains veulent que leurs enfants soient mieux éduqués, mais ils s’inquiètent aussi de les voir perdre leurs racines”, ajoute-il, lucide. Chacun se demande de quoi demain sera fait, quand Gyegu sera remodelée en destination touristique de masse pour… Chinois.


Brice Pedroletti (le Monde, 26 avril)

 

Voir aussi : Gyegu (Yushu) juste avant le séisme)

 

 

  Un autre intellectuel tibétain arrêté

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Les autorités chinoises ont procédé le mois dernier à l’arrestation d’un autre intellectuel tibétain. Il s’agit de Kalsang Tsultrim connu pour avoir largement distribué en 2009 un témoignage vidéo sur la situation au Tibet.

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D’après le TCHRD (Tibetan Center for Human Rights and Democracy), Kalsang, plus connu son son pseudonyme de Gyitsang Takmig, a été arrêté le 7 juillet 2010 dans le district de Dzoge dans la province du Sichuan.


Malgré les demandes répétées de sa famille, aucune explication n’a été fournie par les autorités mais c’est certainement son action de sensibilisation sur la situation au Tibet et la répression du peuple tibétain qui est à l’origine de son arrestation.



En août 2009, des mois après le soulèvement général au Tibet de 2008, une vidéo enregistrée par Kalsang est parvenue à passer à travers les frontières chinoises. Dans cette vidéo, Kalsang suppliait la communauté internationale “d’agir rapidement en faveur du peuple tibétain”.



Ce témoignage vidéo d’une heure dans lequel Kalsang exprime ses craintes sur l’avenir du Tibet et de sa culture a été mis sur VCD [de la vidéo sur un CD] et a été largement distribué (environ 2 500 copies) dans les zones tibétaines des provinces du Gansu, du Qinghai et du Sichuan qui recoupent les provinces tibétaines traditionnelles du Kham et de l’Amdo.



Kalsang est un moine du monastère de Gyitsang Gaden Choekorling dans le district de Sangchu (Chinois : Xiahe),  “Préfecture Tibetaine Autonome” de Kanlho (Chinois : Gannan) dans la province du Gansu. Il est également l’auteur d’un livre publié en 2008 “Miyul la phulway Jamba” (l’amour consacré au royaume humain). Un livre qui met l’accent sur les problèmes et les aspirations du peuple tibétain.

source : Phayul

 

  15 Tibétains blessés à Labrang suite au tirs de la police

La police armée à la cimenterie de Madang

La police armée à la cimenterie de Madang (photo : ICT)

15 mai 2010 : la police chinoise ouvre le feu sur des manifestants tibétains non armés alors qu’ils protestent contre la pollution d’une cimenterie qui plus est implantée sur un site à caractère religieux.

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D’après ICT, (International Campaign for Tibet), 15 personnes sont emmenées à l’hôpital suite à des blessures par balles et aux coups portés par les policiers. Toutefois, aucun décès n’est signalé pour le moment.


Des Tibétains de 7 villages de la municipalité de Madang, dans le district de Xiahe (Labrang) situé dans la province traditionnelle de l’Amdo avaient signé une pétition pour dénoncer la pollution causée par la cimenterie “Amdo Cement Factory” qui emploie environ 600 travailleurs. En plus de ces considérations environnementales, les Tibétains de la zone concernée déplorent que l’usine a été construite sur un site ayant à leurs yeux un caractère religieux.


La cimenterie de Labrang (photo : ICT)

La cimenterie de Labrang (photo : ICT)


D’après ICT, cette pétition sous forme d’assignation démontre non seulement une bonne connaissance des lois et de la politique sur la protection environnementale mais sait également intégrer à son compte des vocables et slogans en vogue actuellement au Parti Communiste tels que “développement harmonieux” et “point de vue scientifique”.


La tension était grande après que les villageois aient commencé à reconstruire une route précédemment bloquée pour l’expansion de l’usine. Les photos montrent la police armée en tenue de combat complète sur le site. Selon des Tibétains en exil ayant des contacts dans la région, les Tibétains de Madang s’apprêtaient à reconstruire une route menant au village de Yarshul (chinois : Yaxiu) devenu inaccessible depuis la mise en place d’un barrage routier par les autorités chinoises.


Le personnel de la cimenterie, des cadres de la municipalité de Madang et des policiers les ont mis en garde de ne pas reconstruire cette route. Le sous-gouverneur du district a demandé aux Tibétains de se retirer du site les menaçant de répression s’ils ne permettaient pas aux véhicules de la cimenterie de circuler.


15 minutes ont été accordées pour que la zone soit dégagée. Bien que les manifestants aient commencé à se retirer de la route, la police armée à ouvert le feu.


madang


Plus tôt dans le mois, des villageois de Markham (chinois : Mangkang) dans la région du Kham avaient manifesté à plusieurs reprises contre des exploitations minières. Au moins cinq Tibétains dont deux femmes ont été blessés. Malgré une forte présence de la police armée, les Tibétains de Markham ne cessent pas de manifester contre l’implantation de mines sur des montagnes qu’ils considèrent sacrées. Markham avait été le théâtre de véhémentes manifestations l’année dernière contre l’exploitation minière de la montagne Ser Ngul Lo.

Source : Phayul

 

  Gyegu (Yushu) juste avant le séisme


Vue générale de Gyegu

Vue d’ensemble de Gyegu


Tibet-defacto était à Gyegu (ou Jyekundo) dans le district de Yushu au Nord-Ouest de la région tibétaine traditionnelle du Kham, 3 jours avant le séisme.

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La ville de Gyegu est située à 3 700 mètres d’altitude. Elle est la capitale de la Préfecture Autonome de Yushu dans la province chinoise du Qinghai. Nous sommes ici en fait dans la province traditionnelle du Kham dans la région de Jyekundo (ou encore Gyegu en chinois ou Gawa pour les Tibétains Khampa).


Le mercredi 14 avril 2010, un tremblement de terre de grande ampleur a frappé la ville et la région. Les dernières estimations portent le bilan à près de 2 000 morts et environ 15 000 blessés. Et ce bilan risque encore de s’alourdir car nombre de personnes sont encore portées disparues. De plus, la région comporte beaucoup de sites isolés difficilement accessibles. Il y a également des centaines de milliers de sans-abri.


Trois jours avant la catastrophe, Tibet-defacto était dans la région. Après avoir hésité, je me décide à publier quelques photos prises juste avant cet événement dramatique. Pour aider à faire connaître cette région un tout petit peu mieux au moment ou elle est si durement frappée (Gyegu est maintenant à 85 % détruite) et ou sa population a tant besoin d’aide.


À ce propos, je signale que la communauté tibétaine de France fait un appel aux dons.


xining-gyeguLe Kham : une mer de montagnes

 

gyeguArrivée à Gyegu

 

gyegu-2Vue générale et en arrière plan sur la colline au centre, le monastère Dondrubling

 

yushu-5Une statue géante du roi Gesar

 

yushu-2

yushu-3

yushu-4Scènes de rue près du marché


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ga-kye-gu-2Dondrubling, le monastère de Gyegu

 

mani-jyekundoLa plus grande concentration au Tibet de Mani (pierres sculptées) est à Gyegu

 

vallee-yangtseDans la vallée du Yangtzé

 

vallee-yangtse-2vallee-yangtse-31Maisons traditionnelles et ermitages dans la vallée

 

 

Ce Gyegu là n’existe plus et ces photos ne doivent surtout pas faire oublier la terrible réalité d’aujourd’hui. Elles ne sont dues qu’à un étrange tour de passe-passe du destin. Maintenant, il ne reste qu’à espérer que cette situation puisse contribuer à une amélioration de l’attitude du gouvernement chinois envers les populations tibétaines. On assiste aujourd’hui dans les opérations de secours à une collaboration entre moines et soldats tout à fait étonnante. Les autorités laissent les moines (qui ont été les premiers à prendre la situation en main) s’occuper de la crémation des milliers de victimes avec rituels et prières. Des photos du Dalaï-lama surgissent même ici et là sans incident pour le moment. Une sorte de trêve dans la tourmente. Si ensuite reconstruction pouvait rimer avec une certaine forme de réconciliation…


lampes-a-beurre

 

  Un neveu de Khenpo Jigme Phuntsok en prison

Un neveu de Khenpo Jigme Phuntsok, le défunt fondateur et maître de l’institut de bouddhisme de Serthar (Larong Gar), est en prison depuis bientôt un an.

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D’après des sources en contact avec Serthar, Ngagchung a été arrêté en même temps que son frère, Thaphun et que de Drudak du monastère de Serthar, le 8 juillet 2008 par la police de Chengdu. Thaphun et Drudak sont relâchés rapidement mais pas Ngagchung qui est accusé de divulguer des informations aux “forces séparistes” par le biais du téléphone et d’autres moyens.

 

Ngagchung

Ngagchung

 

Les proches de Ngagchung n’ont pas d’information précise sur son lieu de détention malgré leurs efforts pour le retrouver. Les autorités chinoises ne leur ont pas accordé de droit de visite.

 

Ngagchung a étudié le bouddhisme au monastère de Serthar pendant plus de 20 ans.

 

Le site de Larung Gar

Le site de Larung Gar

 

Les autorités chinoises ont commencé à mener des mesures de répression à l’encontre du monastère de Serthar Larung Ngarig à la fin des années 90. Le 18 avril 2001, les autorités réitèrent l’ordre de ne pas dépasser un quota de 1 400 étudiants qui mènera à l’éviction de plus de 7 000 d’entre eux.
source : Phayul

 

Defacto :

l’histoire de Khenpo Jigme Phuntsok et la fondation de l’institut bouddhiste de Serthar (Larong Gar) a été un phénomène exceptionnel. Dans le Kham, il est encore extrêmement vénéré et il est courant de voir son portrait. Cela s’explique en partie par le fait qu’il est à l’origine du renouveau du bouddhisme tibétain dans le Tibet d’aujourd’hui. Reconnu dès l’âge de 5 ans comme étant la réincarnation de Terton Sogyal, un des maîtres du 13e Dalaï-lama, il reste au Tibet même pendant les années les plus noires de la révolution culturelle pendant lesquelles il retourne à une vie de nomade en se jouant des forces chinoises qui tentent de le faire renoncer à ses pratiques religieuses.

 

Khenpo Jigme Phuntsok doit également sa popularité au fait qu’il soit un “Terton”, c’est-à-dire un découvreur de “Terma” qui signifie “trésors”. Ces trésors sont des legs spirituels qui auraient été cachés par Padmasambhava lui-même et par d’autres maîtres du bouddhisme il y a des siècles. Ces Terma sont souvent des textes, des petites statues ou des petits coffres cachés dans des endroits improbables et isolés souvent au sein de la roche même.

 

Cette tradition Nyingma revivifiée confère à Khenpo Jigme Phuntsok une aura miraculeuse qui va fasciner au-delà des frontières du Tibet. Lors d’un voyage en Chine, il mettra à jour d’anciennes grottes sacrées totalement oubliées.

 

En 1980, dans la vallée de Larong, près de Serthar (préfecture de Kardze), il fonde l’institut bouddhiste de Serthar (également appelé l’institut bouddhiste de Larung Gar ou Larong Gar). Comme les restrictions religieuses se relâchent à cette époque, les autorités chinoises ne s’en formalisent pas. Larung Gar est une vallée isolée et il n’y a qu’une poignée d’étudiants. Mais bientôt la vallée déserte se retrouve couverte d’un nombre impressionnant de petites cahutes car l’institut va attirer plus de 8 500 étudiants tant la réputation de Khenpo Jigme Phuntsok est phénoménale. Et parmi ces étudiants, environ 1 000 sont des Chinois… C’est certainement une des raisons qui vont mener les autorités chinoises à vouloir endiguer le phénomène. En 2001, une bonne partie de l’institut est rasée.

 

La destruction du site de Serthar

La destruction du site de Serthar

 

Le 7 janvier 2004, Khenpo Jigme Phuntsok meurt dans un hôpital militaire, officiellement pour une déficience cardiaque. Une version contestée par beaucoup.
Bien que sous une forme réduite, l’institut a perduré après ces événements. Il serait intéressant de savoir ce qui s’y passe aujourd’hui…

 

Pour en savoir plus :

Une page sur l’histoire de Serthar sur le site du TCHRD

 

Le chapitre de David Germano consacré à Serthar (mais écrit avant la répression) : “Re-membering the dismembered body of Tibet: Contemporary Tibetan visionary movements in the People’s Republic of China” dans Buddhism in Contemporary Tibet: Religious revival and cultural identity. UC Press

 

Une vidéo de la destruction du site :