Après les tortures, 15 ans de prison pour l’écologiste tibétain Karma Samdrup

karma-samdrupKarma Samdrup en décembre 2008/AP


Dénonciation de fausses preuves et témoignages et allégations de torture n’auront pas dissuadé les juges. Karma Samdrup est condamné à 15 ans de prison pour des faits datant d’une décennie. Sa défense dénonce d’autres motivations : lui et ses frères ont osé accuser des officiels de trafic d’espèces en danger.

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Karma Samdrup, homme d’affaires et écologiste tibétain plusieurs fois récompensé, a été condamné, jeudi 24 juin, à 15 ans de prison par la cour du district de Yanqi, dans la province du Xinjiang voisine du Tibet, a rapporté son avocat.


L’homme était accusé de s’être livré à un commerce d’antiquités pillées dans des tombes, une charge vieille de 10 ans.


Pour ses soutiens, cette très lourde sentence n’est qu’une manière de punir cet environnementaliste pour avoir pris la défense de ses deux frères, arrêtés en août dernier après avoir osé accuser des officiels locaux de se livrer à un commerce illicite d’espèces en danger. Les deux hommes étaient également à la tête d’une ONG au Tibet. Le second, handicapé, purge à l’heure actuelle une peine de 21 mois dans un camp de rééducation pour « atteinte à la sécurité nationale ». Le premier, accusé de « subversion à la sécurité de l’Etat », une qualification pénale plus grave, devait être jugé ce jeudi 24 juin, mais son procès a récemment été reporté à une date non communiquée.


Karma a dénoncé lors de son procès les tortures dont il a été la victime pendant ses six mois de détention.

Lors de la première audience, mardi, il a raconté avoir été battu jour et nuit par la police pour avouer. Les agents lui administraient des drogues le faisant saigner du nez et de la bouche. Il dit aussi avoir été suspendu en l’air plusieurs heures durant. Il a perdu environ 15 kg.


Lorsqu’elle l’a vu apparaître à l’audience, sa femme s’est montrée choquée, rapporte le quotidien hongkongais South China Morning Post. Celle-ci n’avait pas revu son mari depuis son arrestation.


Karma, un des plus importants collectionneurs d’antiquités tibétaines, a fondé il y a 5 ans une ONG pour la protection des trois rivières du Qinghai, activité qui lui a valu plusieurs prix. En 2006, la puissante chaîne de télévision nationale CCTV l’a même nommé philanthrope de l’année pour avoir su « créer une harmonie entre les hommes et la nature ».


Son avocat, Pu Zhiqiang, et sa femme se sont également plaints de multiples irrégularités lors du procès, telles que l’apport de fausses preuves et faux témoignages.


Selon les ONG de défense des droits de l’homme, cette sentence n’est qu’une nouvelle illustration du renforcement de la répression à l’encontre des artistes, intellectuels et étudiants tibétains depuis les émeutes de mars 2008.


Le juge n’a même pas tenu compte du témoignage de Karma à propos de ses sévices en prison, rapporte son avocat dans le New York Times.


Ironie du sort, le jour de l’annonce de ce verdict, la presse chinoise, restée totalement silencieuse sur cette affaire, annonce que la Cour suprême interdit désormais aux cours inférieures de retenir des aveux obtenus sous la torture.


source : Aujourd’hui la Chine

 

  3 moines tibétains arrêtés à Chamdo

3 nouvelles arrestations de moines du monastère de Wara le 7 juin d’après la radio Voice of Tibet.

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3 moines du monastère de Wara de la municipalité de Thangpu, district de Jomda (chinois : Jiangda xian) dans la préfecture de Chamdo, Région « Autonome » du Tibet, ont été arrêtés après avoir été convoqués pour un interrogatoire portant sur les manifestations en 2008 et en 2009. La police les accuse d’avoir initié et conduit les manifestations dans le district de Jomda.


Kelsang Dhargay, 32 ans, Tashi Lhundup, 22 ans, et Tashi Wangdue, 35 ans ont été arrêtés le 7 juin 2010 au quartier général de la police du district.

Le moine dernier, 6 autres moines avaient déjà été arrêtés.

source : Phayul

 

  Xinjiang : nouveau visage, nouvelle politique ?

Zhang Chunxian, nouveau gouverneur du Xinjiang

Zhang Chunxian, nouveau gouverneur du Xinjiang

La Chine a-t-elle changé de politique vis-à-vis du Xinjiang, théâtre de heurts sanglants entre Hans et Ouïgours en juillet dernier ? Plusieurs signes le laissent penser dix mois après les émeutes gravissimes qui ont coûté la vie à 200 personnes, en majorité hans. Pékin avait alors accusé – sans donner de preuves tangibles – la diaspora ouïgoure d’avoir fomenté les événements, et décidé de couper toutes les télécommunications.

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En rétablissant Internet après dix mois d’interruption, le gouvernement veut aujourd’hui signaler un retour à la normale dans cette vaste « région autonome ouïgoure » où les Ouïgours ne sont plus majoritaires et où ils ne jouissent d’aucune autonomie réelle. Des émeutiers coupables de massacres ont été rapidement jugés et exécutés. Mais plus profondément, les autorités semblent avoir compris la nécessité de changer de méthode face à l’exaspération de cette population turcophone et musulmane.

 

Annoncé le 1er mai, un nouveau règlement exige que les candidats à la fonction publique soient bilingues (chinois-ouïgour). « C’est un virage à 180° dans une région soumise depuis des décennies à une politique de sinisation intense », estime un diplomate européen.

 

De même, le 5 mai, Pékin annonçait que les provinces les plus riches de la Chine côtière allaient injecter dix milliards de yuans (environ un milliard d’euros) dans les districts les plus pauvres du Xinjiang afin d’y améliorer les conditions de logement, d’emploi et d’éducation. Ce transfert financier massif devrait rééquilibrer les investissements jusqu’ici concentrés dans les mégapoles sinisées d’Urumqi et de Karamay. « L’espoir des autorités est de calmer la grogne persistante des Ouïgours en les faisant participer plus équitablement aux fruits du boom », explique le diplomate.

Le symbole le plus fort de ce grand virage a été le départ, fin avril, du tout-puissant satrape du Xinjiang, Wang Lequan. Surnommé « le roi du Xinjiang » – Wang signifie roi en chinois – le premier secrétaire du parti avait régné quinze ans durant, bien au-delà de la durée habituelle. C’est lui le théoricien de la « politique de la massue » appliquée jusque dans les régions tibétaines. Haï par les Ouïgours pour sa politique ultra-répressive et ses commentaires méprisants, très apprécié au contraire par Pékin et spécialement par le président Hu Jintao dont il était le protégé, il avait fini par s’attirer la détestation y compris des Hans d’Urumqi qui avaient, lors d’une rare manifestation de défiance, exigé son départ à la suite de sa gestion catastrophique des problèmes de la région. Wang Lequan est désormais sur une voie de garage. Son successeur est une sorte d’« anti-Wang ». Le visage amène, le verbe policé, Zhang Chunxian, ancien ministre des Transports puis patron du Hunan, est surnommé « Secrétaire Internet » à cause de son goût affiché pour les moyens modernes de communication. La manière forte remisée, une grande réunion nationale doit bientôt préciser la nouvelle politique. Reste à savoir si la solution « plus d’argent et plus de com » suffira pour gagner la confiance d’une minorité ethnique si longtemps et si férocement maltraitée.

Ursula Gauthier

source : Nouvel Obs

 

Defacto : Zhang Chunxian a déclaré le 10 mai : « Nous devons frapper fort contre toutes les activités séparatistes et destructrices portées par les trois forces que sont le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme religieux ». Pour le moment, le discours reste assez musclé…

 

  Condamnation à mort et peines de prison à Lhassa

Sonam Tsering (photo : tchrd)

Sonam Tsering (photo : tchrd)

Mardi 25 mai : à Lhassa, la capitale tibétaine, un tribunal chinois a prononcé une peine de mort avec sursis à l’encontre d’un Tibétain âgé de 23 ans pour son implication présumée dans les soulèvements anti-Chine de mars 2008.

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Selon le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), le tribunal populaire intermédiaire de Lhassa a condamné à mort le 25 mai 2010, Sonam Tsering, Tibétain de 23 ans, avec deux ans de sursis, en vertu des articles 289 et 263 de la Loi Pénale de la République Populaire de Chine.


Ce même Tribunal a également condamné cinq autres Tibétains (Tashi Choedon, Kelyon, Yeshi Tsomo, Tayang et Tsewang Gyurmey) à de longues peines de prison allant de 3 à 7 ans en vertu de l’article 310 de la Loi Pénale de la République Populaire de Chine pour avoir fourni une cachette secrète à Sonam Tsering d’après le Lhassa Evening New (en chinois).


Toujours selon le Lhassa Evening New, Sonam a été inculpé pour avoir participé aux « émeutes et pour avoir incité le public à l’insurrection le 14 mars 2008 ».


« Il a joué le rôle de leader en incitant des centaines de personnes à se soulever en mettant le feu à des voitures et à des magasins et à renverser des véhicules de police », indique le rapport.


Il a également été accusé d’avoir brandi un couteau tout en criant des « slogans anti gouvernement » en étant juché sur une voiture de police. Selon les médias chinois, un dommage d’environ 40 millions de yuans a été causé à cause de l’émeute.


Les cinq autres Tibétains ont été accusés d’avoir fourni « une cachette à un criminel recherché » et de lui avoir procuré une assistance pour une éventuelle fuite vers l’étranger.


Sonam Tsering est le fils de Tsering Samdup (son père) et de Yangkyi (sa mère) et appartient à une famille semi-nomade de la municipalité de Rachap, district de Payul dans la « Préfecture autonome tibétaine de Kardze (province du Sichuan).


Sonam serait arrivé à Lhassa à la fin de 2007 à l’occasion d’un pèlerinage et y serait resté. Lorsque la contestation populaire a éclaté à Lhassa en mars 2008, il s’y est investi activement. Il a été arrêté à la mi-octobre 2009, 17 mois après le soulèvement de Lhassa.


Avec cette nouvelle condamnation, ce sont sept Tibétains qui ont été condamnés à la peine capitale dont deux déjà exécutés. En octobre de l’année dernière, la Chine a confirmé qu’elle avait exécuté deux Tibétains pour leur rôle dans les troubles de 2008.


D’après le TCHRD, environ 450 Tibétains ont été condamnés à des peines d’emprisonnement diverses pour leur participation dans les soulèvements qui ont éclaté à travers tout le Tibet en 2008 contre le gouvernement de la République Populaire de Chine.


Pour le TCHRD, le soulèvement généralisé au Tibet en 2008 a été une manifestation « spontanée des Tibétains suite au ressentiment accumulé au fil des décennies d’une politique inique » menée par le gouvernement communiste chinois.


Le TCHRD condamne le gouvernement chinois et sa propagande pour avoir « dépeint maintes fois le soulèvement populaire tibétain comme une activité criminelle » aux yeux de la communauté internationale ce qui permet de justifier la répression violente qui s’en est ensuivie.

source : Phayul

 

  Deuxième arrestation pour un écrivain tibétain

Dokru Tsuiltrim

Dokru Tsuiltrim

Un écrivain tibétain qui avait déjà été arrêté pour une brève période au mois de mars de l’année dernière a de nouveaux été arrêté mardi 25 mars. Dokru Tsuiltrim a été pris au monastère de Gomang dans le district de Ngaba. Son ami, Kalsang Tsultrim, originaire de Bazong a lui été arrêté le jeudi 20 mai.

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D’après ce qu’a confié à la radio Voice of Tibet, Dokru Choedak, un membre de sa famille vivant en exil à Dharamsala, la police a demandé à voir l’ordinateur portable de Tsultrim et a fouillé sa chambre dans le monastère. Il a refusé de montrer son ordinateur mais la police a prétendu avoir trouvé d’autres documents dans la chambre.


Aussi bien pour Tsultrim que pour Kalsang, les autorités ne disposaient d’un mandat d’arrêt.


D’après Choedak, Tsultrim n’était nullement impliqué dans une « action séparatiste » mais voulait seulement défendre sa passion de la littérature auprès des jeunes Tibétains en publiant des articles qui reflètent leurs sentiments et leurs pensées. « Il s’apprêtait à publier une série d’articles sur le ressenti de la jeunesse suite au tremblement de terre de Kyegudo (Jyegundo ou Gyegu). Je crains que ce ne soit ça qui ait conduit à son arrestation ».


Ses proches et sa famille n’ont pas été autorisés à lui rendre visite. Il est actuellement au centre de détention de Barkham dans le district de Ngaba.


Dokru Tsultrim avait déjà été arrêté en mars de l’année dernière pour écrits prétendument critiques du gouvernement chinois et il avait été libéré un mois plus tard.


Tsuiltrim est né dans le district de Mangra, Préfecture tibétaine autonome de Tsolho. Il a rejoint le monastère de Gomang en 2005.

source : Phayul

 

  Arrestation de 6 moines dans le district de Jomda


Monastère de Wara (photo : tchrd)

Monastère de Wara (photo : tchrd)

Samedi 15 mai 2010 : la Chine fait arrêter 4 moines du monastère de Wara de la municipalité de Thangpu, district de Jomda (chinois : Jiangda xian) dans la préfecture de Chamdo, Région « Autonome » du Tibet.

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Selon le Tibetan Centre for Human Rights and Democracy (TCHRD), les moines sont soupçonnés d’avoir conduit et initié des manifestations aux quartiers généraux du district au printemps 2008. Deux autres moines de rang supérieur du même monastère ont été mis en garde à vue pour « échec à l’éducation des moines selon la campagne patriotique d’éducation ».


Les moines ont été pris au monastère très tôt le matin suite à deux raids le samedi et le dimanche. Thinley, 25 ans et Nangsey, 27 ans, ont été arrêtés dans leurs chambres pendant que Soegon lui, a été capturé alors qu’il alertait les autres de l’arrivée de la police dans le monastère. Un autre moine, Kelsang Gyurmey, 29 ans, s’est fait prendre dans sa maison, la police ne le trouvant pas au monastère.


Les quatre moines sont actuellement détenus au centre de détention de la police du district de Jomda.


Les deux autres moines de rang supérieur, Sonam Gonpo dit Soegon, 40 ans et Tagyal, 29 ans, ont eux été arrêtés le samedi 16 mai pour « échec à l’éducation » des moines selon la « campagne patriotique d’éducation » lancée lors des manifestations au Tibet en 2008. On ne sait pas où ils sont détenus.


Le 3 avril 2008, les moines du monastère de Wara s’étaient heurtés à « l’équipe de travail » gouvernementale chinoise en refusant de se soumettre à la campagne d’éducation patriotique et en déclarant « même au prix de nos vies, nous ne renierons pas notre guide, le Dalaï-lama. »

source : Phayul

 

  15 Tibétains blessés à Labrang suite au tirs de la police

La police armée à la cimenterie de Madang

La police armée à la cimenterie de Madang (photo : ICT)

15 mai 2010 : la police chinoise ouvre le feu sur des manifestants tibétains non armés alors qu’ils protestent contre la pollution d’une cimenterie qui plus est implantée sur un site à caractère religieux.

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D’après ICT, (International Campaign for Tibet), 15 personnes sont emmenées à l’hôpital suite à des blessures par balles et aux coups portés par les policiers. Toutefois, aucun décès n’est signalé pour le moment.


Des Tibétains de 7 villages de la municipalité de Madang, dans le district de Xiahe (Labrang) situé dans la province traditionnelle de l’Amdo avaient signé une pétition pour dénoncer la pollution causée par la cimenterie “Amdo Cement Factory” qui emploie environ 600 travailleurs. En plus de ces considérations environnementales, les Tibétains de la zone concernée déplorent que l’usine a été construite sur un site ayant à leurs yeux un caractère religieux.


La cimenterie de Labrang (photo : ICT)

La cimenterie de Labrang (photo : ICT)


D’après ICT, cette pétition sous forme d’assignation démontre non seulement une bonne connaissance des lois et de la politique sur la protection environnementale mais sait également intégrer à son compte des vocables et slogans en vogue actuellement au Parti Communiste tels que “développement harmonieux” et “point de vue scientifique”.


La tension était grande après que les villageois aient commencé à reconstruire une route précédemment bloquée pour l’expansion de l’usine. Les photos montrent la police armée en tenue de combat complète sur le site. Selon des Tibétains en exil ayant des contacts dans la région, les Tibétains de Madang s’apprêtaient à reconstruire une route menant au village de Yarshul (chinois : Yaxiu) devenu inaccessible depuis la mise en place d’un barrage routier par les autorités chinoises.


Le personnel de la cimenterie, des cadres de la municipalité de Madang et des policiers les ont mis en garde de ne pas reconstruire cette route. Le sous-gouverneur du district a demandé aux Tibétains de se retirer du site les menaçant de répression s’ils ne permettaient pas aux véhicules de la cimenterie de circuler.


15 minutes ont été accordées pour que la zone soit dégagée. Bien que les manifestants aient commencé à se retirer de la route, la police armée à ouvert le feu.


madang


Plus tôt dans le mois, des villageois de Markham (chinois : Mangkang) dans la région du Kham avaient manifesté à plusieurs reprises contre des exploitations minières. Au moins cinq Tibétains dont deux femmes ont été blessés. Malgré une forte présence de la police armée, les Tibétains de Markham ne cessent pas de manifester contre l’implantation de mines sur des montagnes qu’ils considèrent sacrées. Markham avait été le théâtre de véhémentes manifestations l’année dernière contre l’exploitation minière de la montagne Ser Ngul Lo.

Source : Phayul

 

  Encore un intellectuel tibétain arrêté


shogdung


L’intellectuel tibétain Shogdung (ou Zhogs dung), chef de file du groupe “La nouvelle école de pensée” de Xining, province à majorité tibétaine du Qinghai, vient d’être arrêté.

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J’ai rencontré Shogdung il y a deux semaines, à Xining. Il savait qu’il pouvait être arrêté à tout moment.


Il ne se trompait pas. Vendredi dernier 23 avril, à 17 heures, une demi-douzaine de policiers se sont présentés sur son lieu de travail et l’ont emmené. Son logement a été fouillé, ses ordinateurs confisqués. Depuis, sa femme n’a plus de nouvelles. Aucun motif n’a été donné, pas plus que le lieu ou la durée de sa détention.


Shogdung s’attendait – avec un courage quelque peu fataliste – à devoir « payer le prix » du dernier livre qu’il a publié il y a quelques mois, en-dehors des circuits normaux d’édition, sans numéro ISBN, c’est-à-dire sans autorisation. Le premier tirage, 10 000 exemplaires, a été rapidement épuisé. Des éditions pirates ont pris la relève. En Chine, on pirate tous les livres, même écrits en langue tibétaine, même illégaux, à condition qu’ils se vendent. Celui de Shogdung était un succès de librairie, un pur phénomène de bouche à oreille. On pouvait se le procurer partout à Xining, y compris à la grande gare. Il n’était pas mis en évidence, il fallait le demander.


Bien qu’il soit lui-même un éditeur de longue date et auteur de plusieurs ouvrages remarqués, Shogdung n’a pas trouvé d’éditeur pour cet ouvrage intitulé « Séparer le ciel de la terre » (une expression qui signifie « une première historique »). Il n’en était pas étonné : le livre traite en effet des événements de mars 2008 qui ont secoué Lhassa avant de se propager à toutes les régions tibétaines de Chine (aujourd’hui éclatées entre cinq provinces différentes).


J’ai demandé à Shogdung de m’en parler. Il a hésité : il ne se sentait pas capable de résumer de façon satisfaisante un travail qui avait exigé une considérable remise en question de sa propre pensée. Il m’a cependant suggéré : « Puisque vous ne lisez pas le tibétain, vous aurez une assez bonne idée du propos en vous faisant traduire le sommaire ».


Une amie m’a fourni cette traduction. Dans la préface, Shogdung déclare qu’aucune des formules par lesquelles on désigne les événements de mars 2008 ne réussit à en rendre l’esprit révolutionnaire et innovateur, l’audace extrême qui consiste à « abandonner la vieille voie socialiste » et à « jeter les bases d’une société nouvelle ». De fait, il suffit de jeter un coup d’œil sur le sommaire pour comprendre que Shogdung a décidé de faire le réquisitoire de la politique chinoise au Tibet. On y trouve des chapitres intitulés « Comment le Tibet est devenu la boucherie du Dieu de la Mort », « Comment le Tibet est devenu une prison infernale » ou encore « Comment le Tibet est devenu un lieu de conflit et de terreur »…


Aussi implacable que le constat puisse paraître, Shogdung veut s’en tenir à une résistance non-violente, à « la voie pacifique » et aux « valeurs universelles ». La déclaration universelle des droits de l’Homme est d’ailleurs jointe en annexe du livre.


Ce livre constitue un revirement à 180 degrés. Longtemps, Shogdung s’est acharné sur les travers de la culture tibétaine, les tenant pour responsables de ce qu’il appelait « l’arriération » tibétaine. S’il y avait autant d’analphabètes parmi les Tibétains, si leur société était si archaïque, c’était d’abord à cause du bouddhisme et de la tradition.


Dans une série d’articles publiés en 1999, Shogdung écrivait que le Tibet souffrait de n’avoir connu ni Renaissance, ni Meiji, ni rien qui ressemblait au mouvement (moderniste) du 4 mai 1919 en Chine. Il était resté confit dans une tradition étouffante : « L’ancienne religion des divinités temporelles qui se laissent guider par les dieux, les nagas, les esprits et autres démons présents dans ce monde ; la croyance dans les divinités, la divination, l’astrologie ; l’usage des malédictions, des sorts et des formules magiques ; ainsi que les notions de « non-soi » et de « karma », etc. ; toutes ces croyances par lesquelles les dieux et les démons prétendent nous posséder sont les vieilles propensions dont nous parlons et qui ont si souvent noyé de leurs ténèbres les jeunes qui voulaient réfléchir… Ce monde grouillant de divinités et de démons ne nous a apporté que de la honte. Il ne nous a en rien sauvés ». Shogdung concluait cette diatribe d’une rare violence en prônant une modernisation à la hache.


Ces articles ayant été publiés dans le journal “Qinghai Tibetan News”, organe du Parti de la province, Shogdung est alors apparu comme un « intellectuel officiel », proche des positions du gouvernement chinois. Pour certains Tibétains, ce n’était qu’un vendu, un traître à son peuple. D’autres, et spécialement les plus jeunes, appréciaient la nouveauté de ses analyses, son franc-parler et son courage. Avec un petit groupe de ses amis de Xining, Shogdung avait fondé un groupe baptisé « Nouvelle École de Pensée ». Parmi ces intellectuels tibétains quadragénaires, modernistes affirmés, une femme : Jamyang Kyi, chanteuse et journaliste, est la première Tibétaine à affirmer la nécessité d’une révolution féministe dans cette société ultra-patriarcale. Quand je l’avais rencontrée en 2007, quelques mois avant les événements de Lhassa, elle m’avait longuement expliqué comment la tradition patriarcale était à ses yeux responsable du retard de la société tibétaine, y compris du statut de soumission auquel elle se trouvait réduite. « Et le rôle des Chinois ? » lui avais-je demandé. « Les Chinois, on peut en dire beaucoup de choses, mais au moins ils traitent leurs femmes plus correctement que nous. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’ils sont plus modernes et plus puissants… »


Le soulèvement de Lhassa en 2008 a été un énorme choc pour les membres de la Nouvelle École de Pensée. Shogdung écrit qu’il avait été trop effrayé pour prendre la parole au moment des faits, mais que l’événement a marqué un grand tournant pour lui comme pour tous les Tibétains, en rendant manifeste la réappropriation d’une conscience nationale. Dans les semaines qui ont suivi mars 2008, la féministe Jamyang Kyi avait d’ailleurs été arrêtée – son crime consiste à avoir communiqué une information par mail concernant les émeutes – et torturée pendant les interrogatoires. Aujourd’hui, elle continue les actions de sensibilisation sur le statut des femmes. Mais les priorités ont changé : il ne suffit plus de s’interroger sur les causes endogènes du « retard » tibétain, il faut désormais s’interroger sur les facteurs « externes ». En clair, sur la responsabilité chinoise.


Quelques jours avant l’arrestation de Shogdung, le groupe de Xining avait publié une lettre ouverte de condoléances à leurs frères tibétains victimes du séisme de Yushu. Le texte se termine par un passage étonnamment franc où les signataires conseillent de ne pas donner d’argent à « certaines organisations » – allusion à peine voilée à la Croix rouge chinoise, seule habilitée officiellement à recueillir des dons – car « qui peut assurer qu’elles soient à l’abri de la corruption et des détournements ? »


La plupart des commentateurs dans la presse occidentale ont vu dans cette lettre ouverte la cause de l’arrestation de Shogdung. Selon les échos que j’ai pu obtenir à Xining, la lettre ouverte a tout au plus joué le rôle de prétexte. Cette arrestation n’était qu’une affaire de timing. Elle confirme le sentiment dominant chez ceux qui observent la politique chinoise et constatent que la Chine n’a qu’une façon de réagir à la contestation quand elle porte sur des sujets « sensibles » comme les droits de l’homme ou les régions peuplées par les minorités : elle sévit. Tôt ou tard, malgré tous ses discours sur le « soft power » ou sur la « diplomatie publique », elle sévit.


Qu’un intellectuel tibétain ultra-moderniste et anti-clérical comme Shogdung ait choisi de monter au créneau pour exprimer le ras-le-bol de ses compatriotes est en soi un sérieux revers pour la politique chinoise au Tibet. Qu’il ait été arrêté transforme ce revers en une grave défaite.

Ursula Gauthier

Source : C’est du chinois/Nouvel Obs


 

  Gyegu (Yushu) juste avant le séisme


Vue générale de Gyegu

Vue d’ensemble de Gyegu


Tibet-defacto était à Gyegu (ou Jyekundo) dans le district de Yushu au Nord-Ouest de la région tibétaine traditionnelle du Kham, 3 jours avant le séisme.

[…]


La ville de Gyegu est située à 3 700 mètres d’altitude. Elle est la capitale de la Préfecture Autonome de Yushu dans la province chinoise du Qinghai. Nous sommes ici en fait dans la province traditionnelle du Kham dans la région de Jyekundo (ou encore Gyegu en chinois ou Gawa pour les Tibétains Khampa).


Le mercredi 14 avril 2010, un tremblement de terre de grande ampleur a frappé la ville et la région. Les dernières estimations portent le bilan à près de 2 000 morts et environ 15 000 blessés. Et ce bilan risque encore de s’alourdir car nombre de personnes sont encore portées disparues. De plus, la région comporte beaucoup de sites isolés difficilement accessibles. Il y a également des centaines de milliers de sans-abri.


Trois jours avant la catastrophe, Tibet-defacto était dans la région. Après avoir hésité, je me décide à publier quelques photos prises juste avant cet événement dramatique. Pour aider à faire connaître cette région un tout petit peu mieux au moment ou elle est si durement frappée (Gyegu est maintenant à 85 % détruite) et ou sa population a tant besoin d’aide.


À ce propos, je signale que la communauté tibétaine de France fait un appel aux dons.


xining-gyeguLe Kham : une mer de montagnes

 

gyeguArrivée à Gyegu

 

gyegu-2Vue générale et en arrière plan sur la colline au centre, le monastère Dondrubling

 

yushu-5Une statue géante du roi Gesar

 

yushu-2

yushu-3

yushu-4Scènes de rue près du marché


ga-kye-gu

ga-kye-gu-2Dondrubling, le monastère de Gyegu

 

mani-jyekundoLa plus grande concentration au Tibet de Mani (pierres sculptées) est à Gyegu

 

vallee-yangtseDans la vallée du Yangtzé

 

vallee-yangtse-2vallee-yangtse-31Maisons traditionnelles et ermitages dans la vallée

 

 

Ce Gyegu là n’existe plus et ces photos ne doivent surtout pas faire oublier la terrible réalité d’aujourd’hui. Elles ne sont dues qu’à un étrange tour de passe-passe du destin. Maintenant, il ne reste qu’à espérer que cette situation puisse contribuer à une amélioration de l’attitude du gouvernement chinois envers les populations tibétaines. On assiste aujourd’hui dans les opérations de secours à une collaboration entre moines et soldats tout à fait étonnante. Les autorités laissent les moines (qui ont été les premiers à prendre la situation en main) s’occuper de la crémation des milliers de victimes avec rituels et prières. Des photos du Dalaï-lama surgissent même ici et là sans incident pour le moment. Une sorte de trêve dans la tourmente. Si ensuite reconstruction pouvait rimer avec une certaine forme de réconciliation…


lampes-a-beurre

 

  Trois arrestations à Sertha

La police chinoise du district de Sertha (Chinois : Seda), (« Préfecture Autonome Tibétaine » de Kardze), a arrêté un jeune de 20 ans alors qu’il manifestait contre le gouvernement chinois le vendredi 2 avril 2010.

[…]


D’après un Tibétain en exil ayant des contacts dans la région, Ugyen Namgyal du village de Choktsang, a brandi le drapeau national tibétain interdit tout en scandant des slogans pour l’indépendance du Tibet, pour la liberté religieuse et pour le retour du Dalaï-Lama au Tibet. La police chinoise est intervenue immédiatement en le rouant de coups avant de l’arrêter.


Dans un autre incident, deux moines tibétains de l’institut bouddhiste de Larung Gar ont été mis en garde à vue le 31 mars suite à une manifestation contre le gouvernement chinois.


Les deux moines n’ont pas été identifiés. Tous deux sont de Yulshul dans le district de Sertha (Chinois : Seda) de la « Préfecture Autonome Tibétaine » de Kardze située dans la province traditionnelle tibétaine du Kham.


Sur la place du marché de Sertha, les deux moines portant le drapeau national tibétain interdit ont crié des slogans réclamant l’indépendance du Tibet et le retour du Dalaï-Lama au Tibet. La source de cette information a précisé qu’elle lui a été fournie au téléphone par un Tibétain témoin de l’incident.


L’institut bouddhiste de Larung Gar (ou Larong Gar) a été fondé par Khenpo Jigme Phuntsok décédé dans des circonstances mystérieuses dans un hôpital de Chengdu en 2004.

source : Phayul